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    Fumer sans en mourir

    Le médecin français Philippe Presles est convaincu que la cigarette électronique sauvera des millions de vies

    Louis Cornellier
    15 février 2014 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques
    Selon le Dr Philippe Presles, la cigarette électronique est de loin la meilleure façon de se libérer du tabac.
    Photo: Spencer Platt Selon le Dr Philippe Presles, la cigarette électronique est de loin la meilleure façon de se libérer du tabac.
    La cigarette électronique
    Dr Philippe Presles
    Éditions de l’Homme
    Montréal, 2014, 208 pages

    Je fume. Pas en fou, mais quotidiennement et surtout en écrivant mes chroniques. Bien conscient du danger que cela représente pour ma santé, je souhaite parvenir à me libérer de cette habitude. Récemment, j’ai consulté des amis journalistes et intellectuels, ex-fumeurs, au sujet des trucs qui leur ont permis de vivre et d’écrire sans boucaner. L’un d’eux m’a suggéré de boire beaucoup d’eau. L’autre m’a dit avoir mâché, pendant des années, des tonnes de gommes nicotinées. Cela ne m’a pas convaincu.

     

    Je songe donc à arrêter, mais je ne m’y résous pas. J’ai l’impression, comme tous les fumeurs, que l’abandon du tabac me couperait d’une partie de moi-même. Aussi, je continue à fumer, en me réconfortant d’un peu de pensée magique. Tout le sport que je fais, me dis-je, compense un peu les inconvénients du tabac, que je finirai bien par délaisser avant qu’il ne soit trop tard. J’y crois à peine, mais cela me permet de temporiser, tout en en grillant une autre pour le plaisir. Voilà, je viens de l’allumer.

     

    Aujourd’hui, toutefois, La cigarette électronique, un essai du médecin et tabacologue français Philippe Presles, me remplit d’enthousiasme et d’espoir. Pour la première fois de ma vie, je lis un livre qui me fait miroiter la possibilité bien réelle de continuer à faire de la boucane, avec le geste qui l’accompagne, sans en subir les lourdes conséquences. « La cigarette électronique, n’hésite pas à écrire le docteur Presles, est de loin la meilleure façon de se libérer du tabac, à condition de s’y mettre “rien que pour le plaisir”, sans aucune pression de sevrage immédiat. »

     

    Combustion dangereuse

     

    Le tabagisme est le problème de santé publique le plus grave dans le monde. Or, cela est moins connu, ce qui tue, dans la cigarette, n’est pas la nicotine, mais les produits de la combustion du tabac. C’est le monoxyde de carbone (CO), qui se fixe sur l’hémoglobine des globules rouges, privant ainsi le corps d’oxygène et le faisant vieillir prématurément. Ce sont les goudrons, qui tapissent les muqueuses des voies respiratoires et entraînent des cancers. Ce sont les particules fines, qui obstruent les bronches et causent de l’emphysème.

     

    De tout cela, la cigarette électronique nous préserve, ce qui fait dire au spécialiste français du tabagisme Jean-François Etter que vapoter (nouveau terme qui désigne le fait de produire de la vapeur en utilisant la e-cigarette) « pourrait réduire les risques de 99 % à 99,9 % par rapport au tabac ». Eurêka ! a-t-on fortement envie de s’écrier.

     

    Il reste, évidemment, la nicotine, ce produit qui déclenche « l’euphorie » du fumeur et crée la dépendance. Presles, à ce sujet, est catégorique. « La nicotine, écrit-il, n’est responsable d’aucune des maladies du tabac. Elle ne provoque aucun infarctus, aucun accident vasculaire cérébral, aucun cancer, aucune maladie respiratoire, etc. » Aussi, la cigarette électronique nicotinée permet au vapoteur d’expérimenter le « vrai plaisir » de fumer, accompagné du geste, un élément psychologique essentiel, tout en s’épargnant les effets toxiques de la combustion du tabac. Le plaisir demeure, la souffrance du sevrage est quasi éliminée et la vapeur produite ne prend plus la forme d’une tête de mort.

     

    « Pourtant, déplore Presles, on lui cherche la petite bête à cette cigarette électronique, et on voit passer régulièrement des articles ou des communiqués qui soulèvent la question de son innocuité. » Au Canada et au Québec, par exemple, la e-cigarette avec nicotine, sans être strictement interdite, n’est pas en vente libre pour le moment. Seul le modèle sans nicotine, inefficace pour les fumeurs qui souhaitent faire la transition, peut être acheté facilement. En Europe, où la version nicotinée est légale, le lobby antitabac s’y oppose. Interviewé par Christian Rioux dans Le Devoir du 28 janvier 2014, Jean-François Etter dénonçait justement ce moralisme qui nuit à la santé publique.

     

    Liberté sans fumée

     

    Il est nécessaire, évidemment, que les recherches sur ce nouveau produit, inventé en 2003 par le pharmacien chinois Hon Lik et grandement perfectionné depuis, se poursuivent. Toutefois, rappelle Presles avec l’appui du cardiologue québécois Martin Juneau, son préfacier, il faut, dans ce dossier, éviter tout moralisme et comprendre que les doutes concernant l’innocuité à long terme de la cigarette électronique « doivent être confrontés à la certitude absolue de la dangerosité du tabac ».

     

    C’est justement l’absence totale de moralisme qui rend le livre de Presles si séduisant pour le fumeur qui songe à se convertir au vapotage. Ex-fumeur lui-même, Presles dédie son ouvrage à son frère François, « mort jeune du tabac, qui aimait tant la vie et ses plaisirs », et n’hésite pas à témoigner, justement, des « plaisirs intenses » que lui a procurés le tabac. Il sait que, pour un fumeur, « tout [devient] meilleur avec une cigarette », il saisit de l’intérieur la psychologie du fumeur et comprend donc que la perspective du renoncement au plaisir est la cause principale de l’échec relatif de la guerre antitabac.

     

    « Nous allons vers la liberté du futur non-fumeur comme nous allons à l’abattoir, constate-t-il. Ce n’est vraiment pas l’idéal ! » Or la cigarette électronique, en permettant aux fumeurs de modifier le plaisir sans l’abandonner, change tout, en plus de coûter moins cher (2 $ par jour) et d’être, d’après l’évaluation de Presles, moins dangereuse que le tabac, les drogues, le vin, les sucreries, le fromage, le saucisson et les jeux vidéo.

     

    Carla Bruni, Catherine Deneuve, Leonardo DiCaprio, Johnny Hallyday, Madonna et Jack Nicholson, notamment, s’adonneraient maintenant au plaisir du vapotage afin de fumer moins, voire plus du tout. En attendant que les lois canadiennes et québécoises me permettent de les imiter, permettez que j’en grille une bonne à la santé du docteur Presles, dont l’essai clair et rigoureux est un livre d’espoir.

     

    louisco@sympatico.ca













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