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    Amazones anciennes et modernes

    Microrécits épiques à cheval sur un mythe antique

    20 octobre 2012 |Suzanne Giguère | Livres

    Les Amazones

    Josée Marcotte

    L’instant même

    Québec, 2012, 94 pages

    Les Amazones demeurent l’un des mythes antiques les plus fascinants. Ces héroïnes guerrières apparaissent pour la première fois dans la littérature dans l’Iliade d’Homère. Figures imaginaires, mythologiques ou littéraires, mais aussi femmes réelles, elles sont ainsi convoquées depuis l’Antiquité jusqu’aux auteurs des XIXe et XXe siècles, à travers les exemples de Kleist, Gracq, Wolf et Jelinek.

    Une jeune auteure de Québec, Josée Marcotte, actualise à sa manière le thème antique des femmes guerrières. Elle déconstruit le mythe des Amazones en le reproduisant à l’excès. Les femmes qu’elle dépeint sont campées dans un univers postapocalyptique, dans un environnement qui pourrait être l’Europe ou l’Amérique. Elles appartiennent à un clan exclusivement féminin, dominé par des dirigeantes puissantes et dures. Militarisées, peu instruites, malléables et sans conscience propre, elles sont sous l’emprise des mères fondatrices. Dans un monde où les relations hommes-femmes sont vidées de leur composante reproductrice, où avoir un garçon, un ennemi, est susceptible de bouleverser l’équilibre de la société, on leur apprend jusque dans leur chair à haïr l’Autre. Une vie à sens unique au nom du combat contre l’Autre, le clan des hommes. Et pourtant… Pourtant, dans ce monde dit « féminin », la violence, la douleur, la colère et la solitude demeurent présentes.


    Josée Marcotte met en scène de façon très singulière une société matriarcale hors-norme, utopiste jusqu’à la défaite. Une Amazone, Tirésias, finit par admettre l’absurdité stérile de la guerre que mènent ses soeurs d’armes. Elle dénonce une révolte féminine qui ne fait qu’imiter les valeurs patriarcales. « Nous ne saurons jamais si de ce régime autarcique des mères fondatrices aurait pu naître quelque chose de beau et de plein, car la femme a recréé le jeu de pouvoir des hommes. » Les Amazones optent finalement pour la rencontre avec l’Autre, n’ignorant pas que la frontière entre les sexes reste une zone d’affrontement. « Nous inventerons le début d’un monde où la rencontre avec l’Autre est possible. Nous sortirons de cette grotte d’attente mortificatoire pour aller vers eux, conscientes et consentantes. »


    Dans un récit épique, bien mené et résolument féministe, la prose de Josée Marcotte, à la fois singulière et plurielle, s’enrichit de l’écho des Ducharme, Giguère, Yergeau, Rimbaud, Volodine, Vian, Perec, Woolf, Michaux. Les Amazones se présente sous la forme de microrécits (47), chacun s’attachant à décrire l’une ou l’autre femme du clan. On découvre des femmes issues des écrits bibliques, de la mythologie gréco-romaine, de l’histoire de l’ancienne Égypte ou bien sorties de l’imaginaire de l’auteure.


    Tout en déconstruisant le mythe antique des Amazones, Josée Marcotte déconstruit aussi le mythe d’une écriture qui subvertirait par sa différence l’écriture masculine.



     

    Collaboratrice













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