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    Zweig rêvait d’une culture supranationale

    L’inédit Appels aux Européens se révèle comme un guide actuel à la voix de feu

    23 août 2014 | Michel Lapierre - Collaborateur | Livres
    Appels aux Européens
    Stefan Zweig
    Préface et traduction de Jacques Le Rider
    Bartillat
    Paris, 2014, 160 pages

    Les assises de l’Union européenne, notamment si l’on pense à sa politique extérieure à la suite de la crise ukrainienne, n’ont jamais paru aussi fragiles aux yeux des eurosceptiques. Voilà pourquoi Stefan Zweig, l’écrivain autrichien qui, au coeur de son oeuvre, fit de l’Europe sa « seconde patrie, à côté et au-dessus »
    de la première, est, dans Appels aux Européens (1932-1934), inédit en français, un guide actuel à la voix de feu.

     

    Au début de sa préface qui, de façon judicieuse, place le livre dans le contexte présent, le traducteur Jacques Le Rider, germaniste, rappelle une phrase révélatrice du Monde d’hier, cette autobiographie poignante de Zweig publiée en 1944, après le suicide de l’auteur. Elle décrit la situation à l’été 1914, il y a cent ans, juste avant que n’éclate la Première Guerre mondiale, qui, en contenant déjà le germe d’un second conflit, marquera le siècle le plus meurtrier de l’histoire.

     

    L’écrivain, qui avait fait de l’idéal européen sa raison de vivre, constatait alors : « Jamais l’Europe n’avait été plus puissante, plus riche, plus belle, jamais elle n’avait cru plus intimement à un avenir encore meilleur. » Mais les nationalismes des grandes puissances et, en fin de compte, leurs impérialismes ont provoqué, selon lui, « la plus effroyable défaite de la raison » et, précise-t-il, « empoisonné la fleur de notre culture européenne ».

     

    Un peuple nouveau

     

    Les mots clés sont lancés : raison et culture. Pour Zweig, « l’unification de l’Europe », nécessaire pour assurer sa « désintoxication morale » que causent les chauvinismes, par lesquels, « longtemps après la bataille, les ombres des morts continuent à se battre dans les airs »,doit se faire avant tout par l’élimination rationnelle des préjugés et un rapprochement culturel créateur.

     

    En subordonnant à l’échange des cultures la préparation de l’« union politique, militaire et financière » du continent, l’écrivain ne croit pas sombrer dans un idéalisme stérile. Inspiré par Nietzsche et par Freud, il souhaite qu’un peuple nouveau, sensible à l’énigme de l’inconscient, puisse transformer la jeunesse en passant de l’enseignement de l’histoire politique et militaire à l’enseignement de ce qu’il appelle déjà « l’autre histoire, celle de la culture ».

     

    Convaincu par son expérience cosmopolite d’humaniste viennois, d’écrivain au succès mondial et d’érudit rompu à la haute vulgarisation, Zweig pense que la civilisation repose sur le partage. D’après lui, l’histoire réinventée « montrerait, non le mal qu’un peuple a fait à un autre, mais ce qu’il lui doit ».

     

    Le champion d’une culture supranationale rêve d’un journal européen polyglotte et d’une capitale continentale changeant chaque année. Après la mort de Zweig, en 1942, on pouvait se demander si, un peu grâce à l’oeuvre fervente et prophétique de l’écrivain, l’esprit européen ne commencerait pas à prendre corps.

    Appels aux Européens
    Stefan Zweig Préface et traduction de Jacques Le Rider Bartillat Paris, 2014, 160 pages












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