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    Librairie

    Renaud-Bray à couteaux tirés avec un important distributeur

    Le motif de la discorde tient à un changement unilatéral des modalités de paiement.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le motif de la discorde tient à un changement unilatéral des modalités de paiement.

    Le distributeur Dimedia n’approvisionne plus la chaîne de librairies Renaud-Bray de ses nouveautés. Du coup, les 26 librairies du groupe se voient privées des derniers titres des éditions du Seuil comme de ceux de Boréal, Minuit, Christian Bourgois, Payot, Septentrion, Écosociété, L’Olivier, le Quartanier et de bien d’autres encore.

     

    Dimedia représente environ 300 maisons d’édition d’ici et d’ailleurs. C’est l’éditeur parisien Le Seuil qui est le premier actionnaire de Dimedia, bien que la propriété de l’entreprise soit à majorité canadienne.

     

    Le motif de cette discorde tient à un changement unilatéral des modalités de paiement des livres. Plutôt que de payer les livres commandés après soixante jours, la chaîne de librairies aurait entrepris de déduire directement la valeur d’ouvrages invendus puis retournés au distributeur. Et ce, de façon rétroactive, explique Serge Théroux, actionnaire avec Pascal Assathiany chez Dimedia. « On nous a annoncé ça de façon unilatérale et Renaud-Bray a appliqué tout de suite sa façon de faire, sans notre accord, pour des transactions qui datent du début de l’année. Cela a des conséquences graves pour l’argent que nous devons payer aux éditeurs, qui sont les fournisseurs de l’ensemble de ce système. »

     

    Cette pratique unilatérale entraîne des complications de trésorerie que le distributeur estime lui être dommageables, tout comme ses éditeurs qui l’appuient dans les circonstances. « Renaud-Bray est en défaut de paiement depuis le 15 avril. »

     

    L’autre côté de la médaille

     

    Pour Blaise Renaud, le jeune et bouillant patron des librairies dirigées autrefois par son père, « le distributeur n’est pas un intermédiaire nécessaire et l’analyse qui est faite ici est en conséquence fautive. Est-ce que ce sont ceux qui mettent des livres dans des cartons et qui les transportent pour les livrer qui sont essentiels au milieu ? Je ne crois pas. Ce ne sont pas eux qui servent le monde du livre ».

     

    Blaise Renaud regrette que cette affaire ait été portée à l’attention des médias. « Ce n’est pas notre façon de faire, mais celle de Dimedia que je trouve regrettable. C’est un fournisseur parmi les 3000 que nous avons. Je ne vais pas discuter d’ententes privées en public. Mais comme je l’ai dit déjà en commission parlementaire, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment est paramétrée l’exclusivité de la distribution au seul profit de quelques distributeurs. Le problème réel est de cet ordre-là. Comment, selon une vieille loi de plus de trente ans qu’eux-mêmes ne respectent pas, des distributeurs peuvent-ils prétendre à l’exclusivité au mépris de tous les libraires, des lecteurs et des amoureux des livres ? »

     

    Pour le jeune homme, « ça fait 25 ans qu’on essaye de négocier avec ces gens-là qui nous imposent leurs conditions. Quel choix vous pensez que j’ai devant ces gens qui nous disent “ fuck the people ”. Sur quatre distributeurs de livres au Québec, il y en a deux qui sont la propriété d’intérêts français. Et ce sont eux qui vont venir nous dire comment fonctionner ? Je regrette, mais non ».

     

    Que compte faire Renaud-Bray s’il n’obtient pas plusieurs des nouveautés importantes pour ses librairies ? « Qui vous dit que c’est le cas ? Pascal Assathiany ment sur toute la ligne. Je vous le dis depuis quinze minutes. C’est faux. »

     

    Le ton est moins emporté du côté de Dimedia, où Serge Théroux se contente de confirmer que c’est pourtant bel et bien déjà un fait.

     

    D’autres tensions ?

     

    Cette mise au ban de Renaud-Bray par Dimedia risque-t-elle de connaître des échos chez d’autres distributeurs ? Benoit Prieur, le directeur général de l’Association des distributeurs exclusifs en langue française (ADELF), affirme en tout cas qu’il existe à sa connaissance « des tensions entre Renaud-Bray et d’autres distributeurs ».

     

    Plus tard dans la journée, l’Association a souligné par voie de communiqué qu’avec sa position privilégiée sur le marché du livre, «il est essentiel que les actions de Renaud-Bray fortifient la chaîne du livre plutôt qu’elles ne l’affaiblissent. Les autres acteurs du secteur [...], des écrivains jusqu’aux bibliothécaires, ont beaucoup à perdre de toutes formes d’abus d’une position dominante».

     

    Charles Cusson, le directeur général d’ADP, une importante structure de distribution de livres propriété de Québecor, n’a pas souhaité faire de commentaires publiquement à ce sujet.

     

    Chez Prologue, qui s’occupe de maisons comme Druide, Le Lombard, Les Malins et les éditions Trois-Pistoles, le directeur Guy Langlois ne souhaite pas dévoiler ses pratiques commerciales avec Renaud-Bray. « Nous avons des ententes avec Renaud-Bray. Tout se passe bien. Les ententes sont respectées. Nos relations d’affaires sont excellentes. »













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