Louis Cornellier, l’archer du peuple
Louis Cornellier
PUL
Québec, 2013, 180 pages
Il y a chez Louis Cornellier, même dans sa chronique du Devoir, un accent populaire discret d’une grande force de persuasion. Cet accent fait, en particulier, le charme du nouveau livre du chroniqueur : Dans mon carquois. Cornellier y attaque le « discours de droite », digne d’un Richard Martineau ou d’un Mario Dumont, « matraqué dans presque tous les médias québécois ». Contre la caricature du peuple, il est la voix réservée du vrai génie populaire.
Dans l’ouvrage, préfacé par Jean-François Nadeau, son collègue du Devoir, il rassemble ses « dernières chroniques de L’Action » (2011-2012), publiées avant qu’il n’ait cessé de collaborer à l’hebdomadaire lanaudois. Indépendantiste et social-démocrate d’une persévérance rare, Cornellier réfute l’idéologie cucul la praline selon laquelle « le Québec va très mal, souffre d’immobilisme économique, est un enfer fiscal et est mené par les syndicats ».
Avec une limpidité qui lui vient de son deuxième métier, celui d’enseignant, il explique qu’à cause d’une meilleure répartition de la richesse, le niveau de vie de la plupart des Québécois dépasse celui du commun des Américains, ces modèles sacrés brandis par notre droite idolâtre.
Sa cible politique favorite, le « mononcle » caquiste François Legault, qui voit le cégep comme « une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue », lui rappelle la rusticité du créditiste Camil Samson (1935-2012).
Que ceux qui croient que la fraîcheur populaire et l’enracinement de l’intellectuel joliettain cachent un conservatisme larvé se détrompent ! Au cégep régional de Lanaudière, Cornellier se range du côté de ses élèves lors du printemps érable.
Il est même disposé à dire oui, dans le contexte québécois, à la gratuité de l’enseignement qui, tient-il à préciser, « ne coûterait qu’entre 176 et 405 millions ».
Sa résistance instinctive au conservatisme se manifeste aussi lorsqu’il rêve « d’un Plan Nord humain, plutôt que minier », pour réconcilier les Amérindiens et les autres Québécois.
Exaspéré par une marotte de la droite sur la langue, il s’écrie : « Et qu’on ne vienne pas me dire que si le français recule au Québec, c’est parce qu’on le parle mal ! »
Il sait trop que la vigueur d’une langue dépend de l’importance socioéconomique de ce moyen de communication et que l’on doit, par conséquent, renforcer la loi 101.
Le sort du français, il l’identifie tellement à l’ascension du peuple québécois qu’il le place au coeur de notre avenir politique. Une formule émouvante tombe de sa plume : « Ce n’est pas l’indépendance, mais bien la dépendance qui est dépassée. »
Le mot surprendra, de François Legault à Denis Coderre, les serviteurs populistes de la domination, ces « mononcles » encroûtés dans les vieilles habitudes, mais réjouira ceux qui, spontanément, à l’instar de Cornellier, distinguent la démagogie de l’authentique cause du peuple : celle du progrès et de la liberté.
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