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Nos Patriotes servis à la jacobine

8 septembre 2012 | Michel Lapierre | Livres

La culture des Patriotes

Collectif

Septentrion

Québec, 2012, 232 pages

La défaite du Parti libéral du Québec, le 4 septembre, ne saurait faire oublier que cette formation, malgré le conservatisme qui la dénature depuis longtemps, remonte, ne serait-ce qu’à cause de son nom, au libéralisme du XIXe siècle. Cet ancien courant d’avant-garde, incarné par Papineau, effraie tant plusieurs collaborateurs du livre La culture des Patriotes qu’ils préfèrent y voir un républicanisme « néo-romain » cher aux amis de l’ordre !

Publié sous la direction de Charles-Philippe Courtois et Julie Guyot, l’ouvrage collectif laisse tout de même la place à une interprétation objective de l’esprit qui façonna les Patriotes. Les contributions de Bernard Andrès, de Gilles Gallichan et de Gilles Laporte le prouvent.


En lisant Andrès, nous comprenons que les tenants des Lumières, comme Pierre du Calvet (1735-1786), polémiste français qui vécut chez nous, et le journaliste Henri-Antoine Mézière (1771-1846), natif de Montréal, comptent parmi les précurseurs des Patriotes. Gallichan n’a pas à nous contraindre à reconnaître que Papineau louait avec raison l’« inflexible intégrité » du député Pierre-Stanislas Bédard (1762-1829), défenseur avant lui de la démocratie et de la liberté d’opinion.


Mais les collaborateurs Lucille Beaudry et Marc Chevrier brouillent les cartes en rattachant la pensée de Papineau et des autres Patriotes à « un discours républicain néo-romain, distinct du libéralisme » ! Ce discours, ils l’ont trouvé chez les historiens anglo-saxons J. G. A. Pocock et Quentin Skinner, qui soutiennent l’avoir eux-mêmes discerné dans la révolution puritaine de l’Angleterre du xviie siècle.


Nos deux politologues de l’UQAM avouent se permettre ainsi une « relecture » des thèmes de 1837. Ils prétendent la faire « par-delà l’antagonisme entre le conservatisme et le libéralisme qui a pendant si longtemps caractérisé les interprétations de notre histoire ». À quoi ressemble ce républicanisme « néo-romain » qu’ils contemplent et qui ensorcelle également Courtois, l’instigateur du livre ?


À une attitude qui assimile « la vertu à la virilité », répond Stéphane Kelly, le plus clair des collaborateurs, en s’appuyant sur l’historien américain Lance Banning. Il précise : « C’est une éthique acharnée, querelleuse, combative. » Ne s’agit-il pas du jacobinisme, ce républicanisme autoritaire ? Mais oui !


Kelly déplore que, « dans un monde enivré de libéralisme », les jacobins servent aujourd’hui de repoussoirs par opposition aux libéraux. Il est proche d’Éric Bédard, qui, dans sa contribution, félicite Louis-Georges Harvey (dont la prose figure aussi dans le livre) « d’avoir tourné le dos » à l’« épistémologie du progrès » et au « grand “métarécit” libéral » en démontrant « la forte teneur républicaine du discours patriote ».


Ils sont au moins six à insinuer que l’insurrection de 1837-1838 fut conservatrice sans avoir le courage d’énoncer clairement leur chimère.


 

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