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Le Canada: la Suisse des compagnies minières

15 septembre 2012 | Michel Lapierre | Livres

Paradis sous terre

Alain Deneault et William Sacher

Écosociété

Montréal, 2012, 192 pages

Les États-Unis passent pour le pays qui ferme les yeux sur les boursicoteurs et sur les méfaits des entreprises nationales à l’étranger. L’essai Paradis sous terre, d’Alain Deneault et William Sacher, montre que le Canada, malgré une meilleure réputation, est, dans le domaine minier (nid de spéculateurs où il règne), le délinquant de la planète, au point où, chez les dépossédés des pays du sud, beaucoup jugent les Américains plus soucieux de l’éthique.

L’ouvrage du politologue de l’UQAM et du doctorant en économie de la Faculté latino-américaine de sciences sociales expose « comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale ». Mais, explique-t-il, c’est devant des tribunaux états-uniens que des populations lésées doivent, à cause de la législation plus évoluée de l’Oncle Sam et des interrelations d’un système financier sans frontières, poursuivre des entreprises canadiennes !


Ainsi, l’île de Marinduque aux Philippines demande des réparations à la société aurifère torontoise Barrick Gold pour la pollution massive de l’endroit. Son avocat texan souligne : « Le Canada est un forum inhospitalier pour ce genre de réclamation. »


Dans la préface du livre, Richard Desjardins, chanteur-compositeur et documentariste, rappelle que le vérificateur général du Québec révéla en 2009 que 14 mines sur les 24 en activité dans la province n’avaient versé aucune redevance à l’État depuis sept ans. Deneault et Sacher osent résumer l’ensemble de la situation canadienne : le pays « a tout mis en oeuvre », des lois à la diplomatie en passant par la finance, « pour devenir dans l’histoire récente un paradis judiciaire de l’industrie extractive mondiale », la « Suisse des mines » !


Les auteurs signalent que « plus de 75 % des sociétés mondiales d’exploration ou d’exploitation minière ont leur siège social au Canada » et que « près de 60 % de celles qui sont cotées en Bourse s’enregistrent à Toronto ». Ils précisent que les capitaux de ces entreprises proviennent en particulier d’Australie, de Belgique, de Suède, d’Israël et des États-Unis.


Comme ils l’expliquent si bien, Ottawa, par le mécanisme financier des « actions accréditives », permet à de multiples sociétés minières exemptes d’impôts de transférer les crédits fiscaux, dont elles auraient bénéficié, à leurs investisseurs (banques, fonds de pension, etc.). En se privant ainsi de revenus, l’État enrichit l’industrie extractive à même les deniers publics. Cela s’ajoute à l’importante contribution des placements de simples citoyens à la même sphère de l’économie.


Des sociétés inscrites à la Bourse de Toronto ne sont pas étrangères aux millions de victimes de la guerre civile (1998-2003) pour le contrôle des ressources minières du Congo. Nombre d’entre nous, qui détenons ne seraient-ce que de maigres valeurs mobilières dans l’industrie extractive canadienne, devraient en frémir.

 
 
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