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Voyage - Dans les traces de Paolo Rumiz

27 octobre 2012 | Christian Desmeules | Livres
Paolo Rumiz pourrait très bien se contenter de rouler son petit caillou. L’écrivain de 65 ans, journaliste au quotidien italien La Repubblica, depuis longtemps spécialiste reconnu des Balkans, a notamment couvert tous les conflits qui ont secoué l’ex-Yougoslavie. Ce terrain de jeux pourrait suffire à d’autres.

Mais plutôt, chaque été depuis une dizaine d’années, quand « l’inquiétude migratoire » le saisit aux tripes, il prend le large, mais sans larguer tout à fait les amarres. Puis comme une sorte de rite estival, la plupart de ses voyages à travers l’Europe ou l’Italie paraîtront ensuite en feuilletons dans le grand quotidien de Rome : un trajet à vélo avec deux amis jusqu’à Istanbul à travers les Balkans, une tournée mélancolique de villes mortes, d’usines désaffectées et de mines abandonnées dans une Italie fantôme, 3000 kilomètres à pied dans les Alpes ou bien, comme il l’a fait cet été, une descente méticuleuse du Pô.


Originaire de Trieste, où il habite toujours, véritable ville-frontière qui trempe ses pieds dans l’Adriatique, Paolo Rumiz déclarait lors d’un échange capté cet été au festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo : « Mon métier, c’est de découvrir des romans dans la vie quotidienne. » Et de répondre, comme journaliste, à la soif d’histoires du public.

 

Sur la fermeture-éclair de l’Europe


Sa méthode est moins simple qu’elle n’en a l’air : savoir où il va (ma non troppo), favoriser les rencontres, faire l’éponge. Tout voir, tout entendre, et prendre des notes comme un damné aussitôt que ses interlocuteurs lui tournent le dos.


Certains de ces reportages deviendront des livres, très souvent devenus des succès de librairie en Italie. C’est ce qu’il a fait avec Aux frontières de l’Europe, son premier titre traduit en français, une collection d’histoires romanesques moissonnées en 2008 à la lisière de l’Europe. De l’extrême nord à Odessa la chaude, des galets de l’océan Arctique aux rivages dorés de la mer Noire, l’Italien effectue un « slalom géant », toujours soucieux de prendre d’abord la « température humaine » des lieux qu’il traverse.


Sa compagne, la photographe polonaise (et polyglotte) Monika Bulaj, lui sert ici d’interprète tandis qu’elle croque avec son Leica ce qu’ils voient de haut en bas de la « fermeture-éclair de l’Europe » qu’ils arpentent en train, en bus, en auto-stop ou à pied durant 33 jours. « Un mois long comme une année. »


Lancé à la poursuite de la grande âme slave, puis rattrapé par le fantôme de la présence juive et le déclin de l’« européanité » de l’Europe. Et avec ça, une écriture puissamment visuelle. Un regard généreux et pénétrant. Le plus grand écrivain-voyageur italien ? On pourrait le croire.


Fouiller l’inconscient antique


Qui se souvient d’Hannibal, celui qui a franchi les Alpes avec des dizaines de milliers d’hommes et une horde d’éléphants pour venir donner une volée aux Romains sur leur propre terrain ? Les livres d’histoire, nul n’en doute. Mais les lieux ont-ils gardé, eux, la trace de son passage ? Ici et là, un café avec une enseigne en forme d’éléphant, un peu d’ivoire, beaucoup de racontars. Un mythe vivant passé comme une traînée de poudre (de perlimpinpin) en Espagne, en France et en Italie, laissant derrière lui « une nébuleuse de crainte et de fascination ».


En 2007, Paolo Rumiz était parti à la recherche des traces invisibles du conquistador carthaginois. Dans les Alpes, la plaine italienne, jusqu’en Arménie même, où Hannibal aurait fondé une ville.


Et dans son sac cette fois, non pas le dernier Lonely Planet, mais rien d’autre que les écrits de Tite-Live et de Polybe. « Qui suis-je, se demande-t-il, pour superposer ma quête intérieure insignifiante à l’énormité d’un événement millénaire ? » Professeurs d’université ou historiographes amateurs viendront lui prêter main-forte pour accomplir ce singulier voyage dans le temps.


Dans L’ombre d’Hannibal, Rumiz se lance dans une recherche de « l’inconscient » antique, cherche les vestiges enfouis, les chemins non balisés et les lieux qui sont absents des guides officiels - souvent parce qu’ils n’existent que dans les esprits. Un auteur à découvrir.


 

Collaborateur


***

L’Ombre d’Hannibal

Paolo Rumiz

Traduit de l’italien par Béatrice Vierne

Hoëbeke

Paris, 2012, 240 pages

 

Aux frontières de l’Europe

Paolo Rumiz

Traduit de l’italien par Béatrice Vierne

Gallimard, coll. « Folio »

Paris, 2012, 352 pages

 
 
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