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Caroline Montpetit   8 novembre 2003  Livres
Depuis 1996, une maison d'édition québécoise de Lévis, la maison Alire, a choisi de se consacrer uniquement à la littérature de genre, au roman policier comme au roman fantastique et à la science-fiction.

Depuis, la petite maison d'édition a fait son chemin, a pris sa place en librairie, et il est révolu le temps où l'on croyait que la littérature policière disponible venait essentiellement d'Europe et des États-Unis.

Désormais, les Jean-Jacques Pelletier ou Patrick Sénécal font partie des références en matière de romans policiers et d'horreur québécois, et leurs oeuvres trônent dans les bibliothèques des amateurs aux côtés des Dennis Lehane et Donald Westlake.

Sous leurs signatures, exit l'élucidation de simples meurtres, les intrigues propres aux Simenon, Agatha Christie ou Edgar Allan Poe. C'est à l'assaut de réseaux de trafic international et de tueurs pathologiques que se lancent les nouveaux maîtres du roman policier. Selon Jean Pettigrew, éditeur et directeur littéraire de la maison d'édition Alire, le roman policier a exploité ces dernières années deux thèmes de prédilection: l'énigme des meurtres en série et le polar historique.

Les origines de la maison Alire remontent pour leur part à la maison Le Passeur, fondée par Jean Pettigrew. Cette maison s'était notamment donné pour mission de publier des anthologies de ce qui se faisait dans le monde de la littérature de genre au Québec.

«En 1984, on avait recensé une centaine de nouvelles et une quinzaine ou une vingtaine de romans qui relevaient de la science-fiction et du fantastique au Québec», dit Jean Pettigrew. Pour retracer l'histoire de la littérature policière au Québec, il faut lire Le Roman policier en Amérique française, publié par Norbert Spehner chez Alire, précisément.

La maison d'édition Le Passeur se donnait pour mission de mettre en valeur la littérature de genre car celle-ci se perdait parmi les rayons de littérature générale québécoise.

«Un écrivain comme Yves Thériault, par exemple, qui écrivait Si la bombe m'était contée, en 1963, faisait de la science-fiction. Thériault a aussi fait de la littérature de genre dans plusieurs de ses nouvelles», dit Pettigrew.

Aujourd'hui, impossible de s'y tromper. De plus en plus, en librairie, les romans policiers, fantastiques, d'espionnage, les romans d'horreur et de science-fiction sont classés sur les rayons qui abritent leur genre, et non seulement parmi ceux consacrés à la «littérature québécoise». Parmi les auteurs-vedettes de la maison Alire, on compte bien sûr Jean-Jacques Pelletier, qui sort ces jours-ci le dernier tome de son imposante trilogie Les Gestionnaires de l'apocalypse. Après s'être attaqué au trafic d'organes et au détournement de fonds de la Caisse de dépôt et placement du Québec, l'auteur, qui est aussi professeur de philosophie, menace de faire éclater le Québec tout entier...

Pour Jean Pettigrew, l'une des joies de publier des polars québécois est de présenter aux lecteurs des intrigues qui se déroulent dans des lieux qu'ils connaissent.

«L'intérêt pour les lecteurs, c'est que ces livres sont aussi bons que ceux qui sont écrits à l'étranger, mais qu'ils nous parlent du Québec et de préoccupations d'ici. Les intrigues se passent dans les petites rues sombres de Montréal, de Québec et de Drummondville. Les romans de Chrystine Brouillet, qui mettent en scène Maud Graham, se déroulent à Québec», dit-il.

Et tant pis pour ceux qui regardent de haut la littérature de genre, la reléguant à un sous-genre de la grande, de la vraie littérature.

Dans un texte consacré à Georges Simenon, dans la dernière édition de la revue Alibis, qui traite du polar, Jean-Jacques Pelletier explique que Simenon lui-même considérait la série des Maigret comme une transition entre la littérature populaire et les «romans de la destinée». Au Salon du livre de Montréal, Jean-Jacques Pelletier participera à une table ronde portant sur Simenon, dont on fêtait cette année le 100e anniversaire de naissance.

«Par ailleurs, écrit Pelletier, les Maigret ne sont pas nécessairement les oeuvres que l'auteur appréciait le plus. N'avoue-t-il pas avoir entrepris ces romans "semi-littéraires" comme une étape de transition entre les romans populaires de sa jeunesse et les romans qu'il aspire à écrire?»

Pourtant, selon une étude menée par le gouvernement du Québec en 1994, 60 % des romans lus par les Québécois provenaient de genres littéraires, que ce soit le roman policier, le roman fantastique ou la science-fiction. La ligne qui divise la littérature de genre de la littérature générale est cependant parfois mince. Et dans ces genres, il faut distinguer aussi des sous-genres. Ainsi, on établit que les romans policiers mettent en scène un justicier tentant de faire la lumière sur un événement.

«Le roman noir présente le côté sombre de l'humanité, dit-il. Vous pouvez avoir du roman noir là où il n'y a pas d'enquête policière.» À titre d'exemple, Pettigrew cite un roman de Donald Westlake (voir notre entrevue en page F5), intitulé Le Couperet, qui met en scène un personnage se débattant avec le chômage jusqu'à en devenir meurtrier. Selon Pettigrew, le roman policier fait plus appel à l'extériorité des événements qu'à l'intériorité du personnage.

Reste que la littérature de genre, pour s'épanouir et subsister, a besoin d'un milieu d'échanges. Les revues Alibis et Solaris ont ainsi l'avantage de mettre en contact les amateurs. Du côté de la science-fiction et du roman fantastique, le Festival Boréal réunit depuis 1979 écrivains et lecteurs. Et, depuis deux ans, le Festival du roman policier se tient à Saint-Pacôme, dans le Bas-du-Fleuve. C'est l'occasion d'y remettre un prix, qui a été décerné cette année à Maryse Rouy pour son roman Au nom de Compostelle (Québec Amérique).






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