Haruki Murakami sort de sa tanière
Au Japon, la dernière apparition publique de l’auteur de Kafka sur le rivage remonte à plus de 18 ans
Devant un parterre extatique choisi au hasard à l’issue d’une loterie, l’auteur de Danse, danse, danse (Le Seuil, 1995) et de Kafka sur le rivage (Belfond, 2006) a résumé son plus récent opus avant de procéder à la lecture de passages choisis. Sorti en librairie le 12 avril, Le sans couleur Tasaki Tsukuru et ses années de pèlerinage (Shikisai wo Motanai Tazaki Tsukuru to, Kare no Junrei no Toshi) relate l’errance d’un ingénieur de 36 ans entre le Japon et la Finlande à la suite d’une douloureuse peine d’amitié.
Pour Murakami, cette oeuvre marque un tournant. De fait, ses intrigues précédentes tendaient à se dérouler dans un réel graduellement contaminé par le fantastique ou l’insolite. Pour la première fois, le romancier s’est abstenu de recourir à quelque forme d’étrangeté ou de surréalisme que ce soit. Si l’on en croit une critique au demeurant largement favorable, les thèmes récurrents de l’auteur (l’interaction à travers la douleur ou l’épreuve, l’analyse sociale en filigrane, l’exil, etc.) n’en sont pas moins au rendez-vous, à l’instar de ce climat de mélancolie qui lui est si cher.
Donner le feu vert à un premier tirage d’un million d’exemplaires grand format constituait un risque calculé pour l’éditeur nippon Ungeishunju, qui a finalement récupéré sa mise en un temps record. Au Japon, Le sans couleur Tasaki Tsukuru et ses années de pèlerinage s’annonce en effet d’ores et déjà comme le plus gros succès de librairie de Haruki Murakami.
Enfant prodigue
Haruki Murakami naît à Kyoto en 1949 de parents professeurs de littérature. Après avoir envisagé l’idée de devenir scénariste, il gère un bar jazz de Tokyo avec sa femme pendant huit ans. Paru en 1979, son premier roman Écoute la voix du vent le fait remarquer et remporte le prix Gunzo. En 1986, il séjourne en Grèce et en Italie puis émigre aux États-Unis où il enseigne un temps à l’université Princeton. Publiée en 1987 en version originale japonaise, La ballade de l’impossible, son cinquième roman, lui vaut une reconnaissance internationale.
De retour au Japon en 1995, il écrit Après le tremblement de terre, un recueil de nouvelles marquées par le tremblement de terre de Kobe et l’attentat au gaz sarin de la secte Aum dans le métro de Tokyo. En dehors de sa propre activité littéraire, Haruki Murakami est un traducteur recherché. Il a notamment traduit de l’anglais au japonais des oeuvres de F. Scott Fitzgerald, John Irving et Raymond Carver, chroniqueurs disparates de l’Amérique dont il s’est souvent fait le chantre. Deux de ses oeuvres ont été adaptées pour le cinéma : la nouvelle Tony Takitani (Jun Ichikawa, 2004) et le roman La ballade de l’impossible (Tran Anh Hùng, 2011). Haruki Murakami a coscénarisé ce dernier film.







