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    Écosociété contre Barrick Gold - Chut! On exploite…

    Le documentaire Le prix des mots retrace la saga judiciaire d’une petite maison d’édition contre un géant minier

    14 novembre 2012 |Stéphane Bourguignon | Livres
    Manifestation d’appui à la maison d’édition Écosociété, en 2008, au Palais de justice de Montréal
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Manifestation d’appui à la maison d’édition Écosociété, en 2008, au Palais de justice de Montréal

    Stéphane Bourguignon
    Né à Laval en 1964.
    Stéphane Bourguignon travailla d’abord dans le milieu de l’humour à titre de concepteur, scripteur et script éditeur. Son premier roman, L’avaleur de sable, paraît en 1993. Suivront Le principe du geyser, Un peu de fatigue et Sonde ton cœur, Laurie Rivers en 2007, toujours aux éditions Québec Amérique. Au petit écran, on le connaît pour ses séries La Vie, la vie et Tout sur moi. Versant depuis quelque temps dans l’écriture de film, il espère passer prochainement derrière la caméra.
    Dernier ouvrage paru: Sonde ton cœur, Laurie Rivers, Québec Amérique, 2007

    Entendez-vous ce silence ? C’est le silence du plus petit qu’on force à se mettre à genoux. Les acteurs sont auteurs et directeur de maison d’édition, mais ce sont aussi des prospecteurs africains qu’on bascule dans des puits et qu’on enterre vivant. Toujours la même histoire, celle de David contre Goliath, mais cette fois l’adversaire est composite.

    Le prix des mots, film projeté vendredi dernier dans le cadre des rencontres internationales du documentaire de Montréal, raconte la poursuite intentée en 2008 par Barrick Gold Corporation contre les auteurs et l’éditeur du livre Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique.


    Publié aux éditions Écosociété, l’ouvrage s’inspire de sources internationales comme l’ONU et Human Rights Watch pour dépeindre un portrait peu reluisant du comportement des sociétés minières canadiennes qui oeuvrent en Afrique. Avant même la sortie du livre, Barrick faisait parvenir à l’auteur Alain Deneault, ses coauteurs Delphine Abadie et William Sacher ainsi qu’à l’éditeur une mise en demeure afin d’empêcher sa publication. Si l’ouvrage devait contenir quelque fausseté que ce soit, une poursuite pour diffamation suivrait. Écosociété a décidé d’aller de l’avant.


    Le réalisateur du documentaire, Julien Fréchette, a suivi le marathon judiciaire sur près de quatre années. De requêtes en mise en demeure, ses principaux protagonistes Alain Deneault et Guy Cheney, coordonnateur d’Écosociété, expriment avec éloquence leur désespérance. Denault, qui fait valoir sa démarche d’universitaire, se heurte à un opposant qui ne l’entend pas ainsi. Si l’auteur a colligé des sources déjà accessibles dans la sphère publique, Barrick soutient qu’il n’a pas contre-vérifié les faits. Cinquante mineurs tanzaniens enterrés vivants ? Fourniture d’armement à des groupes militaires du Congo ? L’entente à l’amiable avec clause de confidentialité qui a finalement uni les parties en 2011 a permis au silence de reprendre ses droits.


    Ce n’est pas un hasard si 75 % des entreprises minières d’exploration ou d’exploitation ont leur siège social au Canada. Le climat y est particulièrement doux en matière de responsabilité sociale. Le silence s’accommode bien du vide, jusqu’à la Chambre des communes quand le libéral John McKay propose, en 2009, le projet de loi C-300 visant l’imputabilité des entreprises minières canadiennes à l’étranger. Battu à 146 contre 134, 26 députés - dont 14 libéraux - s’abstiennent de voter.


    Dédale judiciaire


    Le cinéaste met surtout en lumière l’intensité et la lourdeur des procédures judiciaires qui ont mené l’auteur et son éditeur dans un dédale kafkaïen. À la première mise en demeure s’est ajoutée une poursuite en diffamation de six millions avant que Banro, une autre minière, y aille à son tour d’une action de cinq millions. Les deux plaintes représentaient près de cinquante ans de chiffre d’affaires pour la petite maison d’édition. Si la Cour supérieure du Québec n’a pas accepté de rejeter la poursuite de Barrick conformément à la loi contre les poursuites-bâillon, elle a par contre statué qu’elle était « en apparence » abusive. Hormis la mise en demeure avant même la sortie du livre, la juge a souligné le caractère particulièrement intimidateur de la vingtaine de jours d’interrogatoires qu’ont dû subir les défendeurs avant même le début du procès. Finalement, la Cour a relevé le fait que Barrick ne semblait pas en mesure de prouver un quelconque préjudice matériel.


    Le documentaire retrace ces événements en chronologie. Le rythme lent permet au spectateur de bien ressentir l’accablement qu’éprouvent les protagonistes et le cinéaste ne cède jamais à la recherche du sensationnel ou du pathétique. L’ensemble aurait cependant pu bénéficier d’un peu plus de visuel. Il reste que l’enfermement, cette spirale descendante qui entraîne peu à peu l’auteur et son éditeur vers le fond, traverse aisément l’écran. La sortie est prévue en février prochain.


    Guy Cheney, d’Écosociété, a livré combat jusqu’à la dépression. Alain Deneault, l’auteur, a été forcé d’effectuer un séjour à l’hôpital, la moitié du visage paralysé. Bâillonné, pourrait-on croire. Pourtant, depuis ces événements, l’auteur et la maison d’édition ont fait paraître trois titres dénonciateurs, dont Paradis sous terre, le plus récent, dans lequel l’auteur sonne la charge contre le Canada, paradis des minières. En attendant les suites de la poursuite lancée par Banro qui, elle, tient toujours…













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