Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    La réplique - Costco et le prix des livres

    L’expérience internationale le démontre : dans tous les pays où il y a un prix réglementé, les grandes surfaces sont encore actives dans le commerce du livre

    31 octobre 2013 | Benoit Prieur - Président de l’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française | Livres
    Le déclencheur

    « Après avoir interrogé quelques éditeurs et diffuseurs, on apprend que Costco, malgré ses limites littéraires, semble pour eux un joueur essentiel. Le mépris perce pour le traitement des livres chez Walmart. Target, pour sa part, reste une zone d’ombre, car “ on ne comprend pas encore ce qu’il veut. Ses signaux ne sont pas clairs ”, dit un joueur du milieu. “ Il y a une loi du silence… même si presque tout le monde fait affaire avec Costco… entre autres pour ménager la susceptibilité des libraires ”, confie un autre intervenant du milieu du livre, expliquant ainsi sa demande d’anonymat. »

    – Catherine Lalonde, « Les livres des grandes surfaces », Le Devoir, 26 octobre 2013.

    Le Devoir consacrait la une de son cahier Livres du samedi 26 octobre 2013 à la vente de livres en grandes surfaces. Sur un ton un brin ironique, Catherine Lalonde porte son regard surtout sur Costco en rappelant d’abord quelques faits déjà bien connus : ce commerce propose une faible sélection de titres au rabais, des valeurs sûres uniquement. Au total, environ 300 titres sur les 35 000 nouveautés en français disponibles chaque année. Entre les lignes, on sent toutefois que la journaliste a été un peu surprise en découvrant le « modèle d’affaires » de ce magasin entrepôt. Costco ne s’adresse pas aux « pauvres » en leur permettant, par une politique de bas prix, d’avoir plus facilement accès à la littérature, comme le soutiennent certains dans le débat sur le prix réglementé. Sa clientèle est généralement bien nantie : des revenus deux fois supérieurs à la moyenne nationale, si on se fie aux données américaines. Bref, le type de clients que les libraires aimeraient bien garder chez eux. Or, ils ne peuvent entrer dans ces guerres de prix. La diversité des stocks, la défense de la littérature et la qualité du service entraînent des coûts qui n’existent tout simplement pas en grandes surfaces.

     

    Personne ne réclame que Costco abandonne la vente de livres. En revanche, une majorité d’acteurs du milieu veut éviter que les ventes de livres soient conditionnées par des guerres de prix qui finiront par faire disparaître la diversité des commerces. Cette diversité des lieux de vente est essentielle à la vitalité et à la richesse des oeuvres littéraires.

     

    Même avec un prix réglementé sur les nouveautés, il y a de la place pour le livre dans les grandes surfaces, puisqu’il y aura toujours des acheteurs qui n’iront jamais en librairie. L’expérience internationale le démontre : dans tous les pays où il y a un prix réglementé, les grandes surfaces sont actives dans le commerce du livre. En France, à la suite de l’adoption du prix unique, les grandes surfaces ont d’abord protesté avant de s’y adapter. Ne pouvant plus concurrencer en offrant des prix coupés, elles se sont repositionnées en proposant plus de diversité. La France compte aujourd’hui, par personne, trois fois plus de commerces vendant des livres qu’en Grande-Bretagne, pays qui a abandonné le prix unique au milieu des années 1990. L’adaptation des grandes surfaces se vérifie dans d’autres marchés, même très différents de celui de la France, comme au Japon, en Argentine ou en Allemagne. Du point de vue du Québec, le cas du Mexique est toutefois particulièrement instructif. Ce pays est membre de l’ALENA, comme le nôtre, mais surtout, ce sont les mêmes grandes surfaces qui y sont actives. Walmart et Costco se sont adaptées à la réglementation mexicaine, ont maintenu leurs rayons de livres intacts et offrent des rabais dans les limites prescrites. Peut-on imaginer qu’elles feraient autrement au Québec ?

     

    Le cas d’Amazon

     

    L’article évoque sommairement les craintes que suscite l’arrivée d’Amazon au Québec. Pourtant, il s’agit là de l’un des plus puissants arguments en faveur d’un prix réglementé. Dans le monde anglophone, Amazon s’est développé par des guerres de prix sans relâche au cours des quinze dernières années. C’est désormais un acteur qui domine la vente des livres imprimés et il n’est pas très loin du monopole en ce qui a trait aux livres numériques. Un prix réglementé permettrait, au Québec, de maintenir plus de commerces dans le secteur de la vente au détail du livre, de soutenir la diversité et le dynamisme de l’édition québécoise.

     

    Ne pas intervenir maintenant serait dramatique pour les écrivains et les lecteurs du Québec.


    Benoit Prieur - Président de l’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française

     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel