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    Le comique romantique et ses bulles

    Yves Pelletier, du groupe humoristique RBO, a trouvé dans la bédé un nouveau terrain d’expression

    5 août 2014 |Fabien Deglise | Livres
    Photo: La Pastèque

    L’anecdote, racontée entre les rayons du soleil de juillet et les volutes d’un café dans un troquet de Montréal, fait sourire : dans les années 80, lors d’un voyage du groupe comique Rock et Belles Oreilles (RBO) en France, Yves Pelletier — qui portait un P. de plus à l’époque — s’est présenté dans les bureaux du journal satirique Charlie Hebdo en France avec sa jeunesse et la conviction d’y placer plusieurs des bandes dessinées, qu’il produisait alors durant ses temps libres entre deux émissions de radio communautaire.

     

    « Je suis un fan fini de bande dessinée. J’en lis beaucoup et, à l’époque, j’en dessinais en me croyant bon, résume la bibitte la plus étrange de la formation comique montréalaise. J’ai été accueilli par Gébé [un des piliers, avec Cabu et Cavanna, de cette revue qui, à cette époque, commençait à vaciller]. Il a pris le temps de regarder mes planches, avec un regard devenant de plus en plus désespéré au fil des pages qu’il tournait. Il m’a dit : “Vous réussissez à vendre ça au Canada ? Parce qu’il y a encore beaucoup de travail à faire.” »

     

    Ambitions frustrées. L’homme qui a parlé une drôle de langue dans le film Karminadit avoir alors mis ses planches et ses rêves de récits en cases dans un tiroir, conscient de ses faiblesses et du chemin à parcourir pour en faire des aventures présentables devant public. Et puis, la modernité est venue tout changer…

     

    « Les réseaux numériques m’ont permis d’entrer en contact facilement avec des créateurs, des dessinateurs qui ont le talent que je n’ai pas pour mettre des histoires en images, dit-il. Cela a également fait apparaître un univers qui facilite le travail collaboratif et dont je suis content de profiter aujourd’hui. » En 2010, cet environnement lui a permis de mettre au monde Valentin, un court métrage romantique guidé par un chat, devenu finalement une bande dessinée sous le coup de crayon de Pascal Girard. Un essai transformé quatre ans plus tard avec Le pouvoir de l’amour et autres vaines romances (La Pastèque), que le RBO fait apparaître aujourd’hui, avec la complicité d’Iris Boudreau.

      

    Relief sur romantisme

     

    « J’adore le travail de cette jeune auteure », lance Pelletier en se réjouissant, entre deux gorgées de café, d’accorder pour une rare fois une entrevue sur le thème de la bande dessinée plutôt que sur le passé comique qu’il a eu avec ses potes Guy A. Lepage, Richard Z. Sirois, Bruno Landry, André Ducharme et Chantal Francke, et que, en habiles marchands, ces RBO ramènent régulièrement au bon souvenir du présent. « Elle a un univers graphique qui me semble parfait pour les histoires que j’avais à raconter », et qui mettent en relief le romantisme décalé du drôle dont plusieurs fragments ont déjà trouvé leur terrain d’expression, dans les films Les aimants (2004) et Le baiser du barbu (2010), que Pelletier a réalisés par le passé.

     

    Dans Le pouvoir de l’amour, l’homme remonte à ses origines bédéesques avec plusieurs récits, idées de numéro, débuts de scénario posés sur papier alors qu’il était dans le feu de l’action avec les RBO dans les années 80 et 90 et qui, désormais, trouvent une vie publique en dessin. « J’ai été accroché par les histoires très sombres qu’Yves m’a présentées, dit Iris Boudreau, qui cultive les collaborations depuis quelques années, avec Zviane, avec Cathon, avec Caroline Allard. L’humour noir, ça me parle. C’est plus mon genre, et c’est surtout ce qui permet d’avoir un recueil de nouvelles homogène qui réunit des histoires d’amour drôles qui finissent toutes pas très bien. »

     

    Dans ce tout, l’univers de RBO n’est jamais très loin — « nous étions très “bande dessinée” dans notre façon de raconter les choses », dit Pelletier —, tout comme celui du cinéma dans lequel le comique a désormais trouvé ses marques. « La bande dessinée et le cinéma ne sont pas des arts très éloignés », dit-il, à part peut-être pour la mécanique de la réalisation, plus légère dans le cadre du 9e art, au grand bonheur de l’artiste multicarte. « Au cinéma, il y a beaucoup d’organisation, beaucoup de monde à coordonner lors du tournage, ajoute-t-il. Là, tout devient un peu plus facile à orchestrer, plus fluide. On a une idée et on peut la mettre au monde à deux plus rapidement. »
     

    Partenaire de création

     

    La complicité se voit, tout comme le détail dans les décors et les mises en scène loufoques qu’Iris est allé chercher pour donner forme à ce récit d’un coup de foudre, au sens propre, qui rassemble un homme et une femme dans le laboratoire d’un savant fou ou encore celui d’un orgue qui va réussir à séparer un couple. « Il m’a fait travailler, lance l’artiste en évoquant la minutie de son partenaire de création. J’étais en dehors de ma zone de confort », mais sans doute en plein sur un présent où l’image, le dessin trouvent de plus en plus leur place dans la communication.

     

    « C’est un mode de transmission d’idées que j’ai toujours utilisé », dit Pelletier tout en peinant à voir une révolution en marche du côté de la bande dessinée. « Sans doute parce que j’ai depuis longtemps le nez collé dessus, dit-il, pour justifier. Mais je vois plus de talent, plus de facilité à créer. » Facilité qui, cette fois-ci, donne des résultats que Gébé, s’il était toujours vivant, aurait sans doute appréciés.













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