Revoir le passé
Régis Debray
Gallimard
Paris 2013, 307 pages
Régis Debray a eu l’excellente initiative de réunir ses essais des 20 dernières années. Son ouvrage, Modernes catacombes, comprend des articles, des préfaces, des conférences où sa préoccupation première est la littérature. On sait qu’il a eu une vie intense d’engagement et d’action. Il fut présenté comme un compagnon de Che Guevara, connut la prison et participa à la politique en France. Dans cet ouvrage, il nous livre ses réflexions.
Sans renier le passé, il tourne la page sur les aventures, la politique, et s’attache à la littérature qui, comme le dit Julien Gracq, est « un refuge contre tout le machinal du monde ». Il fait part de ses admirations, entre autres pour Gracq, Lacouture, Semprun, Mauriac, Romain Gary. D’autres posent des problèmes. Il fait l’éloge de Sartre l’écrivain, auteur des Mots, sans le suivre dans ses prises de position ambiguës et contradictoires. Celui qui le retient le plus est Malraux. Son accord est mesuré. Il le considère plus comme un visionnaire que comme un penseur. Sa vision est forte, vaste, admirable, et sa sensibilité l’est tout autant même si les femmes sont absentes dans son oeuvre. Il se sert de l’action pour alimenter cette vision, d’où les changements de cap.
On a le sentiment qu’il reconnaît en lui un semblable et qu’à travers lui, il se juge et met en question le monde tel qu’il se présente. Certes, la France a eu de grands hommes politiques et son admiration pour le général de Gaulle est totale. Le passé littéraire abonde en richesse alors que le présent se caractérise par son absence. La course à la célébrité, un produit des médias, est néfaste et l’exemple qu’il en donne est celui de Sollers. Debray, qui a fondé une revue sur les technologies de communication, en mesure la puissance.
La phrase de Debray est le reflet de l’état de son esprit. Elle est faite de retours, de reprises et d’une abondance de métaphores. Après une existence mouvementée, il cherche un répit dans la réflexion littéraire. Le monde devant nous peut nous sembler désolant et pauvre. Heureusement, les trésors du passé sont à notre portée. Voici une urgente invitation à poursuivre la réflexion.
Collaborateur








