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    Écrire le gothique, l'italique, l'anglaise

    8 décembre 2012 |Catherine Lalonde | Livres
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	La table lumineuse, le bureau de travail de la calligraphe Marieke Lemieux.  </div>
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir
    La table lumineuse, le bureau de travail de la calligraphe Marieke Lemieux.  
    Vivre de sa plume ? L’expression, qui dégage un charme désuet, ne s’applique pas seulement aux écrivains. Les calligraphes, héritiers des scribes et des copistes, exercent eux aussi l’art de la plume… ou des poils de leurs pinceaux. Doigts de fée, patience d’ange, rigueur et minutie d’orfèvre sont essentiels pour exercer ce métier maintenant anachronique, qui charme par son historique parfum et joue, avec ses encres, ses papiers, ses enluminures, dans la cour des livres. Rencontre avec deux dames plumes, deux femmes de lettres aux antipodes, dans ce coup d’œil sur la calligraphie latine et chinoise.
    « L’écriture, comme la belle écriture, n’est pas la calligraphie », expliquait la calligraphe Marieke Lemieux du temps qu’elle enseignait. L’écriture, poursuit-elle, n’a de sens qu’à travers la lisibilité alors que la calligraphie est tout axée sur des enjeux formels et artistiques, jusqu’à se contenter du silence. Spécialiste de la calligraphie latine, Marieke Lemieux tient commerce sous le nom de Dame Plume. Elle a découvert la calligraphie à 19 ans, et fait partie des professionnels qui gagnent ainsi leur vie au Québec, une cohorte dont on compte les membres « sur les doigts d’une main ».

    Son bureau — une table lumineuse — est d’une impeccable propreté. Pas de plumes à la traîne, aucune tache d’encre. « J’ai besoin de beaucoup d’ordre : je suis méthodique et j’ai peur de l’accident bête. » Pas question de risquer la salissure ou l’empreinte digitale sur papier. « Tu n’as pas de marge d’erreur. Si tu gaffes ta page, tu recommences… Ou, pire, quand tu dois arracher la page d’un livre. » Un poème d’une page en alexandrins, par exemple, peut demander quatre heures d’écriture, « selon le caractère — le gothique est plus détaillé —, sa grosseur. C’est plus long si tu travailles avec de l’or, car il faut toujours que tu rebrasses ton pot d’encre. »
     
    Le geste d’écrire

    Marieke Lemieux ne peut désormais passer plus de cinq heures par jour à calligraphier. « La rigueur fait que j’entre en moi, dans un petit cocon. C’est très zen, explique celle qui se dit par ailleurs hyperactive, mais à un moment donné, il faut lâcher la plume. Je deviens physiquement ankylosée. La position n’est pas naturelle. C’est un geste physique délicat, qui reste statique en même temps : le mouvement est important, mais il est tout petit, minutieux, précise la calligraphe de sa voix rapide. Une lettre peut exiger jusqu’à trois étapes, parce qu’une plume biseautée, par exemple, ne peut faire de mouvement ascendant, juste descendant. Tu dois avoir la mémoire de la lettre, celle du mouvement, et le souffle, puisque quand tu expires, tu es plus stable. »
     
    La néo-scribe ouvre ses tiroirs: pointes de métal, en abondance, et manches de bois. Elle préfère les plumes à trempage à celles à cartouches, « pour la sensualité et parce que le débit d’encre pas toujours régulier peut créer des nuances à la fin du mouvement. » Chaque encre a sa prescription, selon la porosité du papier ou la résistance à la lumière. « Pour les documents protocolaires, il faut une encre noire. Les encres à base d’eau s’effacent à la longue. »
     
    Marieke Lemieux gagne ainsi sa vie en assurant l’écriture de livres d’or, de menus gastronomiques, de logos de compagnies, d’attestation de prix comme les Jutra. Elle s’est un peu lassée du caractère gothique pendant la mode médiévale. Elle s’amuse ces jours-ci de l’anglaise, qu’elle aimerait mieux maîtriser, puisqu’en « calligraphie, la perfection n’est jamais possible ». Elle aimerait faire davantage d’enluminures, rarement demandées.
     
    Techno-copiste

    Depuis vingt ans qu’elle exerce le métier, celui-ci a évolué. « Je faisais à l’époque beaucoup de faire-part, que les gens font maintenant eux-mêmes avec une imprimante de qualité et ses options de belles typographies standardisées. Quand je fais des faire-part avec mon équipe, on fait tout à la main, et la calligraphie sera faite d’un caractère pas accessible à tout le monde. Je peux m’amuser avec la disposition, créer quelque chose d’unique. C’est coûteux. Et même à faire, c’est abrutissant. Le travail maintenant est plus artisanal. La technologie a éliminé cette production de correspondance de fonction, faite à la chaîne, depuis que les gens ont leur graphiste et leur imprimante. Pour certaines parts, je suis devenue désuète. J’ai un métier anachronique, dont le champ s’effrite. Maintenant, on me demande beaucoup des diplômes, des attestations, des certificats : certaines entreprises veulent que ça reste des objets, avec des embossages et des ors. » Car rien ne remplace la personnalisation et la beauté d’une calligraphie, rappelle celle qui s’amuse d’avoir une écriture usuelle assez bâclée. « Je suis dans un métier plutôt conservateur, qui véhicule d’anciennes valeurs, mais moi, je ne suis pas ainsi. J’aime apporter une touche contemporaine dans un métier un peu désuet, j’essaie de le twister en faisant des mélanges d’encre ou en jouant avec le papier. J’ai fait de la calligraphie sur la pierre, sur du verre, sur des murs pour des décorations… »

    Si l’envie de tâter de la calligraphie vous tenaille, la Société des calligraphes de Montréal saura vous guider, à societedescalligraphes.org.

    ***

    Les caractères

    Le gothique fut en usage du XIe au XVIe siècle et on continue de l’associer à l’époque médiévale. Il se caractérise par des lettres aux jambages brisés.
     
    L’italique eut ses heures de gloire du XVIe au XVIIIe siècle. Écriture cursive italienne, elle était utilisée dans les chancelleries papales.

    L’anglaise perdure depuis 1710. Seul style qui exige une pointe fine, venue évidemment d’Angleterre, on associe ses pleins et ses déliés à l’élégance et à la finesse.
     
     
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