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    Lectures des séries

    Louis Cornellier
    26 avril 2014 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques
    Une illustration de Julien Del Busso tirée du livre Langue de puck. Abécédaire du hockey, dans lequel le professeur de littérature Benoît Melançon présente les mots du français québécois sportif.
    Photo: Source Del Busso Une illustration de Julien Del Busso tirée du livre Langue de puck. Abécédaire du hockey, dans lequel le professeur de littérature Benoît Melançon présente les mots du français québécois sportif.

    Langue de puck
    Abécédaire du hockey
    Benoît Melançon
    Del Busso
    Montréal, 2014, 128 pages

    Hockeyeurs cybernétiques
    L’intégrale Denis Côté Soulières
    Saint-Lambert, 2013, 504 pages

    C’est la faute à Patrick Roy
    Tome IV
    Luc Gélinas
    Hurtubise Montréal, 2014, 272 pages

    « La culture québécoise, écrit le professeur de littérature Benoît Melançon dans Langue de puck. Abécédaire du hockey, est traversée par le hockey. » Ça se voit et ça s’entend ces jours-ci, alors que les Canadiens cartonnent. Mais il y a plus.

     

    La récente campagne électorale en a fourni une preuve supplémentaire. Le chef libéral Philippe Couillard a martelé à plusieurs reprises que son parti présentait les meilleurs « trios » en santé et en économie. Trois jours avant le vote, le chef caquiste François Legault s’est exclamé : « On va gagner le match, lundi ! » En formulant ses demandes électorales à titre de maire de Montréal, Denis Coderre a lancé : « Qu’on nous passe la puck, on va en compter, des buts. » Même Françoise David a évoqué le hockey lors du deuxième débat des chefs. Comme le note le collègue Jean Dion dans la préface de ce livre, « le sport national des Québécois n’est pas le hockey. C’est parler de hockey. Dans nos mots ».

     

    Ce sont ces mots, souvent devenus des clichés, que s’amuse à présenter Benoît Melançon dans cet abécédaire qui se veut une fête du français québécois sportif. Nous aimons, c’est une évidence, le hockey, et ça paraît dans notre langue. Au Québec, une phrase comme « Béliveau purgeait une mineure sur le banc des punitions » ne fait même pas tiquer. Pourtant, quand on y pense…

     

    Melançon montre bien que le vocabulaire hockeyistique québécois est inventif. Prenons, par exemple, l’univers du gardien de but, aussi appelé cerbère, portier ou goaler. Ce dernier a une mitaine dans une main, pour capter la rondelle (ou « la noire », comme le disait Pat Burns), et un « biscuit » (ou bouclier, bloqueur) dans l’autre. Il utilise la plupart du temps le style papillon, ce qui ne l’empêche pas, parfois, d’« être faible entre les jambes », une situation plutôt embêtante dans un sport aussi viril.

     

    S’il se blesse dans cette région, les « hommes de hockey » qui dirigent l’équipe parleront d’une blessure « au bas du corps » (catégorie qui inclut les douleurs « à la laine » d’Henri Richard). Parfois, c’est le
    « haut du corps » qui est affecté (où l’on retrouve la célèbre
    « surbite » de Boum Boum Geoffrion). Claude Julien, entraîneur des Bruins de Boston, a même déjà parlé, tout simplement, d’une blessure « au corps ». Ça, c’est souffrant.

     

    Moqueur à l’endroit des « joueurnalistes », ces anciens joueurs « reconvertis dans le commentaire sportif » sans nécessairement maîtriser le français (ce qui nous vaut une avalanche de calques de l’anglais, comme l’atroce « signer un joueur »), Melançon nous apprend au passage qu’il faut bel et bien dire les Canadiens de Montréal (et non le Canadien) et que l’expression « tour du chapeau » renvoie à l’univers de la magie ou du cricket.

     

    Pour agrémenter cette réjouissante exploration lexicosportive, Melançon a parsemé son ouvrage de citations de chansons et d’oeuvres littéraires québécoises utilisant la « langue de puck ». Il a, comme on dit, donné son 110 % afin que ça sente vraiment la coupe, ce printemps. On le félicite.


    Hockey apocalyptique
     

    « En tant que spectacle, ce sport est devenu une véritable drogue, se désole un des personnages de Hockeyeurs cybernétiques. Les magnats du hockey sont des trafiquants de rêve. Ils souhaitent seulement engourdir la population, lui faire oublier ses problèmes. Et ça marche ! Quand les gens regardent un match, ils n’existent plus. Leur cerveau est éteint. »

     

    Roman jeunesse de science-fiction d’abord paru en quatre tomes, de 1983 à 1993, et publié en version intégrale l’an dernier, Hockeyeurs cybernétiques, de Denis Côté, est une oeuvre époustouflante, qui nous plonge dans un avenir apocalyptique, cadencé par des matchs de hockey opposant des hockeyeurs esclaves à des robots. Inspiré autant par le 1984 d’Orwell que par Le meilleur des mondes d’Huxley, le Freedom State imaginé par Côté est un univers totalitaire dans lequel la majorité des citoyens, les « Inactifs », sont réduits à la misère et soumis à une pression policière permanente, dirigée par des vieillards cadavériques ultracapitalistes technologiquement assistés qui assurent leur domination grâce à des robots.

     

    Michel Lenoir, le meilleur joueur de hockey au monde, sortira de son aveuglement grâce à une des dernières journalistes libres de cet enfer et fomentera, en compagnie d’Inactifs demeurés lucides, une révolution. Récit dantesque haletant qui avance au rythme d’un match de hockey démentiel en multipliant les rebondissements inattendus, ce très singulier roman est une charge contre le capitalisme sauvage, destructeur de l’humanité et de l’environnement, contre la propagande médiatique et contre la fuite en avant technologique. Il a l’air d’un roman pour ados qui évoque l’avenir, mais ne vous y trompez pas : il s’agit d’un solide roman de science-fiction pour tous qui parle des noirceurs du présent.

     

    À qui la faute ?

     

    Avec C’est la faute à Patrick Roy, quatrième tome d’une populaire série de romans pour ados se déroulant dans l’univers de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, on renoue avec un réalisme un peu terne. Enlevant, le récit mené par le journaliste sportif Luc Gélinas est toutefois rédigé dans un style terre à terre qui lui fait perdre du lustre. Les clichés sportifs (l’important, c’est de travailler fort, « garde les choses simples », le hockey est un sport d’émotions, etc.), ici, abondent, un peu comme si nous étions dans un Lance et compte pour ados.

     

    Félix Riopel, le jeune hockeyeur-héros de cette série, frappe maintenant à la porte de la LNH. On devine qu’il jouera pour les Kings de Los Angeles dans le tome v. Ses exploits sportifs sont plaisants à suivre, mais prennent presque toute la place, ce qui rend la trame narrative de plus en plus mince à mesure que la série avance. Pourtant, comme le disait l’ex-Canadien Stéphane Richer, il n’y a pas que le hockey dans la vie.

    Une illustration de Julien Del Busso tirée du livre Langue de puck. Abécédaire du hockey, dans lequel le professeur de littérature Benoît Melançon présente les mots du français québécois sportif.
    Langue de puck Abécédaire du hockey
    Hockeyeurs cybernétiques L’intégrale
    C’est la faute à Patrick Roy Tome iv
    Benoît Melançon Del Busso Montréal, 2014, 128 pages












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