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Poésie - Voies larges de François Turcot et de Bruno Lemieux

4 mai 2013 | Hugues Corriveau | Livres
François Turcot
La Peuplade, coll. «Poésie»
Chicoutimi, 2013, 184 pages
 
Bruno Lemieux
Le Noroît, coll. « Initiale »
Montréal, 2013, 90 pages
«Buveur de lune», François Turcot entend et creuse le rêve, est aux aguets, fouissant les ombres et les bruits. Poésie éclatée que celle de ce poète, poésie exigeante qui ne se contente ni d’une précaire linéarité ni de petites brisures de sens. On aime l’automatisme ces temps-ci, pour suivre l’air du temps qui fracture toute éventualité de clarté. À cet égard, la poésie de ce poète est exemplaire et répond exactement de son époque, de l’indécidable pertinence des mots, des messages contradictoires ou brouillés de son monde. Ainsi nous confie-t-il que, «déboulant de [sa] bouche / comme / une coulée // l’avenir ici / se calculerait / en beurre rude». C’est évidemment à prendre ou à laisser, mais si j’ai tendance à plutôt m’intéresser à cette œuvre déjà forte de ses premiers écrits, c’est que s’y déploie une voix intense et vive qui est nerveuse.
 
On s’attardera avec bonheur à la seconde partie du recueil intitulée Météores, où on retrouve le Dinosaure du titre, qui n’est autre que le père du poète. Au moment de sa découverte sur ou sous le sol enneigé, le poète nous donne à lire ce très fort poème: «Défonçant l’hiver, le soleil pétrifia l’heure comme un météore. // Nos voix craquelèrent. C’était le muscle du cœur retourné dans le ventre des pierres.»
 
En troisième partie, un assez beau retournement nous fait entendre la voix du père qui avait promis à son fils François d’écrire un livre d’heures, livre perdu, mais auquel le fils donne écho dans ce qu’il appelle ses Préhistoires. Le recueil s’impose comme une quête du père en allé, recueil qui cherche à traduire une parole évanescente et à imposer celle d’un fils qui n’a de cesse de retrouver son incarnation. La suite du recueil va prolonger cette fouille d’une archéologie familiale. Ce travail-là est formidable. Voici un livre bien construit qui non seulement s’offre le plaisir de dire la vie au-delà de la mort, mais qui instaure un dialogue entre les amours perdues.
 
Promesses

Chez Bruno Lemieux, la poésie tient lieu d’itinéraire pour accéder aux promesses de l’âme, ce qui pourrait surseoir à « une existence sans trame ni parcours / les bras coulés le long des larmes ». On l’accompagne dans ce tracé qui le mène de la ville au fleuve, acharné à trouver matière au bonheur. Ce n’est pas peu que de vouloir prendre l’axe du plaisir contre ce qui empêche l’épanouissement, ce qui contraint l’espoir. Pour lui, l’entreprise est claire: «Je veille ma fêlure / à peine un chuchotement / je voudrais au récit / ajouter une joie / quelques lettres échappées.» Dans le ventre la nuit s’impose, dit le poète, mais cela implique, paradoxalement, une volonté de traverser le noir afin que la lumière se dégage en fin de parcours, afin que surgisse, là, au confluent de l’aube, une vision juste dans l’œil du monde.
 
En fait, le poète nous demande de le suivre d’abord dans son quotidien d’homme qui se lève, va au travail, se donne littéralement à prendre dans le regard des autres. La mer impose alors sa présence lumineuse et salvatrice, rêve d’exode et d’apaisement. La route propose sa ligne vers l’horizon. Quelque part, en avant, près des arbres, un amour nouveau, un corps révélé, malgré cette douleur à l’âme qui n’est jamais loin d’un spleen enraciné. Ce premier recueil fait entendre une voix inquiète et subtile qui trouve un exutoire empreint de fragilité.

 
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