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    Roman québécois

    Du papier, de l’humour, de la poussière

    23 août 2014 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    La revanche de l’écrivaine fantôme
    David Turgeon
    Le Quartanier
    Montréal, 2014, 168 pages

    On y croise des voyageurs, des livres, des écrivains et des éditeurs. On y rencontre aussi des lecteurs, quand ce n’est pas son propre reflet. En peu de temps déjà, coup sur coup, avec un certain style et rien qu’avec des mots cette fois, le bédéiste David Turgeon a su installer un univers livresque où se mêlent des odeurs de papier, de colle, d’encre et de poussière.

     

    Né en 1975, dans un premier temps dessinateur et critique de bande dessinée, David Turgeon est aussi romancier depuis Les bases secrètes et La raison vient à Carolus (Quartanier, 2012 et 2013).

     

    La revanche de l’écrivaine fantôme, son troisième titre de fiction littéraire, est construit un peu à la manière de poupées gigognes. S’abandonner à cet exercice de lecture peut devenir une expérience fascinante. Et si on y devine une influence de Boccace, c’est surtout l’ombre du génial Italo Calvino qui se profile derrière l’immense drap blanc de Si par une nuit d’hiver un voyageur (Seuil, 1995).

     

    Commentaire critique

     

    Essayons de résumer un peu. Après un accident de train, un dessinateur de bande dessinée et une lectrice se retrouvent miraculeusement dans un hôtel à l’abandon d’une petite ville curieusement désertée. Pour tromper le temps, l’homme partage avec sa lectrice le sujet de son prochain livre (qui n’existe pas encore), dans lequel s’emboîtent entre autres, devant nos yeux, les histoires d’un éditeur, d’un directeur littéraire, d’un auteur rare et exigeant (Raymond Loquès), d’une écrivaine fantôme (Johanne Delambre) qui se transformera en romancière (fantôme) à succès après avoir reçu par la poste les sujets de ses romans (romans qui s’apparentent drôlement à ceux de Raymond Loquès).

     

    N’hésitant pas à faire usage de vases communicants avec son travail de bédéiste (Johanne Delambre a fait son apparition dans La suite de Minerve, Colosse, 2008), le roman pourrait s’insérer dans la même veine que le Métastases (L’Instant même) de David Bélanger, paru plus tôt cette année, mais en moins léger, en raison peut-être des thèmes qu’il aborde de front. Et si comme cette lectrice qui prend la parole dans le roman vous voulez connaître la fin de l’histoire et tenir entre vos mains un livre qui se referme, si vous souhaitez des péripéties et de l’émotion (ce mot que Raymond Loquès « exècre »), il vous faudra chercher ailleurs.

     

    Intellectuelle, un peu désincarnée, en état d’exégèse permanente, l’oeuvre de David Turgeon, bien plus qu’une série d’histoires tronquées, est aussi en creux un commentaire critique sur la littérature. Qui nous répète — à tort peut-être — que toutes les histoires ont déjà été écrites. Et que la littérature « n’est pas qu’une idée, qu’elle est d’abord un style, que c’est le style qui, dans l’écriture, est réellement singulier, inimitable, irréductible ».

     

    « Et pourquoi s’échiner à écrire des livres à propos de livres en train de s’écrire ? » Comme ce Loquès, l’un de ses alter ego, David Turgeon dirait sans doute qu’il ne le sait pas ou, comme il le déclare sur son blogue, qu’il a « voulu faire quelque chose pour amuser les lecteurs (ils ne sont pas nombreux, mais ils sont coriaces) qui aiment les vertiges métaleptiques ».

     

    De l’humour pour oiseaux rares, en somme.

    La revanche de l’écrivaine fantôme
    David Turgeon Le Quartanier Montréal, 2014, 168 pages












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