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    Roman québécois

    Jamais deux sans trois

    Patrice Lessard conclut sa trilogie lisboète avec un récit cubiste

    27 septembre 2014 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    «L’enterrement de la sardine», œuvre de Francisco de Goya, est exposée à l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando de Madrid.
    Photo: Domaine public «L’enterrement de la sardine», œuvre de Francisco de Goya, est exposée à l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando de Madrid.
    L’enterrement de la sardine
    Patrice Lessard
    Héliotrope
    Montréal, 2014, 344 pages

    Tout comme les différents protagonistes de ses romans, obsédés par la fuite, l’ailleurs, par les ruelles de Lisbonne ou de Madrid, obsédés par une femme ou par la jalousie, Patrice Lessard avait l’obsession de faire une trilogie.

     

    C’est ainsi qu’on le comprend et que, tel un serpent qui se mord la queue, L’enterrement de la sardine rejoint Le sermon aux poissons, lui-même étroitement lié à Nina (Héliotrope, 2011 et 2012). Il est vrai qu’il y a quelque chose de circulaire dans le triangle — même amoureux. L’auteur nous présente ce troisième livre comme un « récit autobiographique rendant compte de l’écriture d’un roman [Vie de Sebastián] inachevé. »

     

    Le récit est celui d’un voyage à Lisbonne durant l’été 2011 en compagnie de sa blonde de l’époque, Clara, et de leur ami Nicolas Chalifour, l’auteur de Vu d’ici tout est petit et de Variétés Delphi (Héliotrope, 2011 et 2012). Quelques semaines qui auront, nous dit-il, des « conséquences dramatiques ».

     

    La ville a changé, la crise économique affecte chacun, Lisbonne est en même temps éternelle et révolue. Dans l’atmosphère de déprime et de décadence qui règne partout, alors que ses lieux de prédilection ont disparu ou qu’ils sont désormais devenus inaccessibles, Patrice Lessard y va d’un autre chassé-croisé empreint de nostalgie où Lisbonne et un amour perdu se confondent.

     

    Suite et fin

     

    L’auteur, qui nous a vite habitués à ses narrations peu conventionnelles, pousse encore d’un cran la déconstruction dans L’enterrement de la sardine, qui emprunte son titre à une petite toile carnavalesque de Goya. Récit autobiographique entrecoupé de fragments de fiction où circulent des personnages, des lieux et des images de ses deux premiers romans, fragments qui nous sont présentés non pas selon l’ordre chronologique mais selon l’ordre de leur écriture, ce troisième volet de la trilogie est une sorte de livre cubiste. Un livre dans lequel l’auteur et les personnages se confondent et nous sont montrés à la fois de face et de profil, à la fois dans leur « réalité » et dans la fiction.

     

    Une autre manière de souligner que Lisbonne est un « lieu hors du monde ». Et d’une certaine façon, aussi, hors du temps. Mais il y a plus encore : « Lisbonne est une cage. Une cage lumineuse et blanche. » Or, la réalité rattrape tout. Et l’heure des constats, elle, a sonné. « Cela reste un leurre, écrit-il, cette idée que la vraie vie est ailleurs, je le sais parfaitement, une idée baudelairienne, partir ne change rien, je n’arrive pourtant pas à me l’enlever de l’esprit, où qu’on se trouve, aller ailleurs, c’est encore le seul moyen de vivre, d’avoir au moins l’impression de vivre, de s’imaginer qu’on vit. »

     

    Un récit hybride, parfois difficile à suivre d’une page à l’autre, en dépit de ses redites, si on n’a pas lu et conservé en mémoire les péripéties des deux premiers tomes. Peut-être aussi un peu facultatif.

     

    Mais d’un même geste, Patrice Lessard ferme une chose et en dévoile une autre. L’enterrement de la sardine est ainsi, malgré tout, une fascinante dissection qui nous expose les entrailles — pas toujours belles — de la réalité qui s’agitent sous l’enveloppe de la fiction.

    L’enterrement de la sardine
    Patrice Lessard, Héliotrope, Montréal, 2014, 344 pages












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