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    Succès éditorial - Et l’anorexie fut mise en mots

    27 octobre 2012 |Etienne Plamondon Emond | Livres
    Le Dr Jean Wilkins, fort de son expérience avec les jeunes anorexiques, voulait partager ses constats en clinique par l’écriture.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le Dr Jean Wilkins, fort de son expérience avec les jeunes anorexiques, voulait partager ses constats en clinique par l’écriture.
    Dans les bureaux des PUM, on a dévoilé au Devoir, dans une atmosphère de franche camaraderie, le processus ayant sous-tendu le livre Adolescentes anorexiques. Plaidoyer pour une approche clinique humaine, l’un des plus grands succès en libraire de l’éditeur.

    L’accompagnement, le lien, les mots et le temps. Le Dr Jean Wilkins résume par ces quatre mots ce qui est important dans sa pratique médicale auprès des jeunes anorexiques. Nadine Tremblay, l’éditrice aux Presses de l’Université de Montréal (PUM) qui est derrière la publication de M. Wilkins, sursaute d’étonnement puis elle ajoute aussitôt : « J’allais vous dire que, en édition, il y a le lien, les mots, le temps et l’accompagnement. »

     

    Drôle de départ


    « C’est un article. Un très bon article. Vous pouvez l’envoyer ailleurs. Mais, pour nous, ce n’est pas un livre. » C’est par ces mots que Nadine Tremblay a d’abord répondu par téléphone au Dr Jean Wilkins, après la lecture du manuscrit du médecin tenant en une quarantaine de pages. Puis, après avoir raccroché, elle s’est ravisée. « Je l’ai rappelé immédiatement pour lui dire : “ On a un livre. Mais, maintenant, il faut penser à une table des matières, à un chemin de fer, à une locomotive avec tous ses wagons ” », raconte-t-elle.


    Puis, « on s’est rencontré ici. C’était le mardi », poursuit Jean Wilkins. « Nos fameux mardis », commente aussitôt Nadine Tremblay. C’est un mardi, justement, dans les bureaux des Presses de l’Université de Montréal (PUM), que les deux complices se remémorent toutes les étapes ayant mené au livre déposé sur la table, à une photographie de jeune fille au regard frondeur en page frontispice.


    D’ailleurs, si l’auteur exerce un contrôle sur le contenu, il n’en a généralement aucun sur la couverture. Mais ici, les recommandations de M. Wilkins ont été suivies à la lettre. « J’avais dit : “ Je veux des filles qui ont l’air décidées. ” L’anorexique est déterminée dans sa maladie. Puis, je ne voulais pas de photo d’une fille décharnée », se rappelle le pédiatre, très satisfait de l’enrobage de son ouvrage. L’idée avait été jugée bonne, confirme Mme Tremblay.


    Un livre naît


    C’est d’ailleurs pour combler son besoin d’écrire, mais aussi pour combler un vide dans la littérature à ce sujet, que le pionnier de la médecine de l’adolescence a décidé de prendre la plume. La plupart des livres publiés sur l’anorexie ont été rédigés par des psychiatres ou par des anorexiques sous la forme autobiographique.


    Fort de ses 37 ans d’expérience où les jeunes anorexiques l’ont constamment poussé vers le doute, le pédiatre voulait partager ses constats en clinique et bien analyser ces quatre étapes de la maladie qu’il avait discernées. « C’est un concept que j’avais moi-même développé, créé et mis sur papier et je faisais beaucoup de conférences là-dessus. Mais je ne m’étais jamais accordé le temps de l’étayer davantage pour exprimer ce que je rencontrais, observais, pensais. Je ne sais pas pourquoi, j’avais toujours cette retenue. Et c’est cette retenue qu’on m’a permis ici de lâcher et de relâcher pour aller plus loin dans ma réflexion. » Il a donc réuni toutes ses notes, ses présentations multimédias, ses articles scientifiques et ses écrits « épars, mais classés » partout dans son bureau.


    « Je savais qu’il y avait un produit original, mais je savais aussi qu’il fallait que je fignole ça. L’accueil que j’ai eu ici et la rigueur qu’on m’a proposée, ça me plaisait », assure M. Wilkins. Aussitôt, une aide à la rédaction a été fournie à M. Wilkins. Mais il s’est aperçu très tôt que le choix de la rédactrice scientifique n’était pas celui qui collait le mieux au projet. « Elle était peut-être trop fascinée par le sujet. Elle essayait de comprendre sous un angle psychiatrique, qui n’était pas mon angle à moi », remarque M. Wilkins.


    « C’est un obstacle de ne pas avoir la bonne paire, commente Nadine Tremblay, parce que travailler avec quelqu’un, c’est, oui, s’entendre de façon conviviale, mais aussi s’entendre intellectuellement, comprendre l’autre, comprendre l’expérience, mais en même temps garder le cap. » Après des vacances, les PUM ont décidé de jumeler le Dr Wilkins avec une autre journaliste scientifique : Odile Clerc.


    Collaboration utile


    Une collaboration fructueuse s’est rapidement installée. Elle lui suggérait plusieurs modifications qu’il écoutait avec ouverture. « Comme clinicien pris en pratique, j’avais besoin de cet appui. Je ne pense pas qu’on puisse faire ça sans avoir une structure derrière soi. » Odile Clerc lui posait aussi les bonnes questions pour ouvrir les chapitres et pour clarifier sa pensée.


    « On me demandait des précisions. C’est ça qui, peut-être, faisait défaut chez moi : arriver avec des précisions sur des images que je pouvais avoir de la maladie. On m’a permis de mettre ça en très bon français, aussi. Et on travaillait. J’écrivais. Odile le relisait. On se questionnait. Je le réécrivais une autre fois. Et, une fois que tout ça était terminé, on allait vers Nadine, qui revoyait le tout », explique M. Wilkins.


    « Moi, je posais des questions pour un public non averti, c’est-à-dire un public curieux, ajoute Mme Tremblay, parce que notre but, ce n’était pas de la vulgarisation simple, c’était de rendre accessible l’information. » C’est d’ailleurs pour élargir l’auditoire le plus possible, pour rendre le propos facile d’approche, tant pour des intervenants que pour des parents ou des patients, que le livre comporte peu de références, peu de notes en bas de page.


    Et M. Wilkins a apprécié cette application pour le choix des mots. « Toute ma vie, j’ai pensé comme ça : oui à un discours scientifique, mais il faut avoir un discours humain. Il faut avoir un discours que les gens comprennent pour être utile. » Les commentaires que reçoit M. Wilkins, de la part de parents se disant rassurés après la lecture de son livre, semblent prouver le succès de l’opération.


    Un an, soit une période ni trop courte ni trop longue pour garder la motivation intacte jusqu’au bout, a été nécessaire pour en arriver au résultat final. « Ils ont occupé beaucoup de mes fins de semaine », lance M. Wilkins, qui ne pouvait pas mettre une pause à ses obligations cliniques. N’empêche, il a mis les efforts et consacré le temps nécessaire. « Je pense que j’avais une responsabilité à définir ce qu’est la médecine de l’adolescence, ce qu’on a constaté, ce qu’on peut faire. On a cette responsabilité de comprendre, de faire les recherches et de transmettre notre savoir », dit-il, en incluant tous les cliniciens de sa génération qui ont bâti des disciplines de la médecine.


    « J’espère que des collègues lâcheront un peu les revues ultrascientifiques pour aller vers quelque chose d’un peu plus transcendant et plus synthétique sur notre histoire », lâche-t-il. D’ailleurs, son ami André Robidoux, titulaire de la Chaire de recherche en diagnostic et traitement du cancer du sein, a été fasciné par son ouvrage et s’attelle actuellement, dans une démarche semblable avec les PUM, à un livre à propos de sa spécialité.


    « Quand on vieillit, le temps presse. Il faut se dépêcher et s’arrêter. On a une contribution à faire. J’ai des amis qui ont passé leur vie et leur carrière sur une maladie. C’est important qu’il y ait une synthèse qui sorte de ça », insiste M. Wilkins.


     

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