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    Après un parcours du combattant - Retour au front de l’édition

    30 mars 2013 |Jean-François Nadeau | Livres
    Pierre Bourdon fait aujourd’hui le pari de se réinventer dans l’édition.
    Photo: François Pesant - Le Devoir Pierre Bourdon fait aujourd’hui le pari de se réinventer dans l’édition.
    Pour les éditeurs Pierre Bourdon, Brigitte Bouchard et Victor-Lévy Beaulieu, la dernière année n’a pas été facile. Ils sont de retour, chacun à leur façon, sur le front de l’édition. Instantané de ces trois personnalités très différentes, toutes capables de causer des surprises et des passions dans leur champ d’action respectif.
    Pierre Bourdon, toujours populaire

     

    Après avoir été le patron de l’ADP, une des plus importantes agences de distribution de livres au Québec, après avoir passé 11 ans à la barre des éditions de l’Homme, l’éditeur Pierre Bourdon a fait le pari audacieux de passer au service d’une chaîne de librairies. « Je me suis laissé séduire par Blaise Renaud. Je connaissais un peu son père et je l’estimais. Toutefois, cette association avec Renaud-Bray a été aussi courte qu’inattendue. Aujourd’hui, ma déception est derrière moi. » Pierre Bourdon fait aujourd’hui le pari de se réinventer dans l’édition.


    Il pourrait bien rapidement se faire une place avantageuse du côté de l’édition populaire. Ce milieu, il le connaît comme le fond de sa poche. Dans quelques jours, Pierre Bourdon lance les éditions Recto Verso. La maison est la propriété de Claude Charron, l’éditeur à succès de magazines populaires comme La Semaine.


    « M. Charron a fait beaucoup de livres au cours de sa carrière. Certains ont connu de très grands succès commerciaux. Mais il n’avait jamais vraiment structuré une maison d’édition. Voyant que j’étais disponible, il s’est dit que ça valait le coup d’essayer de mettre sur pied quelque chose. »


    Recto Verso va publier de la littérature populaire, des romans policiers, des livres pour jeunes et moins jeunes. « Pour l’instant, nous allons produire une soixantaine de titres par année. » Au programme des prochaines semaines, un roman policier de la prolifique Sylvie-Catherine De Vailly intitulé La valse des odieux. Dans la même veine populaire, l’histoire d’un fils d’immigrants français de Paul-Christian Deroo intitulée Conquistator et le roman de Paul Villeneuve, un ancien journaliste du Journal de Montréal, intitulé Les jeudis d’Antoine et de Léo.


    « Je ne m’en cache pas, explique l’éditeur, toujours jovial, ce sera de l’édition grand public. Je ne me compare pas à Alto ou à des maisons comme ça. »


    À l’automne, sous une autre étiquette dont le nom reste encore à déterminer, Pierre Bourdon entend faire paraître de beaux livres, ou du moins « des albums plus élaborés, du côté du livre de cuisine et de l’art de vivre. Je ne me lancerai pas dans le livre de référence. Je veux travailler avec des gens avec qui je vais avoir du plaisir ».


    Enfin, une troisième enseigne placée sous sa direction va proposer des romans sentimentaux aux Québécois. « Du roman sentimental, des histoires d’amour à la Danielle Steel ou du genre publié chez J’ai lu, il s’en vend à la tonne ! Mais personne chez nous n’ose en publier. Moi, je vais oser. Ça ne me gêne pas. »


    Le grand lancement officiel de Recto Verso a lieu début avril au Monument-National. « J’ai déjà une belle équipe autour de moi. Je crois que c’est un beau projet qui commence. »

    Brigitte Bouchard, revenir à Montréal

    Brigitte Bouchard arrive d’Europe cette semaine avec un nouveau livre de Louis-Bernard Robitaille sous le bras. Dernier voyage à Buenos Aires, le livre de Robitaille, constitue le premier titre de la collection qu’elle dirige désormais aux éditions Noir sur blanc, une petite maison intégrée à un vaste ensemble éditorial suisse, Libella, qui compte notamment les éditions Phébus, Buchet-Chaster et Libretto.


    Ancienne éditrice et fondatrice à Montréal des éditions Les Allusifs, Brigitte Bouchard avait dû jeter l’éponge l’an passé après avoir auparavant cédé le contrôle de son entreprise aux éditions Leméac. En Europe, la propriétaire du groupe Libella, Vera Michalski, était intéressée par le rachat des Allusifs, explique l’éditrice : « C’est elle qui devait reprendre les parts de Leméac. Ça a échoué. »


    L’éditrice a refait son nid à Paris, où ses activités la conduisaient depuis longtemps. « Je vais faire un peu comme aux Allusifs. Mais je n’ai plus de bureau à Montréal. Je repars un mois à Paris bientôt. Je reviens deux semaines. Je vais faire à peu près moitié moitié. » Sa collection, baptisée « Notabilia », affiche certaines ressemblances avec la facture de certains livres des Allusifs.


    « Notabilia » va reprendre plusieurs auteurs publiés précédemment par Bouchard, dont Antonio Ungar et Sophie Divry, dont les titres sont annoncés ce printemps. La directrice de la collection annonce par ailleurs que plusieurs écrivains associés à son ancienne maison vont continuer de publier avec elle. Ce serait le cas de Sylvain Trudel, de Pierre Jourde, d’Éveline Maihot et de Tecia Werbowski, pour ne nommer que ceux-là. « À l’automne, je vais publier La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel. Il a réécrit le livre et ajouté une nouvelle. Nous ferons paraître six titres cette année. Ensuite, ce sera un maximum de huit. »


    Ces livres seront distribués au Québec par Gallimard. Le dernier voyage à Buenos Aires, qu’elle lance cette semaine à Montréal, fait l’objet d’une critique de Christian Desmeules en page F 3 de ce cahier. Un « livre envoûtant », écrivait pour sa part Le Canard enchaîné le 20 mars dernier.


    VLB, le phénix

     

    Dans le monde de l’édition, l’écrivain Victor-Lévy Beaulieu fait figure de véritable phénix. Depuis les années 1970, du temps où il était directeur littéraire des éditions du Jour, jusqu’à aujourd’hui, il n’a cessé d’affronter vents et marées, quitte à les provoquer d’abord lui-même pour mieux finir par en triompher à sa manière, avec son panache. Les déconfitures éditoriales, il connaît.


    L’an passé, il a connu un nouveau passage à vide avec les éditions Trois-Pistoles. Sa maison a dû temporairement cesser de faire paraître des titres. Il a alors offert de payer ses auteurs avec des exemplaires de leurs livres. Des ennuis financiers et quelques ennuis de santé l’ont forcé à prendre une pause. « Debout à 4 heures du matin tous les jours, je travaillais plus de 80 heures par semaine. Comme le dit mon ami Raôul Duguay, il est normal que les molécules finissent par flotter moins bien… J’ai recommencé à travailler en décembre, mais je travaille un peu moins. »


    La situation s’est calmée. Et Victor-Lévy Beaulieu est reparti de plus belle. Viennent de paraître ses Contes, légendes et récits de l’île de Montréal sous la direction d’Aurélien Boivin. « J’ai refait la structure de la maison et j’ai remis de l’argent. On a fait le ménage dans les invendus. Et on est plus présents désormais sur les réseaux sociaux. Nos ventes directes ont progressé. Mais c’est certain que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Il y a une baisse dans le nombre d’ouvrages vendus. La courbe est descendante, et pas seulement au Québec. Chez nous, il y a plusieurs nouveaux éditeurs, mais la population de lecteurs n’augmente pas. Le marché n’est pas capable d’absorber tout ce qui paraît. »


    VLB réduira sa production. « On a sept titres pour l’automne. On veut en faire désormais un gros maximum de 14 par année plutôt que 18. » L’éditeur continue de donner de la place à l’écrivain. « Je travaille toujours sur Nietzsche. Le gros oeuvre devrait être terminé d’ici septembre pour une publication en 2014. »













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