Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Chez Les dictionnaires Robert - Il faut contrer l’amalgame anarchique des savoirs

«Le dictionnaire du futur sera interconnecté»

29 septembre 2012 | Assïa Kettani | Livres
Ce qui révolutionne véritablement le dictionnaire, selon Laurent Catach, est le rôle d’« agrégateur » qu’il est désormais appelé à jouer, liant des millions d’informations, de sites web et d’outils interactifs au gré de la curiosité de l’utilisateur.
Photo : Agence France-Presse Jim Watson Ce qui révolutionne véritablement le dictionnaire, selon Laurent Catach, est le rôle d’« agrégateur » qu’il est désormais appelé à jouer, liant des millions d’informations, de sites web et d’outils interactifs au gré de la curiosité de l’utilisateur.
Passer du nom d’un homme politique à la chronologie de l’histoire d’un pays, de la biographie d’un artiste à la galerie de ses oeuvres, d’un nom de plante à des photos de ses feuilles ou d’un verbe à des exercices de conjugaison en ligne : avec la technologie numérique, le traditionnel article de dictionnaire s’ouvre vers l’infini des possibles.

C’est l’évolution du dictionnaire que Laurent Catach, responsable des éditions numériques des dictionnaires Robert, orchestre depuis près de 20 ans. En effet, le passage du dictionnaire en format de papier à son équivalent numérique s’est accompagné au fil des ans d’un bouleversement complet : bouleversement des contenus, mais aussi des usages.


Depuis son ancêtre de papier, le dictionnaire numérique a ainsi enrichi ses définitions d’une panoplie d’informations visuelles, sonores ou encore interactives. « Dans les dictionnaires numériques, le modèle de base reste l’article de dictionnaire classique. Mais, depuis les années 1990, toutes sortes de contenus sont rapidement venus s’ajouter, comme des images, des vidéos, des animations ou des sons », rappelle Laurent Catach. En 1996, par exemple, Le Robert numérique a intégré aux définitions de ses mots leur prononciation. À cela s’ajoutent d’autres types de contenus, comme des chronologies, des atlas, des exercices, des modules d’entraînement, des logiciels éducatifs ou encore des outils de géolocalisation. « Il y a forcément beaucoup de choses qui se développent grâce à l’évolution technologique, poursuit-il. Aujourd’hui, dans l’esprit des gens, cela fait partie de ce que doit proposer un dictionnaire numérique ».


Mais ce qui révolutionne véritablement le dictionnaire, selon Laurent Catach, est le rôle d’« agrégateur » qu’il est désormais appelé à jouer, liant des millions d’informations, de sites web et d’outils interactifs au gré de la curiosité de l’utilisateur. « Le dictionnaire du futur sera interconnecté, résume Laurent Catach. Il doit sortir de son cadre rigide et renvoyer de manière intelligente à des quantités importantes de ressources dispersées dans Internet : des textes, des livres, des bibliothèques numériques ou encore des vidéos. » Et, de ce fait, le dictionnaire devient une porte ouverte vers la recherche. « Le dictionnaire numérique est un outil informatique très puissant. Il est un support extraordinaire pour la recherche, puisqu’il contient la nomenclature de tout. »

 

En réseau


Autre poids désormais incontournable dans la nouvelle donne des contenus numériques : l’utilisateur. Car les contenus, selon Laurent Catach, doivent venir à la fois des éditeurs et des utilisateurs, pour créer une vaste plateforme au carrefour des savoirs et surpasser le modèle d’encyclopédie collaborative popularisé par Wikipédia au début des années 2000. « Le dictionnaire doit avoir un socle interne, éditorialisé, mais aussi des liens vers les milliers de ressources qu’on peut trouver dans Internet. L’ouverture vers de nouveaux contenus viendra de manière extérieure. »


Pour éviter le piège de l’amalgame anarchique des savoirs, le rôle de l’éditeur se fait ici crucial. À travers les milliards d’images et de documents qu’on peut trouver dans Internet, l’éditeur est amené à exercer un véritable travail d’orfèvre pour organiser, vérifier, trier et calibrer les informations et les liens, permettant au dictionnaire de rester une source de savoir fiable et sécuritaire où on peut naviguer efficacement. Un travail de vérification et de rigueur qui n’existe pas, par exemple, dans des outils comme Wikipédia. « Sans éditeur, les encyclopédies ne sont pas utilisables par des écoliers ou des collégiens. La quantité d’information n’est pas proportionnelle à l’importance des choses. Pour un écolier, il est difficile de savoir ce qu’il faut apprendre, ce qu’il faut savoir. Et si on cherche, par exemple, un texte de Victor Hugo dans Internet, on risque d’en trouver une cinquantaine de versions différentes, plus ou moins fidèles à l’original. »


C’est bien sur ce point que les dictionnaires numériques peuvent concurrencer les encyclopédies gratuites et relever le défi de la compétitivité. « Les éditeurs ont une carte à jouer pour mettre en valeur leur savoir-faire. Ce qu’apporte l’éditeur là-dedans, c’est sa validation, sa caution et un cadre sécurisé pour qu’on puisse utiliser en toute confiance ces informations. L’éditeur a un rôle de création mais aussi de mise en scène, d’organisation de tout ce qui se passe autour du dictionnaire. »

 

Contraintes


Les contenus des dictionnaires sont-ils pour autant dénués de contraintes ? Non, nuance Laurent Catach, car créer une banque d’images ou de vidéos dans un dictionnaire contient sa part de difficultés. S’il est intéressant d’intégrer aux articles autant de liens et d’outils qui soient, il n’est pas toujours aussi facile d’obtenir les droits et les autorisations nécessaires, notamment en ce qui a trait aux images et aux vidéos. « Les éditeurs peuvent être confrontés à des problèmes de coûts de création éditoriale ou à des difficultés à avoir des contenus de qualité. Les négociations sont parfois compliquées et chères. C’est un problème de mise en oeuvre. » À cela s’ajoute un phénomène de surenchère puisque, désormais, souligne Laurent Catach, « il faut avoir plus de contenu. S’il fallait 500 images pour un dictionnaire de papier, il en faut désormais 2000 ou 5000. Le côté quantitatif augmente la tâche. »


Le traditionnel dictionnaire de papier est-il pour autant condamné à disparaître, évincé par ses nouvelles versions plus interactives et plus colorées ? « Non ! », insiste Laurent Catach, puisqu’il a encore un usage essentiel du côté des écoliers et se laisse feuilleter plus facilement. En revanche, rien ne peut empêcher la diversification des usages. Alors que les dictionnaires numériques sont aujourd’hui déclinés sous forme de cédérom, téléchargeables via eBook, tablettes ou téléphones intelligents, l’encyclopédie est devenue un accessoire de poche qui peut accompagner à loisir la curiosité des utilisateurs : « Cette évolution a été une étape importante et a permis de développer une nouvelle gamme d’outils, sous la forme de petites applications que les gens peuvent installer sur leur téléphone. »


Qu’il s’agisse d’un trou de mémoire au milieu d’une conversation, d’un dictionnaire bilingue qu’on consulte lors d’un voyage ou d’un usage professionnel, les dictionnaires numériques ont ainsi fait leur entrée dans la vie d’un public beaucoup plus large. « Une fois adopté, on s’en sert beaucoup plus qu’une version de papier, avance Laurent Catach. Les gens s’habituent à avoir un dictionnaire numérique dans la poche, pratique et accessible. Ils sont très demandeurs d’information. » Et maintenant que les dictionnaires sont aussi infinis qu’accessibles, le savoir est décidément à la portée de tous.

Collaboratrice

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel