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La philosophie positive de John White

8 septembre 2012 | Louis Cornellier | Livres

Volontairement bon

Petites histoires philosophiques

John White

Publistar

Montréal, 2012, 160 pages

Professeur de philosophie au cégep de Sainte-Foy de 1967 à 2005 et père, notamment, des journalistes Marianne et Patrick White, John White est mort, en janvier 2012, des suites d’un cancer du cerveau. Avant de quitter ce monde, il tenait à « laisser un legs philosophique », écrit son fils dans la préface de Volontairement bon, le livre-testament de son père, étonnamment publié aux éditions Publistar, d’habitude plus versées dans la pacotille que dans l’essai philosophique.

S’inspirant à la fois de Socrate, qui croyait que nul ne fait le mal volontairement, et d’Aristote, selon qui la vertu est une habitude à développer, John White, un catholique pratiquant, insiste « sur l’orientation fondamentalement bonne de l’homme » et sur la nécessité de la cultiver au quotidien pour contrer la tendance tout aussi humaine à « s’attarder au mal ».


White, en effet, constate chez ses contemporains « la fâcheuse habitude de voir davantage le mal que le bien autour d’eux ». Il la diagnostique dans leur difficulté à croire les bonnes nouvelles et dans ces réflexes qui consistent à ne pas voir les qualités des autres, à critiquer facilement, à se plaindre, à prêter de mauvaises intentions à autrui et à blâmer les médias. Ces attitudes, explique-t-il, engendrent la tristesse, la peur, la colère, le découragement et parfois même la haine, alors que la paix et la joie devraient être nos habitats naturels.


À partir de ce constat, White ne suggère pas « de mettre des lunettes roses pour regarder la réalité », mais bien de « chercher la vérité, laquelle exige d’appeler le bien et le mal par leur nom ». Or, cette vérité, selon lui, demande de reconnaître que le mal est second par rapport à « la bienveillance naturelle de l’homme », qui est première, même si elle risque, faute d’être entretenue, de s’égarer. « Je n’affirme pas, précise White, que l’être humain fait spontanément et régulièrement du bien à ses semblables, mais que sa nature l’incline à vouloir le faire. Il a donc une semence de bienveillance déposée en lui. Chacun passera de l’inclination à l’acte selon qu’il aura su faire mûrir cette semence. »

 

Des indices de bonté


L’« homme », affirme donc White, n’est pas d’abord un « loup pour l’homme » et nous ne sommes pas une « bande d’égoïstes ». Le philosophe énumère sept indices qui lui permettent de fonder, pour ainsi dire, sa thèse d’une propension chez l’humain « à vouloir le bien des autres ».


Le premier est l’existence de l’aide humanitaire, un geste le plus souvent gratuit et volontaire qui « découle de l’amour naturel que nous vouons à tout homme du seul fait qu’il est un humain ». Cet amour, souligne White, est si spontané « que les démagogues soucieux d’entretenir au sein des troupes l’hostilité envers le groupe ennemi doivent recourir à toutes sortes de précautions pour empêcher leurs membres d’entrer en contact avec le camp ennemi ».


Le deuxième indice est notre sensibilité devant la misère des autres. Découvrir le malheur de certains peuples au bulletin de nouvelles suffit, en effet, à nous accabler. Il y a, ensuite, notre soif de justice, présente en nous dès l’enfance, et notre honte de l’égoïsme. « Ressentant la difformité de l’égoïsme, note White, chacun tente de cacher son manque d’altruisme », une constatation qui rejoint celle de La Rochefoucauld affirmant que « l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ».


Notre désir d’éviter de peiner les autres, les bienfaits ressentis en les aidant, de même que l’opinion de certains psychologues comme Rogers et Maslow constituent d’autres indices de « la bonté de la nature humaine et [de notre] penchant naturel à l’altruisme ».


Comment expliquer, alors, comme l’écrit saint Paul aux Romains, que « je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas », ou encore, comme l’écrit White, que « cet altruisme de coeur ne se traduit que trop rarement par un altruisme de fait » ?

 

Recours à la volonté


Pour surmonter ce décalage, saint Paul s’en remettait à la « loi de l’Esprit », qui est une grâce. Or, certains, à tort ou à raison, ne reconnaissent pas cette loi et se croient privés de la grâce. La morale, alors, peut prendre le relais, mais l’élan vers le bien qu’elle impose demeure fragile en ce qu’il relève d’une motivation extrinsèque. En d’autres termes, avec la morale ou la loi, je fais le bien non pas tant parce que je le veux que parce qu’il le faut.


White, qui évite ces zones un peu savantes, nous invite plutôt à adhérer à une éthique des vertus. L’altruisme qu’il prône « doit prendre racine dans la volonté de la personne ». Il s’agit, selon lui, de s’exercer à développer quatre qualités : la liberté face aux désirs, le courage, la justice et la sagesse. Pour y arriver, « il appartient à chacun de nous d’accomplir en lui-même l’évolution personnelle requise pour mener à terme ces élans naturels », écrit-il.


Ce recours à la seule volonté individuelle pour actualiser les bonnes inclinations de notre nature humaine constitue le maillon faible de la réflexion de John White. En faisant presque totalement l’impasse sur le rôle des institutions sociales (l’école, le travail, la politique, la démocratie, les lois) dans l’entreprise d’humanisation de l’être humain, White s’enferme dans un individualisme philosophique méthodologique qui confine à la pensée magique. Saint Paul savait que, pour devenir bon, la volonté ne suffit pas. Il comptait sur l’Esprit de Dieu. En l’absence présumée de ce dernier, de nouveaux relais s’imposent, que White néglige pour s’en remettre à une sorte de « gros bon sens » qui, on devrait le savoir, n’existe pas.


« Réflexion pratique sur notre conception de la condition humaine », comme l’écrit Gérard Lévesque en postface, cet essai, présenté sous une couverture qui atteint des sommets de quétainerie, n’est pas exempt de naïveté et de raccourcis, mais l’invitation qu’il formule à prendre la vie du bon côté est moins cucul qu’elle en a l’air.

 
 
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