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    Lucien Francoeur, le rockeur fatigué

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	Lucien Francœur, poète, rockeur, enseignant et animateur de radio, au lancement de Francœur, le rockeur sanctifié, ici accompagné de l’auteur Charles Messier et de Jacques Racine, guitariste d’Aut’Chose.</div>
    Photo: François Pesant - Le Devoir
    Lucien Francœur, poète, rockeur, enseignant et animateur de radio, au lancement de Francœur, le rockeur sanctifié, ici accompagné de l’auteur Charles Messier et de Jacques Racine, guitariste d’Aut’Chose.

    Francoeur, le rockeur sanctifié
    Charles Messier

    VLB

    Montréal, 2013, 128 pages

    «Poète pas vraiment poète doublé d’un chanteur pas vraiment chanteur», écrit son éditeur et ami Bernard Pozier, Lucien Francoeur, «dans un champ comme dans l’autre […] a suscité la controverse.» Sa meilleure oeuvre, au fond, n’est pas un de ses livres ou un de ses disques; c’est lui-même, c’est-à-dire ce personnage original de poète-rockeur qu’il a su inventer et incarner depuis tant d’années. Dans ce rôle de lettré rebelle ou de rockeur intello - «J’étais le blouson noir des chansonniers et le Camus des bums», résume-t-il -, Francoeur n’a pas toujours su éviter le ridicule, mais il est parvenu à créer une oeuvre qui n’est pas sans qualités.

    À l’époque de mes études collégiales, dans les années 1980, je suivais avec avidité les cours de poésie de Bernard Pozier, je lisais les recueils de Jean-Paul Daoust et j’écoutais en boucle Les gitans reviennent toujours (1987), un des bons albums de Francoeur, réalisé par Gerry Boulet. En me faisant découvrir que la poésie pouvait s’allier à l’univers rock et à la culture populaire, ces trois poètes ont été à l’origine de mon choix d’étudier en littérature. Je me suis éloigné, depuis, du rock et de l’oeuvre de Francoeur, mais je conserve un attachement nostalgique pour cette dernière.


    Des propos transparents


    J’ai donc lu avec bienveillance Francoeur, le rockeur sanctifié, la biographie présentée sous forme d’album que le journaliste Charles Messier consacre au personnage. Très riche en photographies et en fac-similés de toutes sortes, cet ouvrage, basé sur de longs entretiens avec le poète, n’est pas une grande biographie littéraire. Messier, essentiellement, se contente de rapporter et de mettre clairement en forme les confidences de Francoeur et de quelques-uns de ses amis. L’intérêt du livre tient donc à sa facture visuelle et à la transparence des propos du rockeur, usé par une vie de patachon.


    Né à Montréal en 1948 et élevé à Repentigny par un père porté sur la bouteille, Francoeur part sur la bum à l’adolescence. Il écoute les Beatles et les Stones, ne déteste pas se battre et faire des vols avec ses amis montréalais, fugue jusqu’aux États-Unis et commence à consommer de la drogue. Le jeune rebelle se distingue toutefois de ses complices par son goût de la lecture et de la culture. «J’avais l’impression, dit-il pour expliquer sa délinquance, de suivre les traces de mes héros d’enfance, des héros nocturnes, déviants et rebelles. Parmi eux, il y avait Elvis Presley, le personnage du Survenant, les rôles incarnés par Marlon Brando et James Dean, Billy The Kid. Les bons, je n’étais pas capable!»


    Francoeur, qui reconnaît aujourd’hui que l’insécurité et la peur d’être rejeté ont été le moteur de sa vie, se compose rapidement un personnage pour se démarquer dans cet univers désorganisé. «J’aimais, avoue-t-il, me montrer comme le rebelle qui lit et qui écrit.» La poésie, pour ce faire, lui semble la voie royale et la drogue, un puissant stimulant créatif. «L’acide, dit Francoeur, aura eu sur moi cet effet foudroyant et bénéfique d’ouvrir mes horizons créatifs et de me permettre d’aller voir ce qu’il y avait au fond de moi. Sans la drogue, et particulièrement l’acide pris cette nuit-là [lors de la Nuit de la poésie, en mars 1970], je n’aurais jamais rien publié.»

     

    Des fulgurances poétiques


    La poésie de Francoeur, «où se croisent les éléments constituant la culture étasunienne, la culture française et la culture spécifique d’ici», comme l’explique Bernard Pozier dans la préface d’Entre cuir et peau (typo, 2005), la meilleure anthologie des textes du poète, sera saluée par Gaston Miron. Regard à la fois complaisant et critique sur l’expérience américaine, cette poésie, d’inégale qualité, a des fulgurances. Dans Les néons las (l’Hexagone, 1978), Francoeur propose un noir «Synopsis du cauchemar américain»: «[…] car voyez-vous les petits / l’américanisme c’est / la foi du Bon Dieu / l’homme inventorié / la pollution vénale / et l’illusion de la vitesse / /la guerre dans les pores de la peau».


    Comme rockeur, avec Aut’Chose ou en solo, Francoeur poursuit dans la même veine, mais plus simplement et souvent avec humour (Le freak de Montréal, Rap-à-Billy). Sans être transcendante, son oeuvre, même si elle s’est construite à coups d’emprunts culturels, a une réelle originalité et une indéniable valeur littéraire.


    Quand il se met à réfléchir, toutefois, Francoeur s’embourbe systématiquement. «J’ai réalisé, confie-t-il à Messier, que j’étais bon pour donner mon opinion et que le monde aimait savoir ce que je pensais sur tout plein de sujets. Je suis un opinioniste!» À cet égard, il s’illusionne lourdement.


    Sa pensée, en effet, est confuse, toujours mal argumentée et très changeante. Ambivalent sur la question nationale, Francoeur joue les marginaux, mais il fait de la pub parce que c’est payant, travaille à la radio de tous les conformismes (CKOI), adore les voitures et fréquente les Hells, dans les années 1980-1990, tout en parlant de justice sociale. Il se présente en prof connaisseur du réseau collégial, mais dit n’importe quoi sur le sujet. Comme intellectuel, Francoeur veut avoir la parole, mais sans faire l’effort de réfléchir. Si le poète-rockeur a eu ses vertus, l’homme d’opinion, lui, n’a produit que de la distorsion.


    Traité à la méthadone, le rebelle, aujourd’hui, est fatigué. «J’ai souvent de la misère à me prendre pour le personnage que je jouais dans les années 1970 et 1980, et qui me faisait écrire des livres», confie-t-il tristement à Messier, en ajoutant avoir «perdu le goût de créer».


    Déjà, dans son recueil Express pour l’éden (Écrits des Forges, 2001), il annonçait son épuisement: «le trip tire à sa fin / les uns sont morts / les autres disparus / ou pas forts / ceux qui restent / se sont regardés / dans le miroir / se sont guère vus / pas plus que moi // en attendant mieux / fort peu probable / puisque le meilleur / est dans le rétroviseur / où il est signifié / que les objets / sont plus près / qu’ils n’apparaissent / ainsi en est-il / de tout un chacun / en bout de piste / ou en fin de compte». Les rockeurs fatigués, quand ils sont poètes, sont parfois émouvants.

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	Lucien Francœur, poète, rockeur, enseignant et animateur de radio, au lancement de Francœur, le rockeur sanctifié, ici accompagné de l’auteur Charles Messier et de Jacques Racine, guitariste d’Aut’Chose.</div>
Lucien Francœur et l’écrivain Patrick Straram <div>
	Des noms de personnes ayant marqué la vie de Francœur. </div>












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