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Littérature québécoise - Prendre l’eau

27 avril 2013 | Christian Desmeules | Livres

Dix jours en cargo

Isabelle Miron

Leméac

Montréal, 2013, 112 pages

Sur papier, bien sûr, l’idée était séduisante. S’embarquer à Barcelone sur un porte-conteneurs flambant neuf en direction du Brésil. Mais, seule passagère sur le Cala Lucinda en compagnie d’un équipage tout philippin, d’un capitaine qui garde ses distances, d’un premier officier croate qui prend plaisir à lui distiller ses remarques misogynes, la narratrice de Dix jours en cargo finit vite par déchanter.


Devant elle, une dizaine de jours pour faire le point, remettre la machine en marche, prendre l’air. Peu de bagages l’accompagnent, mais elle porte avec elle un attirail tout de même lourd : un projet d’écriture en mer et une blessure amoureuse encore à vif. Et l’espoir, surtout, de reconquérir « cette conscience fauve de la vie » qui a fini par lui échapper au seuil de la quarantaine.


Ces dix jours à bord de cet « amas de fer » seront pour elle une expérience faite de temps et de vide, où elle réfléchira à voix haute sur la création et la procrastination. Car le roman se refuse à elle. « Rien ne vient. » Son « grandiose voyage vers le Brésil » chavire, ses relations avec le capitaine et le Croate tournent un peu au vinaigre, elle s’enferme de plus en plus dans sa cabine et en vient à remettre en question cette aventure qui prend de plus en plus la couleur sombre de l’échec. « Il y a, dans ces voyages que je m’entête à faire seule, une relation étroite avec le Rien. »


Ainsi va Dix jours en cargo, premier roman autofictif d’Isabelle Miron, poète, essayiste et professeure de littérature à l’UQAM. Pendant dix jours, l’univers se scinde en deux : le dehors et le dedans. Côté hublot, la vue, l’infini de l’océan, les poissons volants, de rares albatros. Côté cabine, l’immobilité, les tensions avec l’équipage, quelques rêves agités et un « magma gluant » qui finit par tout envelopper.


Elle réalise vite que la liberté est souvent une illusion - que l’on soit en mer ou sur la terre ferme. L’écrivaine-passagère devient bel et bien sa propre geôlière, enfermée dans sa cabine et incapable d’écrire une « vraie » ligne ailleurs que dans son carnet de notes.


En recyclant les pages de son journal de bord, Isabelle Miron récupère en quelque sorte sa mise. En collant au plus près de l’expérience, elle nous livre le récit magnétique d’une trajectoire accidentée qui nous entraîne de l’enthousiasme à la désintégration lente jusqu’au souffle libérateur du Brésil.


 

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