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    Renaud-Bray dit vouloir changer les choses dans le monde du livre

    30 juin 2014 |Catherine Lalonde | Livres
    Blaise Renaud, directeur général des librairies Renaud-Bray
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Blaise Renaud, directeur général des librairies Renaud-Bray

    « Je suis le seul libraire à pouvoir me permettre de pousser les changements pour le monde du livre d’ici de manière pratique et directe, a indiqué au Devoir Blaise Renaud, le directeur général de Renaud-Bray. Aujourd’hui, les petits libraires n’ont pas ces moyens. Je le fais en pleine conscience de mon milieu. »

     

    Depuis février, un conflit commercial oppose Renaud-Bray, la plus grande chaîne de librairies au Québec, et le diffuseur Dimedia. Ce bras de fer entre deux importantes figures du marché du livre québécois se répercute sur tout le milieu. Plusieurs nouveautés, québécoises ou d’ailleurs, diffusées par Dimedia — Histoire de la médecine au Québec, Métis Beach, Creole Belle — ne se retrouvent pas sur les vastes étals de Renaud-Bray. Mauvais pour les éditeurs, mauvais pour les auteurs, qui vendent moins. La semaine dernière, une lettre ouverte, signée par 84 libraires, éditeurs et organismes, demandait à Renaud-Bray de mettre fin à la situation.

     

    Que cherche donc Renaud-Bray ? « Une évolution, répond Blaise Renaud dans son bureau sis au-dessus de la grande librairie de la rue Saint-Denis. Je pense que tout le monde du livre demande un changement. Qu’on soit favorable ou non à la réglementation, c’est une des choses qui est ressortie de la commission parlementaire sur le prix du livre. »

     

    Pour le gestionnaire, ce changement passe entre autres choses par un lien direct entre le libraire et l’éditeur. « La relation naturelle entre l’éditeur et le libraire, ici, s’est pervertie. Vous avez énormément d’intermédiaires, et une dématérialisation du lien avec le consommateur. » Blaise Renaud croit que le rôle du diffuseur-distributeur, passage rendu obligé par la loi 51 sur le livre, est de trop. Celui qui fait venir les importations, stocke les livres d’ici, en fait la promotion et en assure le transport vers toutes les librairies, même à l’autre bout de la province, alourdit le marché, selon M. Renaud.

     

    « C’est l’ajout d’un intermédiaire qui a un impact colossal sur les résultats financiers des éditeurs et des libraires, poursuit celui qui se voit autant comme commerçant que comme libraire. Au Québec, la distribution est devenue une business privée. Je n’ai pas de mal avec un mandat de grossiste : rendre le produit disponible avec peu de préavis à ceux qui en ont besoin et qui sont prêts à payer un peu plus cher pour être en mesure de recevoir à peu près n’importe quoi à l’intérieur de 24 h ou de 48 h. » Ce qui est un peu le principe de la SAQ, pour faire une comparaison grossière. « Mais je suis en mesure de constater aussi ce qui n’est pas disponible chez les fournisseurs, qu’on va être obligés de demander, qui va mettre deux mois en bateau pour arriver, qui va être réceptionné et réemballé chez les distributeurs, réexpédié chez moi. Pendant tout ce temps, à chaque étape, même les retours, le distributeur fait des profits. »

     

    Réflexion souhaitée

     

    Le Québec, si l’on soustrait les 2 millions d’allophones, est un marché de quelque 5 millions de lecteurs francophones potentiels. Un micro-marché. « Et vous avez des distributeurs qui se rémunèrent en important 80 % de la production de masse de la France. D’un autre côté, on essaie de développer à grands coups de subventions l’édition québécoise. Est-ce qu’on peut avoir une réflexion soutenue, profonde ? Le problème vient encore une fois des distributeurs qui touchent des royautés sur l’importation des livres français. Plus ils en importent, plus ils en placent, plus ils font de l’argent — et même s’ils traitent des retours ensuite, ils s’en foutent parce qu’ils font de l’argent là-dessus aussi. De l’autre côté, on dit que la part de l’édition québécoise est insuffisante et qu’on souhaiterait l’augmenter. Il y a un paradoxe profond. On a fait une belle machine qui fait grossir les frais, qui place les libraires dans une situation précaire, qui fait que les gens se trouvent, avec 3500 nouveautés par mois, devant un océan de livres, qui raccourcit le cycle de vie du livre. »

     

    Renaud-Bray aura 50 ans l’an prochain. La chaîne a été précurseur au Québec dans l’utilisation des nouvelles technologies, tant dans ses communications commerciales qu’en instaurant le site Internet transactionnel dès 2009. Le gestionnaire est fier d’avoir le plus vaste fonds de titres au Québec — la librairie sur Saint-Denis en compte entre 75 000 et 90 000 — et une base de données qui vient compléter les bases institutionnelles Memento et BTLF. « On est un commerce de détail en croissance, avec une relève, jeune, assurée, qui agit comme un stabilisateur dans leur industrie — car un détaillant qui vend 50 % pour des titres de fond, pour de la poésie entre autres, c’est un véritable stabilisateur, quoi qu’on en dise.»

     

    Blaise Renaud vient d’acquérir une première librairie à l’étranger, en rachetant La Sorbonne, à Nice, de la chaîne en faillite Chapitre. Renaud-Bray pourrait-elle devenir internationale ? « On est en développement, au Québec et ailleurs. Maintenant, l’enjeu c’est juste d’aller chercher les opportunités et de suivre l’inspiration. »

     

    Contre le prix unique

     

    Pour Blaise Renaud, une réglementation sur le prix du livre n’est pas une solution à l’effritement actuel. « Si j’ai le droit d’acheter du gros volume à des conditions avantageuses, je vais acheter plus de livres. L’éditeur va donc en vendre plus, faire plus d’argent, plus de fonds, publier des titres plus nichés, avoir une vision à long terme, investir dans des publicités qui vont peut-être avoir des retombées pour les libraires indépendants. Et si moi je vends 10 000 exemplaires d’un livre plutôt que 5000, ces 10 000 vont contribuer à créer un impact de masse, du bouche à oreille, et les consommateurs vont aller chercher le livre aussi chez les indépendants. Et je ne parle jamais d’offrir des prix imbattables — j’ai refusé des offres d’exclusivité — parce que Renaud-Bray a une très grande conscience sociale par rapport au marché, quoi qu’on en dise. »

     

    Comment changer les choses, alors ? « À date, je me suffis à moi-même, malheureusement, répond Blaise Renaud, pour ce qui est de pousser des pratiques vers le changement, parce que je n’ai pas d’interlocuteurs. C’est quelque chose qui me manque. Parce que c’est vrai qu’on réfléchit mieux à plusieurs que seul. »

     

     













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