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    Indépendantisme et faux dilemmes

    3 novembre 2012 |Michel Lapierre | Livres
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	Pierre Bourgault (1934-2003) l’une des figures intellectuelles de l’indépendantisme au Québec.</div>
    Photo: Source Télé-Québec
    Pierre Bourgault (1934-2003) l’une des figures intellectuelles de l’indépendantisme au Québec.

    Histoire intellectuelle de l'indépendantisme québécois

    Tome II

    Sous la direction de Robert Comeau, Charles-Philippe Courtois et Denis Monière

    VLB

    Montréal, 2012, 376 pages

    Encore mieux que le premier, le second tome (1968-2010) qui achève l’Histoire intellectuelle de l’indépendantisme québécois expose une évolution étonnante et parfois déconcertante. Orienté vers le progrès par trois titans, Lévesque, Parizeau et Laurin, le mouvement n’a toutefois pas évacué le nationalisme lié aux fantômes de Groulx et de Duplessis. Cela se traduit par un lancinant et faux débat : nation ethnique ou nation civique ?

    Publié sous la direction de Robert Comeau, de Charles-Philippe Courtois et de Denis Monière, le précieux ouvrage de référence, auquel ont collaboré 25 observateurs expérimentés de la scène politique, traite d’environ autant d’intellectuels qui ont alimenté la réflexion sur la souveraineté. Devant le réalisme clair apporté par Lévesque, Parizeau et Laurin, l’idée d’une nation évolutive et inclusive aurait dû dépasser l’opposition oiseuse entre l’arrière-pensée ethnique et l’angélisme civique.


    Une convergence culturelle ouverte au risque aurait pu balayer à la fois la peur chauvine et l’indifférentisme desséchant. Mais, pour désigner la période qui s’étend de 1995 à 2010, Courtois emploie une formule désespérante : « Le souverainisme, du blocage au déclin. » Dire que les années 60 et 70 exprimèrent un optimisme fou !


    Comme le souligne Michel Sarra-Bournet dans son excellent chapitre sur René Lévesque, l’esprit moderne du grand rassembleur des indépendantistes se résumait ainsi : « Il n’y a plus de contradiction entre les causes sociale et nationale… La souveraineté est la conclusion logique de la Révolution tranquille. » Cette dernière avait fait de la libération nationale l’objet d’un désir irrésistible. Pour reprendre le mot de Lévesque, « l’appétit vient en mangeant ».


    Le sociologue utopiste Marcel Rioux, à qui Jean-Philippe Warren a le mérite de redonner une place de choix, allait plus loin. Il souhaitait que son futur pays « dépassât les autres sociétés » en devenant « plus humain, plus fraternel ». Même Jacques Parizeau, en apparence plus terre à terre, affirma, dès 1967, que « le Québec voudra toujours davantage », note Louis Gill dans le texte dense qu’il consacre à l’homme politique.


    Le chapitre de Courtois sur Camille Laurin serait parfait si l’auteur, en abordant « l’identité complexée du peuple québécois » scrutée par le psychiatre, ne tentait pas de tempérer cette audace freudienne en lui associant un goût improbable pour le passéisme de Lionel Groulx ! Ce n’est pas la seule faiblesse du livre.


    L’analyse du souffle stimulant de Vadeboncoeur, de Bourgault ou de Falardeau ne réussit pas à faire oublier, notamment dans les chapitres sur Fernand Dumont et Jean-Marc Léger (1927-2011), la pesanteur du faux dilemme entre la fidélité canadienne-française et la naissance d’un Québec nouveau. Quand finirons-nous par distinguer la fossilisation du passé d’avec la continuité de l’histoire vivante ?


     

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