David avant Françoise
La vision culturelle d'Athanase David
Fernand Harvey
Del Busso
Montréal, 2012, 268 pages
Historien et sociologue, Harvey a rempli une tâche importante. Il fallait sortir de l’ombre Athanase David (1882-1953). Son nom évoque le prix David créé, grâce à lui, par le gouvernement québécois, en 1922, en l’honneur de son père. On attribua cette récompense annuelle aux auteurs d’ouvrages soumis à un concours littéraire et scientifique. Rebaptisée en 1968 prix Athanase-David, elle couronne désormais l’ensemble de l’oeuvre d’un écrivain d’ici.
Que David incarne le progrès en veillant, entre 1919 et 1936, au développement culturel du Québec par un État interventionniste, à titre de ministre responsable du secrétariat provincial dans le gouvernement libéral de Gouin, puis de Taschereau, cela crève les yeux. Son père, issu d’une société presque sans livres, avait dû lire pour la première fois les vers de Molière copiés à la main par un ami, comme il le rapporte dans l’un de ses textes peu connus, ceux qu’Harvey a choisis pour étoffer l’essai qu’il lui consacre.
Ses réalisations ne se comptent plus. David renforce les liens culturels avec la France, crée les Écoles des beaux-arts de Québec et de Montréal, le Musée de la province, la Commission des monuments historiques, le Service des archives publiques, contribue à la fondation de la Société des concerts symphoniques (ancêtre de l’OSM)… Il sera le précurseur de Georges-Émile Lapalme, un autre libéral qui, comme instigateur du ministère des Affaires culturelles, marquera la Révolution tranquille.
Une telle insistance sur la culture, si liée à l’identité collective, pousse David, en 1934, à une étourdissante acrobatie dans la réflexion politique : « Le Canada ne peut être UN dans une nation, il peut être UN dans deux nations qui se comprennent… » Le ministre fait encore plus sourire les Québécois d’aujourd’hui lorsqu’il précise : « Jamais les deux mentalités ne pourront s’unir à ce point que nous ne formions qu’un seul peuple avec une seule mentalité. »
Cet habile mélange politique de progressisme et de conformisme correspond, chez lui, au goût décidé autant que convenu qu’il manifeste pour les arts et les lettres. Sous son mandat, un peintre d’origine française proche de l’académisme, Charles Maillard (grand-père maternel de Françoise David !), deviendra directeur de l’École des beaux-arts de Montréal.
Malgré les efforts méritoires d’Athanase David, il faudra compter sur Borduas, un marginal très loin de lui, pour faire notre véritable révolution culturelle.
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