Les critiques des collégiens - Que sa volonté soit faite
Larry Tremblay
Éditions Alto
Québec, 2012, 159 pages
Cégep de Trois-Rivières — « Je me surprenais à reconnaître dans ce Christ de viande, dans ce visage bouffi et mis à nu, le mal que j’avais introduit dans la maison, nourri et protégé, le mal que j’avais pris pour de la souffrance. » Edgar recueille Jean, messie laissé pour mort par quatre cavaliers de l’Apocalypse dans un cimetière.
Comment une personnalité sociopathe peut-elle en venir à dévouer sa vie entière à un seul être ? En devenant son sauveur.
Dans son tout dernier roman, Le Christ obèse, Larry Tremblay arrive à rejoindre les esprits les plus morbides, alliant religion et meurtres, matricide et infanticide, gâteaux d’anniversaire et pâtés au poulet congelés. D’une plume acérée, il joue la note de la folie et fouille la tête d’un désaxé déconnecté de la réalité. Edgar adhère à la souffrance de Jean, s’y complaît jusqu’à se perdre. Le lecteur se voit entraîné, bien malgré lui, dans la démence d’Edgar, dans son obsession envers l’inconnu qu’il a installé dans la chambre de sa défunte mère.
Qui a vu le film Psychose d’Alfred Hitchcock (1960) retrouvera ici le fils hanté par le fantôme de sa mère. Le surveille-t-elle ? Le voit-elle jeter ses effets personnels dans de vulgaires sacs à ordures, par-dessus le cadavre enterré de Josiane Gravel ? Ces questions rôdent comme une ombre autour d’Edgar, telle une mélodie qui surgirait inlassablement des entrailles de la terre.
Le Christ obèse est à première vue un suspense classique, prévisible, mais Tremblay fait bifurquer son récit dans des sentiers sinueux et inexplorés desquels on risque de ressortir un œil en moins ou les jambes mutilées. Malheureusement, la fin ne rassasiera pas la curiosité du lecteur, surtout si celle-ci est aussi vorace que l’appétit de Jean.
Fidèle à l’héritage laissé par le Christ, Edgar porte le poids de la culpabilité et cherche à racheter son âme meurtrie. Alignant frénétiquement des Notre Père en silence, croyant s’assurer la rédemption, le pauvre homme ne réussit pourtant qu’à pervertir le bien. Lui, le fils, saura-t-il enfin se délivrer du mal ?








