Livre - Occupy Wall Street!, Collectif
Occupy Wall Street!
Collectif
Les Arènes
Paris, 2012, 300 pages
« Nous sommes les 99 % ! », s’écrient en 2011, à Wall Street, des milliers de contestataires. On a traduit en français leur manifeste. Sans leader, sans idéologie, leur mouvement spontané s’est propagé partout. Il n’est pas étranger au carré rouge québécois. Foudroyant, son slogan s’inspire du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, pour qui 1 % des Américains jouissent du quart du revenu national, déséquilibre reflétant celui du monde. Morcelé, voire éclaté, rassemblant des interventions d’une trentaine d’auteurs, le manifeste Occupy Wall Street !, recueil de « témoignages des indignés », tient plus du reportage que de l’exposé. Révoltés mais désenchantés, Eli Schmitt, Astra Taylor et Mark Greif, écrivains liés à la revue culturelle underground n+1 (fondée à New York en 2004), déclarent dans le manifeste : « Nous sommes le pays qui a réélu Bush, qui a renfloué les banques… les causes exactes de notre détresse sont des cibles bien lointaines, les solutions adéquates, peut-être plus encore. »
C’est l’originalité du mouvement : refuser les solutions faciles, accepter l’indéfinissable, valoriser la patience et le questionnement. Magnifiée par l’usage international des médias sociaux, mise par beaucoup instinctivement en parallèle avec les manifestations des « indignés » espagnols et le printemps arabe, l’occupation de Wall Street confirme, sur le rythme clandestin du hip-hop, que la démocratie est dans l’air du temps. Elle en épure même le sens en la distinguant à tout jamais de l’électoralisme. Comme le rapporte la militante L. A. Kauffman, les occupants ont « pratiqué la prise de décision par consensus, procédé par lequel les différents groupes se mettent d’accord sans voter ». Directe, participative, héritée des Quakers, cette hyperdémocratie se veut une méthode de « pensée créative ». L. A. Kauffman n’en cache pas l’imperfection : pouvoir « prodiguer une attention excessive aux rebelles et aux perturbateurs ». Célèbre philosophe slovène, Slavoj Zizek salue cette révolution à l’écoute de tous, contre-pied d’un embrigadement de type léniniste imposé par des chefs. Il vient se joindre aux occupants de Wall Street et leur dit : « Nous ne sommes pas communistes, si on entend par communisme le système qui s’est effondré en 1990… »








