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    Poésie - Au coeur d’une mémoire vive

    10 août 2013 |Hugues Corriveau | Livres
    Née en face du parc La Fontaine, Denise Desautels y retourne chaque jour, y parcourt les sentiers afin de courir après la vie, de marcher vive dans l’audace d’exister.
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir Née en face du parc La Fontaine, Denise Desautels y retourne chaque jour, y parcourt les sentiers afin de courir après la vie, de marcher vive dans l’audace d’exister.

    Sans toi, je n'aurais pas regardé si haut
     

    Tableaux d’un parc

    Denise Desautels

    Le Noroît, coll. « Lieu dit »

    Montréal, 2013, 88 pages



    Comme autant de haches


    Marjolaine Deschênes

    Le Noroît

    Montréal, 2013, 86 pages

    Peu facile de concilier poésie et récit, mais Denise Desautels y parvient sans faute dans son livre Sans toi, je n’aurais pas regardé si haut, paru dans la collection « Lieu dit » au Noroît, autant du point de vue de l’écriture qui s’y déploie avec souplesse, remplie d’une émotion à fleur de peau, que du côté visuel. Sous une couverture représentant un détail des Leçons singulières de Michel Goulet, des photographies de l’auteure ainsi que celles d’Emmanuel Martin et de Pierre Pétel font écho aux propos tenus où se faufilent également nombre de citations d’auteurs appelés au coeur de la mémoire.

     

    Parce qu’il s’agit bien d’une mémoire vive, active, qui se déploie ici, faite d’un sentiment de la matière, aux échos bachelardiens, où les sens crépitent dans l’émoi des promenades au parc La Fontaine.

     

    Présentés comme des Tableaux d’un parc, ces textes conjurent le sort, contraignent la mort à se tenir loin, enfouie qu’elle est au plus creux de l’âme, à chaque détour présente, à chaque allée niée par la vigueur des scènes passées ou actuelles qui tremblent, qui brillent dans la lumière.

     

    Née en face du parc La Fontaine, Denise Desautels y retourne chaque jour, y parcourt les sentiers afin de courir après la vie, de marcher vive dans l’audace d’exister. Elle cite en épigraphe cette très belle pensée de Pascal Quignard : « Nous dépendons de nos lieux plus encore que de nos proches. » Discutable, certes, mais ô combien insidieux !

     

    Le projet de la poète propose un monde végétal peuplé d’humains errants comme un symbole de son propre coeur fasciné par la transhumance des âmes : « Je profite de la moindre occasion, le parc à l’aube par exemple, pour confondre au fin fond de mes muscles de marcheuse affolée, incapable d’apaisement, coeurs et fureurs. Parce qu’il ne pleut que du périssable, je compte les morts partout tout le temps. »

     

    Sa prose poétique tient la parole au bord du gouffre, va et vient sous les frondaisons, dit l’essentiel de sa présence au monde. Cette oeuvre de Denise Desautels fait écho à son très beau récit Ce fauve, le bonheur paru il y a quelques années. Et cette qualité d’écriture, qui s’approfondit aujourd’hui pour nous faire pénétrer dans les arcanes de « son » parc, confirme, s’il le fallait encore, la grande finesse d’évocation comme l’acuité d’une voix qui ne cesse de nous amener au coeur de l’indicible.

     

    Couper court

     

    Paradoxalement, c’est en vers libres que nous parvient Comme autant de haches, le livre de Marjolaine Deschênes, que l’éditeur présente comme un « presque récit ». Tout comme chez Denise Desautels, l’image de la mère hante le temps morcelé de ses souvenirs scarifiés au coeur de la douleur. La mère court le monde, la mère aime partout, souvent mal, souvent peu, les enfants devenus des chardons sur les sentes perdues. Et la poète de questionner : « où vas-tu ma battue / ma malmenée / ma fouettée / mon engueulée / ma grande Christ ? » L’écriture de Marjolaine Deschênes est d’une parfaite précision, soutenue par un sens du rythme et du vers plutôt rare. Ce livre d’une mort annoncée, de la mère en allée, ouvre en fin de route ses textes à la forêt salvatrice, parc sauvage où se tiennent à l’affût les images d’une paix relative.

     

     

    Collaborateur

    Née en face du parc La Fontaine, Denise Desautels y retourne chaque jour, y parcourt les sentiers afin de courir après la vie, de marcher vive dans l’audace d’exister.
     
     
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