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    Un voyage pas comme les autres

    21 septembre 2013 |Guylaine Massoutre | Livres
    L’Autofictif croque un piment
    Journal 2011-2012

    Éric Chevillard
    L’Arbre vengeur
    Talence, 2013, 246 pages

    La Disparition de Jim Sullivan
    Tanguy Viel
    Minuit
    Paris, 2013, 153 pages

    Flashes et divagations, esquives et dérobades, folies douces et optimistes : « Il m’énerve. Il n’a qu’à saisir sa guitare et plaquer quelques accords pour humilier toute ma littérature. Puis ses paroles suivent et je reprends l’avantage », écrit l’humoriste et chroniqueur littéraire Éric Chevillard, fort de ses jeux de mots et d’humour dans son journal.

     

    Ces perles du langage, ces mots d’enfant sont recueillis dans un ouvrage tendrement bête, L’autofictif croque un piment. Journal 2011-2012. Les affres et tourments de l’écrivain vous y menacent : « Extrait de naissance - oh le beau pléonasme ! »

     

    L’Amérique croquée

     

    Pour Tanguy Viel, quarante ans cette année, il est temps de s’offrir un voyage de papier. Comme l’auteur regarde sa bibliothèque et y trouve quantité de romans étrangers, il constate : « Ces dernières années, c’est vrai, j’ai fini par me dire que j’étais arrivé au bout de quelque chose, qu’après tout, mes histoires, elles auraient aussi leur place ailleurs, par exemple en Amérique, par exemple dans une cabane au bord d’un grand lac ou bien dans un motel sur l’autoroute 75, n’importe où pourvu que quelque chose se mette à bouger. »

     

    Pourvu qu’il se passe quelque chose ! Son narrateur veut absolument quitter la France. Fatigué du déjà-vu, il se lance le défi de satisfaire son envie d’un grand récit américain - rien d’original, mais une valeur sûre dans toutes les libraires.

     

    Réussira-t-il à inventer ? Il se précipite sur tous les clichés. Pourtant, son voyage n’est pas comme les autres. Son narrateur se donne un personnage, Dwayne Coster, professeur écrivain typique, pour s’amuser. Puis un second roman vient s’emboîter : Dwayne Coster suit à son tour Jim Sullivan, guitariste fameux des années 1970. Voici, racontée, désaccordée, commentée, une double vie partant ou partie en lambeaux, plombée du dessus par un échafaudage mental.

     

    Revenons à Viel, en mal de naissance et de pléonasme avec son roman américain, qui fantasme et catalyse l’imaginaire de Dwayne Coster, admirateur de Jim Sullivan, disparu avec sa guitare au Nouveau-Mexique sur la piste d’extraterrestres. L’écrivain reprend l’avantage, car il divague, évidemment, sur la promesse d’un roman qui confronte sa fabrication en puissance, plus ouverte, soudain, qu’une aventure vécue.

     

    Accident de parcours

     

    Revenons au blagueur initial, Chevillard : « Si tu laisses ton intelligence seule disposer du jeu et battre les cartes, tôt ou tard elle te présentera l’image d’un pistolet posé contre ta tempe. » N’est-ce pas le vide et la prétention qui minent l’écrivain, s’il manque de sens critique ?

     

    Alors, pourquoi refaire le parcours américain ? Et si c’était pour saluer Boris Vian, alias Vernon Sullivan ? En compilant les époques, lieux et savoirs du rêve américain, Viel a fait un beau voyage par Internet ! Il a foncé par plaisir sur Detroit, par les autoroutes virtuelles où se régale tout amateur d’images transitant à foison par satellites.

     

    Ainsi, rapidement, la documentation échevelée s’est épuisée et a fini dans un petit roman dense, réflexif, tordu par la vitesse et une allégresse nerveuse, selon les fiches que le narrateur a remplies avec la vie de ses personnages gigognes.

     

    Au final, que disent ces emboîtements, parodies, objets de fascination saisis comme un matériau de pointe, ultramoderne, sans autre poids que le balayage d’un curseur, plus rapide que Lucky Luke tirant sur son ombre ? Un bricolage de dessin animé, drôle et malin.

     

     

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