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    Goncourt des lycéens - Un collège anglophone pour représenter le Québec

    29 septembre 2012 |Fabien Deglise | Livres
    Elysa Racanelli, Ikram Mecheri, Andreea Deac, Nathalie Prévil et la prof Catherine Duranleau figurent parmi celles qui vont faire entendre la voix du Québec dans le cadre du Goncourt des lycéens 2012.
    Photo: François Pesant - Le Devoir Elysa Racanelli, Ikram Mecheri, Andreea Deac, Nathalie Prévil et la prof Catherine Duranleau figurent parmi celles qui vont faire entendre la voix du Québec dans le cadre du Goncourt des lycéens 2012.
    Les écrits sont là, et soudainement les paroles s’envolent. Assises autour d’une table de réunion depuis quelques minutes, six étudiantes manipulent des bouquins et échangent avec passion. L’une dit : « La narration est intéressante dans celui-là, on a l’impression d’être dans la peau du neveu à qui le narrateur s’adresse pour raconter son histoire. » Sa voisine ajoute : « Il m’a moins accroché. L’action est trop décousue. J’ai aussi été étonnée par la légèreté avec laquelle il aborde les horreurs de la guerre. » Une autre sourit : « On parle dans celui-là, sur la 4e de couverture, “d’une écriture somptueuse d’exigence ”. C’est vrai : j’ai souligné une phrase qui occupe toute la page. »

    Sur Le terroriste noir (Seuil) de Tierno Monemebo, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud) de Jerôme Ferrai ou encore Peste et choléra (Seuil) de Patrick Deville, le regard posé par ce groupe d’élèves du Collège Vanier, dans le nord de Montréal, est méthodique, sévère, mais il est aussi, en ce matin de septembre, hautement motivé. C’est que, dans quelques semaines, Elysa, Ikram, Andreea, Nathalie, Margot et Cinthia se préparent à vivre une aventure excitante dans leur vie de jeunes lectrices : elles vont prendre part au jury chargé de décerner en France le Goncourt des lycéens, le quatrième prix littéraire en importance dans la francophonie après le Goncourt, le Renaudot et le Femina.


    Et cette présence revêt cette année un caractère symbolique fort : c’est en effet la première fois depuis la création de ce prix que le Québec, qui chaque année a sa place dans cette instance de valorisation culturelle, va être représenté par un cégep anglophone.


    « C’est un geste très politique, résume au bout de la table la prof de français Catherine Duranleau, qui a soumis la candidature du collège afin de participer à la remise de ce prix marquant dans l’univers de la littérature francophone. Pour moi, ce n’est pas une façon de montrer ou de faire semblant que les établissements scolaires anglophones du Québec accordent une place importante à la langue française, ça atteste de l’importance qu’occupe le français ici », ce qui toutefois semble encore en étonner plusieurs dans un Québec contemporain où le paysage linguistique est régulièrement source de tensions.


    « J’ai pris conscience de ça à Québec, l’an dernier, quand nous avons participé au Prix littéraire des collégiens [la porte d’entrée pour les établissements scolaires québécois afin de participer au Goncourt des lycéens], dit la jeune Ikram Mecheri. Les gens étaient surpris de voir que nous pouvions lire des livres en français dans des collèges anglophones. Ils pensaient que l’on n’aimait pas cette langue et que, pire, on la méprisait. Ce qui est loin d’être le cas. »


    La preuve va d’ailleurs devoir être faite 12 fois plutôt qu’une dans les prochains jours par les représentantes du Collège Vanier au Goncourt des lycéens, qui vont devoir affronter en rafale la sélection de titres faite par l’Académie du Goncourt pour la cuvée 2012 de son prestigieux prix. « C’est une sélection très exigeante, dit Mme Duranleau. Les titres du Goncourt des lycéens sont les mêmes que ceux que l’Académie choisit pour le prix Goncourt. En ce qui concerne le niveau d’écriture, ces livres sont sans doute tous de niveau universitaire. On ne nous recommanderait pas, normalement, de les faire ici dans nos classes. Mais là, c’est au rythme de deux par semaine que le groupe va devoir s’y frotter. »


    Le menu est alléchant. Il va y avoir L’enfant grec (Stock) de Vassilis Alexakis, Partages (Mercure de France) de Gwenaëlle Aubry, Ils désertent (Fayard) de Thierry Beinstingel ou encore Lame de fond (Bourgeois) de Linda Lê. Pour ne citer qu’eux. Et il va aussi y avoir, pour Cinthia Benavidas, l’impression de combattre quelques préjugés. « Comme nous sommes dans un collège anglophone, on croit que notre niveau de français est plus bas qu’ailleurs dans le système francophone », dit-elle. Sans doute à cause d’une erreur de sémantique, selon elle. « Le français ici, c’est une langue seconde, c’est vrai, mais ça ne veut pas dire une langue secondaire. »


    Pour Claude Bourgie, responsable du Prix littéraire des collégiens et qui assure la sélection du collège québécois pour le Goncourt des lycéens, la participation du Collège Vanier cette année marque effectivement une première, mais elle ne veut pas y voir quelque chose de plus. « Nous ne faisons pas la distinction entre les collèges francophones et anglophones lors de notre sélection », dit-elle. Cette sélection se fait, après réception des candidatures, sur la base de la représentation de toutes les régions du Québec. « L’important, c’est de s’intéresser à la littérature francophone. »


    Toutes couleurs unies pour une langue. C’est probablement dans cet état d’esprit que la jeune Elysa Racanelli se prépare à débarquer à Paris en novembre prochain pour les premières délibérations régionales, le 13 à Paris, et pour les délibérations nationales à Rennes deux jours plus tard. Le Québec est d’ailleurs assuré cette année d’avoir une place à la table où le sort du gagnant va être scellé par les lycéens puisque le Collège Vanier est le seul établissement scolaire à représenter la voix de l’étranger pour le Goncourt des lycéens cuvée 2012.


    « Pour moi, cette question de langue au Québec, ce clivage entre les francophones et les anglophones, je ne l’ai jamais vu comme un enjeu, comme un problème ou comme une source de tension, dit-elle. Ici, à Vanier, on parle français, on parle anglais et on parle d’autres langues. On lit des livres en français et d’autres en anglais, comme ailleurs au Québec en 2012. Vous me dites que je vais représenter un cégep anglophone au Goncourt. Moi, j’ai plutôt l’impression que je vais représenter un collège québécois. Rien de plus. »

     
     
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