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    La grève qui vient

    On s’en câlisse examine le processus de «substruction» qui s’est opéré durant le printemps érable

    29 juin 2013 |Marie-Pier Frappier | Livres
    La « résolution émeutière » de la grève a atteint son paroxysme pendant les émeutes du conseil général du PLQ, à Victoriaville.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La « résolution émeutière » de la grève a atteint son paroxysme pendant les émeutes du conseil général du PLQ, à Victoriaville.

    On s’en câlisse

    Histoire profane de la grève printemps 2012

    Collectif de débrayage

    Éditions Entremonde et Sabotard

    Québec, 2013, 288 pages

    Sur la place Taksim, en Turquie, ou encore un peu partout au Brésil, la colère gronde ou explose. Les bras armés de l’État rivalisent toujours de brutalité. Chaque fois qu’un spectacle similaire est publié dans les réseaux sociaux, les plus ardents grévistes québécois s’embrasent. Leurs yeux brûlent toujours depuis le printemps 2012. Leurs membres meurtris font encore mal. Pour qui la grève est toujours vivante, il devient de plus en plus difficile de remettre le doigt dans ces plaies.

    Un collectif de réflexion et d’écriture a pourtant décidé de porter la plume dans la fêlure en bravant tout le « régurgit » de bonne volonté commémorative qui a converti le printemps étudiant en simple objet de consommation historique. Pas question ici de masochisme. Il s’agit plutôt d’en retrouver la « valeur » vraie, dénuée des fétichismes sociaux propres à notre société techno-marchande, grâce aux remarquables analyses de grévistes proches ou loin de Montréal.


    Il est question du récit en crescendo des six mois de conflit, ponctués par les nombreux épisodes de panique médiatique (les fumigènes du métro), la loi spéciale (« on s’en câlisse, clac-clac-claclaclac ») et les récits de manifestations choisies, livrés avec un t-shirt sur la bouche et une pierre à la main. On y décrit abondamment les liens sociaux aliénés par la biopolitique sécuritaire propre au Québec - lire la succulente partie « Notre béton » -, ainsi que les nouvelles techniques d’affrontement entre policiers et protestataires.


    Inspiré entre autres par Benjamin, Agamben, voire des Tiqqun, l’ouvrage coédité par Sabotart (Montréal) et Entremonde (Genève) met en lumière le processus de « substruction » (subversion et construction) qui s’est opéré durant la grève et qui est réclamé tout au long de ses pages : « Sa résolution émeutière [culminant durant les émeutes du Plan Nord et de Victoriaville], sa charge créative [une analyse timide, mais clairvoyante, des réseaux sociaux] et son imprévisibilité plébéienne [le début des casseroles, et leur mise à mort du mouvement de grève]. »


    À l’inverse des nombreux stimulants de « servitude volontaire » qui ont été publiés jusqu’ici, On s’en câlisse ose présenter la grève dans sa totalité, en avançant le « faire-grève » et en explicitant ses potentialités.


    Il faut aussi lire l’oeuvre « profane » du Collectif de débrayage, ne serait-ce que pour cette critique lucide des gouvernements avant, pendant et après le printemps : son arsenal sémantique, sa police, sa « contribution » au faire-grève, quoi ! Puis retenons enfin cette critique cinglante des milieux militants, de la CLASSE en particulier, cette « machine abstraite [qu’]il faut savoir activer et trancher au bon moment ».


    On s’en câlisse, livre d’histoire ou événement ; sa lecture offre seulement un baume insurrectionnaliste dans le désenchantement de nos vies quotidiennes depuis que fut proclamée la fin du « rêve général illimité ».













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