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Histoire d’une vie brisée

30 mars 2013 | Gilles Archambault | Livres

Bleus horizons

Jérôme Garcin

Gallimard

Paris, 2013, 213 pages

Jérôme Garcin fait partie de ces écrivains étroitement mêlés à la vie littéraire parisienne à qui on fait sans trop insister le procès d’être un peu partout à la fois et d’écrire des livres. De tout temps, on a vanté les auteurs plus discrets tout en achetant en masse les livres de voyageurs de commerce déguisés en romanciers. Mais cela est une autre histoire.


Notre auteur, lecteur de haut vol, ne déteste pas se pencher en romancier sur des destins singuliers. Dans C’était tous les jours tempête, il s’inspirait de la biographie de Hérault de Séchelles, auteur d’une Théorie de l’ambition et qui mourut guillotiné pendant la Révolution. Cette fois, il ressuscite la figure de Jean de La Ville de Mirmont, mort au combat pendant la Première Guerre mondiale.


On pourrait croire que le personnage manque de panache. Ami d’enfance de François Mauriac, Bordelais comme lui, il n’a publié de son vivant que de rares nouvelles et un roman, Les dimanches de Jean Dézert. On ne quitte pas le domaine du compte d’auteur et des tirages confidentiels. Pire encore, ce fils de la grande bourgeoisie ou de la petite noblesse n’avait rien d’éclatant. Engagé dans un ministère, portant à sa mère un culte déraisonnable, il verra dans la guerre une façon inconditionnelle de servir la patrie. Lui, le délicat, le rangé, s’engage pour tuer du boche. Sa constitution est trop délicate. Qu’importe, il jouera du coude pour être engagé. Sa correspondance, à certains égards, semble inspirée par un nationalisme étroit.


Si on peut faire l’impasse sur ce Jean Dézert évoqué plus haut, les poèmes, en revanche, sont de la plus belle eau. À preuve, L’horizon chimérique repris en 2008 dans la collection « Les cahiers rouges » chez Grasset et qui renferme des perles que l’on s’attend à trouver chez Toulet ou Cocteau. À n’en pas douter, un souffle original, une fraîcheur inédite.


Jérôme Garcin l’a compris qui nous donne à en lire quelques-uns en tête de chapitre. Celui-ci, par exemple : « Dire qu’il nous faudra vivre parmi ces gens, / Toujours ! Et pas moyen de rester solitaire ! » Beaucoup d’autres, et des extraits de la correspondance.


Ce roman est l’histoire d’une amitié. Louis Gémon a fait la guerre aux côtés de Jean de La Ville de Mirmont. Il l’a vu mourir sur le chemin des Dames. Bien qu’il ait été sérieusement blessé à la guerre, il s’en veut de ne pas y avoir laissé sa peau. Pourquoi l’ami et pas lui ? Obsédé par l’image de cette mort, il ne vivra qu’à demi, bien piètre amoureux, bientôt délaissé. L’oeuvre de sa vie : obtenir que les écrits de son ami soient connus.


Pour ce faire, il verra un Bernard Grasset plutôt intéressé à Radiguet et à Louis Hémon, se rendra à Malagar où l’auteur de Thérèse Desqueyroux le recevra avec sympathie. Il ne vivra que dans la mesure où l’ombre de son ami lui en laissera le loisir. Cette mère, que Jean idolâtrait, il la jugera superficielle et indigne de l’amour que lui portait son fils. En 1942, âgé de 57 ans, il tuera un officier allemand dans son bureau avant d’être descendu quelques secondes plus tard à son tour.


On s’en doute, le roman s’adresse à des lecteurs qu’intéresserait le destin imaginaire d’une figure hors du commun. Le ton est juste comme l’est le déroulement sans heurts d’une intrigue sans surprises. Mais il y a un charme certain dans cette évocation. Garcin sait donner le goût d’en savoir davantage sur cet écrivain si peu connu. Quelle est la part de l’invention et celle du document ? On ne le saura jamais. Une chose est certaine toutefois, il s’agit d’une invitation à découvrir un auteur attachant. J’ai franchi le pas, il y a cinq ans, et ne le regrette aucunement.

 
 
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