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    De grands poèmes et un projet pour l’école québécoise

    Louis Cornellier
    22 juin 2013 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques

    Les cent plus beaux poèmes québécois

    Une anthologie préparée par Pierre Graveline

    Biblio-Fides

    Montréal, 2013, 232 pages

    J’ai fait ma véritable entrée en littérature par la poésie québécoise. J’étais cégépien et je me nourrissais avec avidité des poèmes de Jean-Paul Daoust, d’Yves Boisvert, de Bernard Pozier, de Lucien Francoeur, de Denis Saint-Yves, de Louis Jacob, de François Charron, de Normand de Bellefeuille et de ceux de Nelligan, toujours. J’étais, on le constate, un peu rocker, pas mal romantique et surtout subjugué par la modernité poétique québécoise. Je dois à ces auteurs mon choix de vivre d’abord et avant tout avec la littérature.

    Ce n’est donc pas moi qui contredirai Pierre Graveline quand il écrit, en introduction à l’édition de poche de son indispensable anthologie intitulée Les cent plus beaux poèmes québécois, que « les écrivains québécois ont créé au fil de notre histoire littéraire une poésie d’une diversité, d’une qualité et d’une richesse remarquables ». Ce jugement, pour moi, relève de l’évidence sensible et intellectuelle, une évidence que les poèmes choisis par Graveline remettent en lumière.

     

    Poésie combattante


    La poésie québécoise est politique et combattante dans la fureur de L’afficheur hurle, de Paul Chamberland, dans L’octobre, de Gaston Miron, dans le sain populisme de Jean Narrache et dans les rugueux et amoureux Cantouques de Gérald Godin. « Comment, écrit ce dernier, pourrais-je oser t’aimer te toucher / même lever les yeux vers toi / connaître ne serait-ce que ton nom / si je n’avais à coeur qu’un jour sinon nous du moins nos fils / soient ici chez eux sur la terre que d’aïeul à petit-fils / nous aimons ».


    La poésie québécoise combine l’intime et la métaphysique en 1904 chez Pamphile Lemay (« Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine, / Et, pour tromper l’ennui dont ma pauvre âme est pleine, / J’aime à me souvenir des nids que j’ai bercés »), en 1910 chez Louis-Joseph Doucet méditant sur la mort, en 2004 chez Roland Giguère (« je sais par coeur aussi de lumineux parcours / des chemins enchantés qui mènent à l’extase ») et en 1995 chez Fernand Dumont, dans Quand je serai vieux, peut-être mon poème favori : « Ce jour-là toutes mes nuits au bout des mains / Je fermerai les yeux de la mémoire / Tendu dans l’attente de la lumière / Transi de tenace espérance // L’âme enfouie dans ses feuillages / Ses heures résignées en un vaste songe / J’abandonnerai ma main consolée dans la tienne / Ce sera le matin je pense ».


    Je ne contredirai pas Pierre Graveline, non plus, quand il constate que, malheureusement, « cette belle et grande poésie québécoise, l’une de nos plus originales contributions à l’imaginaire de l’humanité et à son patrimoine culturel, est largement méconnue ici même : peu enseignée, peu médiatisée, peu présente dans nos bibliothèques et nos librairies, peu lue, en somme plus souvent qu’autrement [sic] ignorée ».


    Pour corriger cette négligence, Graveline avance quelques propositions, comme mettre la poésie québécoise à l’étude dans les écoles, les cégeps et les universités et lui accorder plus de place en bibliothèque, en librairie et dans les médias. Je suis totalement d’accord avec lui et j’irai même, à la faveur de la parution en poche de cette anthologie et de l’esprit de la Fête nationale qui nous habite ces jours-ci, plus loin, en suggérant un nouveau projet culturel pour l’école québécoise.


    Graveline a raison : notre patrimoine poétique est en panne de transmission. Le constat, et c’est bien dommage, s’applique aussi à nos patrimoines littéraire, artistique, chansonnier et cinématographique. Nos grandes oeuvres, dans tous ces domaines, sont méconnues. Or, une société sans repères culturels communs ne peut être qu’une société fragmentée, dans laquelle la vie de l’esprit et la délibération démocratique sont étriquées.


    À peu de frais, l’école pourrait s’attacher à corriger cette situation et contribuer à la constitution de raisons communes. Il suffirait, pour ce faire, de mettre en place un programme éducatif national qui ferait de la culture québécoise un événement. Le ministère de l’Éducation, à la suite d’une délibération nationale, devrait établir, pour chaque niveau scolaire, c’est-à-dire de la première année du primaire à la cinquième année du secondaire, un corpus culturel obligatoire. Il ne s’agirait pas de définir de A à Z ce qui doit être enseigné. Il s’agirait plutôt, pour chaque niveau, d’identifier une chanson, un poème, un livre, une oeuvre d’art et un film que tous les élèves de ce niveau, partout au Québec, le même jour, découvriraient.


    On pourrait décider, par exemple, que, en 3e année du primaire, le premier lundi de décembre de chaque année à 11 heures, tous les élèves du Québec regarderaient Le chandail (ONF), un film d’animation réalisé par Sheldon Cohen à partir d’un conte de Roch Carrier. Le premier lundi du printemps, on ferait écouter aux mêmes élèves L’hymne au printemps, de Félix Leclerc. En 5e année du secondaire, on pourrait décider que, le premier lundi d’octobre, en avant-midi, tous les élèves devraient lire L’Octobre de Gaston Miron, avant de regarder, le premier lundi de décembre, Mon oncle Antoine, de Claude Jutra, de faire une dissertation, le premier lundi d’avril, sur Les belles-soeurs de Michel Tremblay, et de découvrir, le premier lundi de juin, la série sur les Oies blanches de Jean-Paul Riopelle.


    Pour chaque niveau scolaire, donc, un poème, une chanson, un livre, un film et une oeuvre d’art, les mêmes pour tous, au même moment, partout au Québec. Ce corpus commun serait établi pour longtemps afin de se constituer en tradition. Imaginez le réjouissant ramdam culturel qui s’ensuivrait. Le premier lundi du printemps, par exemple, deviendrait au Québec celui de la chanson de Félix, enfants, parents et médias en parleraient, les radios la feraient entendre et les trésors de notre culture, enfin, seraient transmis et partagés. Je vous parle, ici, en rêvant, d’un possible miracle culturel pour le Québec, moyennant un peu de volonté politique et pédagogique.


    En ces temps de Fête nationale, je vous invite à y réfléchir, à penser aux oeuvres qu’on devrait retenir et à lire, pour vous inspirer dans cette mission, Les cent plus beaux poèmes québécois, amoureusement recueillis par Pierre Graveline.













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