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    Ainsi donc vous êtes auteur ?

    Isabelle Diu et Élisabeth Parinet analysent les transformations qui ont marqué la condition d’écrivain

    3 août 2013 |Gilles Archambault | Livres

    Il n’est pas besoin de lire pour être fasciné par un écrivain. Qui ne passerait pas une heure La métamorphose à portée des yeux sait que Kafka est un écrivain majeur. On le lui a dit et répété, il en est convaincu. C’est que la notion d’auteur prime souvent l’oeuvre. Il n’en a pas toujours été ainsi. Dans leur Histoire des auteurs, Isabelle Diu et Élisabeth Parinet analysent les transformations qui ont marqué à travers les siècles la notion que l’on s’est faite de la condition d’auteur. En guise d’appendice, je rendrai compte de Loin du Texas, recueil de lettres de l’écrivain américain William Humphrey, qui illustre mieux que tout le chemin parcouru dans la reconnaissance du statut d’écrivain.


    Cette Histoire des auteurs est fascinante en ceci qu’elle brosse à grands traits une évolution foudroyante. Comme le rappellent d’entrée les deux essayistes, « l’aède des temps archaïques de la Grèce ne peut être qualifié d’auteur, lui qui n’est qu’un interprète des dieux, un intermédiaire entre l’Olympe et le public, habité par la Muse qui lui insuffle son génie ». La notion d’auteur ne prend forme que par le plaisir que le lecteur peut prendre en dehors de toute préoccupation religieuse.


    Dans la Rome antique se dessinent des figures d’auteurs. Peu lus, et exclusivement par une élite, leurs oeuvres nous sont pourtant parvenues. Il faut toutefois attendre l’avènement de l’imprimerie pour que la littérature cesse progressivement d’être l’apanage d’une classe privilégiée.


    Écrire, mais dans quel contexte social et économique ? Comment s’est développée la profession d’éditeur ? Comment un imprimeur s’est-il transformé en juge de la valeur d’un écrit donné ? Comment a-t-il pu céder peu à peu ses prérogatives et se mettre à prendre seul les risques financiers d’une opération ? Le dix-neuvième siècle est à ce chapitre fort passionnant. On y assiste à la création en France de la Société des gens de lettres. Les écrivains acquièrent un pouvoir jusqu’alors inconnu. Il y a aussi que les journaux s’arrachent la collaboration de romanciers livrant par tranches leurs créations grâce à la popularité des feuilletons. Balzac, Eugène Sue, Alexandre Dumas, Zola, autant de noms qui se retrouvent sur toutes les lèvres. L’auteur n’est plus un quémandeur.


    Quand, dans les années 20, Bernard Grasset instaure en France le recours à la publicité pour promouvoir des livres comme Maria Chapdelaine ou Le diable au corps, on s’en scandalise. Ses méthodes, à l’opposé de l’éthique mise en avant par Gide et ses amis de la Nouvelle Revue française, paraissent vulgaires. Elles s’imposeront pourtant sans trop de retard. Après tout, il s’agit de vendre. Ce n’est certes pas l’auteur qui s’opposera à ces pratiques, lui qui s’attend à vivre de la publication de ses livres.


    Car l’auteur n’est plus un noble pour qui l’écriture est un passe-temps ou un exutoire à ses idées moralisatrices. Il sera tenté un temps par l’engagement, oscillant entre Sartre et Camus, mais il n’oublie jamais bien longtemps qu’il écrit des livres qui finiront, s’il a à la fois le talent et la chance, par constituer une oeuvre. Il sera un « nom ».


    L’approche des deux historiennes est dénuée de lourdeurs et ne peut manquer d’être instructive. Comme quoi il n’est pas indifférent d’apprendre comment on en est arrivé à des phénomènes d’édition comme Harry Potter et à l’existence de ces best-sellers célébrés à outrance dans les magazines populaires.


    Ces publications ne diront mot de Loin du Texas. Les lettres choisies de William Humphrey, cet écrivain sudiste un peu oublié, illustrent de façon exemplaire le chemin parcouru par un écrivain issu d’un milieu humble et parvenu à la renommée internationale. On y apprend à connaître un écrivain aux prises avec des difficultés de tous ordres, s’interrogeant sans cesse sur son écriture, livré aux doutes constants. Mais qui connaît William Humphrey en 2013 ? Sa correspondance est une invitation à le découvrir. Comme quoi la notion d’auteur a ses mérites.



    Collaborateur



    HISTOIRE DES AUTEURS


    Isabelle Diu et Élisabeth Parinet


    Perrin, collection « Tempus »


    Paris, 2013, 527 pages



    LOIN DU TEXAS


    William Humphrey


    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Juliette Bourdin


    Gallimard, 2013, 443 pages


    Exergue

     
     
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