Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Poésie

    Fernand Ouellette, l’admirable

    9 février 2013 |Hugues Corriveau | Livres

    À l'extrême du temps

    Poèmes 2010-2012

    Fernand Ouellette

    L’Hexagone

    Montréal, 2013, 384 pages

    «L’esprit à l’aveugle va / Parmi des rochers empanachés / De brumes. / L’angoisse aggrave son errance, / Maintient des ouvertures / Pour le grand oeuvre du silence. / N’importe, le coeur, / En des temps / Encore généreux de lendemains / Reste en vigilance, / Assimile les fragments de missives / Envoyés de l’aube / Tout au long du trajet, / Avec une sérénité / Dévisageant la mort», écrit-il dans Rochers. Toute la signification du recueil tient dans ce poème qui affron- te l’inéluctable, les ultimes frontières.

     

    Les lumières d’aurore continuent de fasciner le poète, elles le remettent en vie, l’assurent de sa présence renouvelée dans le jour naissant, dans la conscience d’être là, pour assouvir sa quête. Les sens à vif rassurent, contraignent la durée à persister. Car la lassitude menace dans le noir de l’âme, contre laquelle il faut se battre ; et Fernand Ouellette, guetteur d’au-delà, l’affirme dans L’oppressif: «L’âme / Demeure parfaitement réceptrice / Des scintillations, de l’abondance. / Ainsi s’atténue l’oppressif. / S’éloigne avec le vent / L’agitation des pensées vaines.»

     

    On est trop souvent porté à croire Fernand Ouellette perdu dans des sphères éthérées, alors qu’une très grande sensualité préside aussi à sa poésie. Tant les matières naturelles que les êtres vivants éveillent en lui des évocations luxuriantes et charnelles. Un érotisme épicurien sourd de cette voix qui ne craint pas de rameuter les pulsions élémentaires. On vient ici aux beautés du monde avec le corps, ouvert à l’écoute devant l’éblouissement des êtres et des choses.

     

    Et c’est un combat quotidien que ce bonheur auquel aspire Fernand Ouellette, une tension constante entre le dépressif et l’expressif afin de maintenir la vie à hauteur de corps et d’âme. Chose rare, voici une poésie obstinément optimiste qui, sans renoncer à dire le noir, convoite les éclats d’oiseaux solaires comme ceux d’un dieu toujours proche du poète.

     

    La mort s’annonce, la mort est là, devant, mais le poète persiste, vigilant, saisit tout, présent, mémoire, avenir immédiat, tout. Sagesse prodigue, optimisme irréductible, «Patiemment, rassemblons», dit-il dans Survivance, « En nous ce qui a déjà franchi l’intemporel, / Garde la présence irradiante / De l’or, des élans d’esprit qui résistent, / Survivent à la panique des mots.»

     

    J’aime cette poésie au plus près de l’émotion vive qui donne à penser, toujours, que la vie vaut, que l’avenir est, que les possibles ne sont jamais éphémères. J’aime ces confidences murmurées du poète qui, sans bruit, se donne: «Là-bas où l’éternité / Reste à vivre, / Avec un coeur à jamais vermeil, / Mes pas ne laisseront aucune empreinte, / Tel l’oiseau traverse l’éther / Sans marquer sa trace. / J’habiterai un pur ovale / Que de rares peintres ont entrevu, / Sans pensées mourantes, / Sans ressentiments, / Absolument dépouillé / De l’éphémère, des interdits, / Absolument étonné / Par la gravitation de l’Amour, / Par la durée du soleil / Dont les yeux ne se détachent, / Ni l’être, / Sans noircir… / Ici, allant avec le risque de l’espérance.»


    ***

     

    Collaborateur













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.