Polar - Donna Leon, canicule et faits divers
Donna Leon
Traduit de l’américain par William Olivier Desmond
Calman-Lévy
Paris, 2013, 286 pages
C’est l’été et on crève de chaleur à Venise. Accablé par la canicule, le commissaire Guido Brunetti n’en peut plus d’attendre de partir en vacances en montagne avec sa petite famille. Mais voilà que deux affaires, coup sur coup, vont plutôt le retenir près des canaux odorants de la Sérénissime.
Il y a d’abord cette histoire de gourou qui profite de la crédulité des vieilles dames pour les escroquer ; l’affaire est d’autant plus délicate que la tante de l’inspecteur Vianello est une des victimes inconscientes du charlatan. Comment réussir à lui ouvrir les yeux et à coincer du même coup le coquin devenu méfiant ? Cela n’empêche pas Brunetti de faire ses bagages mais, alors qu’il file déjà en train vers le Piémont, un cadavre gênant est découvert dans un quartier chic de Venise… et le commissaire doit abandonner la famille à mi-parcours pour revenir s’attaquer à cette affaire.
L’homme assassiné est un haut fonctionnaire et les indices s’accumulent en laissant bientôt remonter des odeurs de corruption. En fouillant un peu partout grâce aux « talents » de la signora Elettra, Brunetti et Vianello ont bientôt dans leur mire une juge, un promoteur immobilier « créatif », un banquier… et probablement le milieu gai de la ville. On ne vous en dira évidemment pas plus sinon que, comme d’habitude, le vice-questeur Patta se révèle à la hauteur de sa réputation.
C’est bien sûr la finesse d’observation de Donna Leon qui rend toutes les enquêtes de Brunetti passionnantes. Les fans le savent déjà : il n’y a que de très rares coups de feu ici, pas de sang ou si peu, et aucune poursuite effrénée zigzaguant sur le grand canal entre les gondoles et les vaporetti. Tout plein de petites dégueulasseries ordinaires, par contre, et de veuleries toutes plus admises les unes que les autres…
Il y a aussi que les personnages que propose Donna Leon sont de vrais personnages de roman. À commencer bien sûr par Brunetti et sa famille, que l’on connaît maintenant depuis une vingtaine de livres. Type même de l’honnête homme, le commissaire est une sorte d’illusoire dernier rempart contre lequel la vraie vie vient s’écraser lourde de ces petitesses devenues partout de plus en plus quotidiennes. Avec Venise qui s’enfonce chaque jour un peu plus en arrière-plan, le portrait est encore une fois saisissant.
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