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    Les Archives nationales doivent dépoussiérer leurs pratiques

    Il faut que les politiques d’archivage s’adaptent à l’ère numérique, sans quoi la mémoire collective se perdra, dit Daniel J. Caron

    21 janvier 2013 |Fabien Deglise | Livres
    « Il faut occuper de plus en plus les nouveaux territoires avec une information authentique qui fait autorité pour les Canadiens. Si nous ne le faisons pas, c’est quelqu’un d’autre qui va prendre la place », affirme Daniel J. Caron, Bibliothécaire et archiviste en chef du Canada.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir « Il faut occuper de plus en plus les nouveaux territoires avec une information authentique qui fait autorité pour les Canadiens. Si nous ne le faisons pas, c’est quelqu’un d’autre qui va prendre la place », affirme Daniel J. Caron, Bibliothécaire et archiviste en chef du Canada.
    C’est un paradoxe amusant. Sous la pression des technologies de l’information, des réseaux sociaux et des vies connectées, les premières années du siècle en cours ont été propices à la conversation numérique, à la production massive et au partage d’informations en tout genre par écrans interposés, mais également à la création de données informatiques dont les volumes sont désormais décrits avec des concepts - quintillion, sextillion, etc. - qui dépassent l’entendement.

    Or, très peu de cette modernité parlante, de cette époque qui aime s’exprimer et se faire entendre, parfois de manière obsessive, devrait survivre au présent, pour atteindre les époques futures. « La première décennie 2000 risque en effet d’être plutôt maigre en matière d’archivage », estime Daniel J. Caron, Bibliothécaire et archiviste en chef du Canada. « Nous allons retrouver sans doute ici et là des clefs USB qu’il va falloir lire et décoder, mais, pour le reste, cette période [en passant de l’imprimé au numérique] va laisser de grandes zones d’ombre aux générations futures » sur ce qu’elle a vécu et surtout raconté, ajoute l’homme qui, depuis plusieurs années, cherche à mettre les archivistes fédéraux au diapason de cette nouvelle réalité. Pour que le Canada ne perde pas sa mémoire collective et, du coup, les fondements de sa démocratie.


    « La démocratie tient sur son pilier de littératie, sur ce que l’on connaît, ce que l’on conserve, ce que l’on partage », a indiqué au Devoir l’homme rencontré la semaine dernière à Montréal, alors qu’il était de passage pour dévoiler à ses troupes son plan de modernisation de l’institution qu’il dirige. « Aujourd’hui, les modes de production et de diffusion du savoir, de la connaissance, de la culture ont changé. Nous sommes entrés dans un monde complètement ouvert où nous n’avons jamais autant eu accès à ce que les gens pensent. Dans ce nouvel environnement, il nous faut maintenant trouver une nouvelle chorégraphie, de nouvelles politiques d’archivages et de conservation de cette mémoire collective en construction. C’est un enjeu national important. »


    Des sources diversifiées et fluides


    La mutation induit la mutation. En effet, l’époque où les sources qui documentaient le présent d’une société, pour transmission aux suivants, étaient faciles à recenser - l’État et les autres institutions, en gros - est désormais révolue. La faute à des lieux de pouvoir qui, sous l’effet de la technologie, déplacent désormais leur frontière, mais également à des citoyens, à des experts et à des militants qui n’attendent plus qu’on leur donne la parole, mais qui la prennent, par un blogue, un réseau social, un site Web, un livre numérique autopublié. Le tout dans des environnements sociaux de plus en plus fluides. Et ce n’est pas parce que cette information produite n’est pas imprimée qu’elle n’est pas pertinente à conserver.


    « Dans cette masse de données, le travail de l’archiviste n’a jamais été aussi important, dit M. Caron. Mais ce travail est en train de changer. Aujourd’hui, il doit retrouver dans ce nuage les documents qui font autorité et qui ne se trouvent plus dans les lieux traditionnels de production du savoir. Il doit aussi s’assurer de les conserver de manière pérenne et surtout faire en sorte qu’ils soient accessibles à tous et donc faciles à retrouver dans la masse. »


    Les archives du XXIe siècle


    M. Caron parle de la « préparation des archives du XXIe siècle ». Et pour mener à bien son projet, il compte d’ailleurs, en partie, sur un comité formé de sociologues, d’historiens, d’anthropologues, mais également d’observateurs d’un présent en mouvement, pour soutenir Bibliothèque et Archives du Canada dans son projet de recensement de ces « nouvelles sources documentaires » à conserver. « Il faut décider de ce qui est d’intérêt national et de ce qui ne l’est pas », dit le bibliothécaire en chef du Canada, qui n’exclut pas l’idée de mettre également à contribution l’ensemble des Canadiens, dans cette quête, par l’entremise d’une conversation menée dans les réseaux sociaux. « Même si ce n’est pas facile pour tout monde, nous devons être de plus en plus transparents dans nos façons de faire : exposer pour dialoguer, dit-il. Nous devons aussi nous enrichir en exploitant la logique participative qui se développe en ce moment dans les univers numériques. Il faut innover. Dans l’environnement changeant où nous sommes, nous n’avons plus le luxe de tenir quoi que ce soit pour acquis. »


    Ce virage amorcé par Bibliothèque et Archives du Canada est d’ailleurs salutaire, estime M. Caron qui rappelle qu’en 2007, une étude du Pew Research Center avait placé les bibliothèques au cinquièmerang des « lieux » fréquentés pour répondre à des questions qu’un humain se pose aujourd’hui. Derrière Internet, qui arrive en tête, les médias, la famille et les experts. « Si l’on ne se déplace pas là où vont les gens, on n’existera plus », dit-il avant d’ajouter : « Il faut occuper de plus en plus les nouveaux territoires avec une information authentique qui fait autorité pour les Canadiens. Si nous ne le faisons pas, c’est quelqu’un d’autre qui va prendre la place. » Une place fondamentale, au coeur de cette mémoire collective qui contient les codes d’interprétation d’une culture qui, rappelle M. Caron, s’exprime en format analogique ou numérique. Forcément.

     
     
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