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    Pour une meilleure intégration au «nous» québécois

    Tania Longpré défend la nécessité d’un modèle plus nationaliste, ouvert et décomplexé

    Fille d’un Québécois d’origine canadienne-française et d’une Italienne devenue québécoise, Tania Longpré a choisi d’œuvrer en francisation des immigrants pour transmettre le goût du Québec aux nouveaux arrivants.
    Photo: Marie-Hélène Tremblay - Le Devoir Fille d’un Québécois d’origine canadienne-française et d’une Italienne devenue québécoise, Tania Longpré a choisi d’œuvrer en francisation des immigrants pour transmettre le goût du Québec aux nouveaux arrivants.

    Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus

    Comprendre les enjeux de l’immigration

    Tania Longpré

    Stanké

    Montréal, 2013, 200 pages

    Tania Longpré aime le Québec et les gens venus d’ailleurs qui le choisissent. Fille d’un Québécois d’origine canadienne-française et d’une Italienne devenue québécoise, la jeune femme a choisi d’oeuvrer en francisation des immigrants pour transmettre le goût du Québec aux nouveaux arrivants. « Peu importe d’où viennent les immigrants ou ce en quoi ils croient, écrit-elle, l’important est qu’ils aient le désir de se joindre à nous, de s’acclimater au Québec, d’adopter nos modes de vie, de manifester leur intérêt à devenir québécois ainsi que de partager nos projets d’avenir, quels qu’ils soient, et qu’ils souhaitent s’intégrer au “ nous ” québécois, tout en ayant comme premier objectif l’amélioration de leur qualité de vie. »


    Or, constate-t-elle, ce beau projet se heurte à certains obstacles qui rendent sa réalisation difficile. Dans Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus, Tania Longpré se sert de son expérience d’intervenante de terrain pour « relater les succès et les échecs » du modèle québécois en matière d’intégration des immigrants. À l’aide d’une multitude d’exemples très concrets, elle tente de montrer qu’un « accueil adéquat de nos immigrants pour leur assurer un bon départ dans la vie québécoise demanderait […] d’adapter notre capacité d’accueil en fonction de notre capacité d’intégration », ce qui, selon elle, n’est pas le cas à l’heure actuelle.


    Une francisation déficiente


    Le Québec accueille environ 50 000 immigrants par année. La majorité d’entre eux appartiennent à la catégorie des travailleurs qualifiés. Les autres arrivent ici grâce au programme de regroupement familial ou avec le statut de réfugiés. Premier défi : environ 35 % de ces immigrants ne connaissent pas un mot de français. Même parmi ceux qui ont été sélectionnés sur la base de leur connaissance du français, nombreux sont ceux qui le baragouinent à peine. Tania Longpré raconte d’ailleurs que certains de ses élèves lui ont même confié avoir fait leur entrevue visant à évaluer leur connaissance du français « entièrement en anglais ou dans leur langue d’origine » !


    Leur intégration au Québec exige donc un sérieux effort de francisation qui, selon la jeune enseignante, n’est actuellement pas à la hauteur. Les demandeurs d’asile, par exemple, ne reçoivent aucun financement en ce sens. Les autres peuvent être financés, mais les programmes offerts sont chiches, raison pour laquelle les immigrants les boudent souvent pour leur préférer un emploi, même de misère, qui n’exige aucune connaissance linguistique ou quelques rudiments d’anglais. Comme mesures d’intégration, ce n’est pas riche.


    « J’estime, écrit Longpré, qu’il ne serait pas radical d’exiger de nos immigrants une connaissance dite “ suffisante ” pour se débrouiller dans la langue nationale de leur terre d’accueil, tout en ayant la possibilité d’augmenter leur capacité langagière une fois arrivés », notamment grâce à des programmes gratuits de francisation. Or, évidemment, tant que le Québec n’a pas les pleins pouvoirs sur son immigration, une telle solution (exiger une connaissance préalable du français) est impossible à mettre en place, déplore avec raison l’enseignante.

     

    Un modèle plus nationaliste


    Ces choses ont déjà été dites et répétées, mais elles sont présentées ici d’une façon simple et concrète qui les rend plus prégnantes. Et Tania Longpré va plus loin. La francisation, selon elle, est nécessaire, mais pas suffisante. « Nous devons favoriser, propose-t-elle, un modèle plus nationaliste, ouvert, intégrateur et décomplexé dans l’intégration à une nouvelle société. » La francisation doit donc s’accompagner d’une introduction aux codes culturels québécois. « Comment l’immigrant peut-il aspirer à devenir québécois, demande justement Longpré, s’il ne sait aucun refrain de chanson, n’a jamais vu de film québécois ou ne connaît aucune des personnalités artistiques qui font la richesse de notre culture ? »


    Dans ses classes, l’enseignante rencontre des gens qui, même après des années passées au Québec, continuent de se présenter comme turcs, algériens, chiliens ou vietnamiens, sont capables de nommer le premier ministre de leur pays d’origine mais pas celui du Québec, ne savent rien du printemps 2012, ignorent que Montréal, où ils vivent, est une île et n’ont jamais entendu parler de la question nationale québécoise. « Si nous ne nous affirmons pas et n’insistons pas sur le respect de nos valeurs, explique Longpré, nos immigrants ne comprendront jamais l’importance de se joindre à nous, puisqu’ils ne comprendront pas ce que nous sommes. »


    Opposée aux accommodements raisonnables qui encouragent la ghettoïsation et nuisent à l’intégration, aux cours d’anglais offerts aux immigrants par les commissions scolaires anglophones qui font concurrence aux programmes de francisation, et favorable à la régionalisation de l’immigration (elle propose Boucar Diouf en exemple), à l’application de la Charte de la langue française aux entreprises de 50 employés et moins (plusieurs immigrants s’y retrouvent), de même qu’à une francisation bien financée qui comporte aussi un volet social (laïcité, égalité hommes-femmes, droits des homosexuels) et culturel, Longpré conclut son éclairant essai-témoignage sur une déclaration d’amour aux immigrants de bonne foi, la majorité, dit-elle, qui font de gros efforts d’intégration.


    Notre « nous », insiste-t-elle, « n’est pas exclusif, mais […] ouvert à tous ceux qui désirent l’utiliser ». Nous avons donc le devoir d’accueillir l’immigrant « à bras ouverts en l’invitant à devenir l’un des nôtres plutôt que de le laisser s’enfermer dans sa différence »,et ce dernier a le devoir de s’intégrer. C’est théoriquement simple, pratiquement exigeant, mais moralement et politiquement nécessaire.


     

    louisco@sympatico.ca













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