les critiques des collégiens - La réalité décadente
Sophie Bienvenu
La Mèche
Montréal, 2011, 160 pages
Montmorency — « C’est pas difficile de fourrer quand t’as besoin ou quand t’as le goût, tu peux même avoir de l’argent pour. » Sophie Bienvenu, blogueuse franco-québécoise connue pour sa littérature jeunesse, change de registre avec Et au pire on se mariera, son premier roman.
Le témoignage-choc de l’adolescente Aïcha emprunte le ton de la confidence et traite du désir de l’interdit, se traduisant par la confrontation de l’innocence avec le réel.
Le témoignage-choc de l’adolescente Aïcha emprunte le ton de la confidence et traite du désir de l’interdit, se traduisant par la confrontation de l’innocence avec le réel.
Ayant pour seules amies Mel et Jo, prostituées transsexuelles et sources ultimes de conseils, Aïcha déambule dans le Centre-Sud de Montréal en quête d’affection. Victime d’abus à l’âge de neuf ans par son beau-père Hakim et aveuglée, car se croyant amoureuse, elle projette sa jalousie sur sa mère. Or Aïcha devient aliénée par les mensonges qu’elle raconte à une pseudo-travailleuse sociale, entremêlant idéaux et fantasmes, oscillant entre naïveté et lucidité, soit entre l’enfance et l’âge adulte. Cet univers d’illusions provoque en elle un malaise existentiel qui la désensibilise, la déshumanise. On plonge alors dans un drame psychologique où les tabous sont banalisés.
Les informations relatives aux personnages sont divulguées par la déconstruction des détails, et la chronologie des événements est disparate, conformément aux idées troubles de l’adolescente. Bienvenu épate par la rigueur de son travail sur la langue populaire, sorte de joual spontané et raffiné dont se sert Aïcha. L’oralité de la langue soutient la crédibilité du personnage, qui s’exprime par des termes relatifs à sa condition sociale. Enfin, l’absence de repères moraux participe à la perversion d’Aïcha, qui explique à Baz, un homme de trente ans dont elle est amoureuse, que le métier idéal, c’est la rue : « En fait, je voudrais être une pute, oui, mais juste avec un client », influence provenant de son entourage et du film Scarface, duquel elle entend des paroles pleines de violence sexuelle.
On comprend donc que l’intertextualité force le questionnement sur la culture populaire ambiante, qui éduque la jeunesse et contribue au développement de son identité. On se trouve alors choqué par la réalité décadente qu’expose Bienvenu.








