Dernier tango à Paris
Dernier voyage à Buenos Aires
Louis-Bernard Robitaille
Noir sur blanc, coll. « Notabilia »
Paris, 2013, 220 pages
Écrivain de deuxième ordre, « traducteur tout-terrain et tâcheron dans l’édition » parisienne, Jefferson Woodbridge apprend qu’il pourrait perdre la vue. Ce quinquagénaire au bout du rouleau est rattrapé par des souvenirs qui ont un goût de mort et de culpabilité.
Il est résolu à liquider tout ce qu’il possède, à charger à bloc ses cartes de crédit en allant mener la « vie de château » durant quelques semaines à Buenos Aires avant de se « finir ». Mais avant de faire le grand saut, il nous raconte une partie de son histoire en se livrant à un sommaire examen de conscience.
Trente ans plus tôt, tandis qu’il faisait de vagues études à Paris au milieu des années 60, cet Américain sorti d’une famille bourgeoise du Rhode Island était tombé amoureux d’une belle Allemande, sorte de sosie de Jean Seberg dans À bout de souffle. Ils goûteront ensemble à la vie de bohème parisienne. Mais son manque de désir pour cette « blonde bergère du Rhin », son inexpérience et son immaturité pousseront Magda à le larguer un jour sans prévenir et sans laisser de traces.
Ils se retrouveront quelques années plus tard, en 1972, sans faire plus d’étincelles que la première fois. Mais l’Américain apprendra que le père de la jeune femme, officier allemand sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale, avait les mains sales - une « intrigue » familiale et historique qui apparaît plaquée et un peu accessoire. Ces brèves retrouvailles suffiront à marquer leur romance du sceau de la tragédie : elle se suicidera dans la chambre d’un hôtel du sud de la France où le narrateur devait aller la rejoindre.
Premier titre à paraître chez Notabilia, collection dirigée par Brigitte Bouchard, réfugiée aux éditions Noir sur blanc après la faillite des Allusifs, Dernier voyage à Buenos Aires est une histoire de mémoire et de culpabilité. Le cinquième roman de Louis-Bernard Robitaille, journaliste québécois basé à Paris depuis longtemps, reprend quelques motifs - la confession, la culpabilité, le ton désabusé et l’idée de la mort volontaire - qui se retrouvaient déjà dans Long Beach (Denoël, 2006), son précédent roman.
Si on comprend le procédé, on saisit mal le lien qui existe entre le diagnostic concernant la vue du narrateur et le reflux tardif de sa culpabilité envers Magdalena. Un bémol qui s’ajoute à une culpabilité qui ne va pas beaucoup plus loin que l’idée d’une mort spectaculaire. Et puis, disons-le, le titre est franchement racoleur : tout au plus une sonorité ou un vague clin d’oeil à la cécité de Borges.
Comme c’était déjà le cas avec Le zoo de Berlin (Boréal, 2000), l’essentiel est peut-être ailleurs. À travers l’avalanche de détails qui donnent un ton un peu poussif à ce roman - mais qui paradoxalement en constituent aussi toute la substance -, Louis-Bernard Robitaille nous fait malgré tout un intéressant portrait, romantique et un peu fantasmé, du Paris des années 60.
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