Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Littérature québécoise - La mémoire et l’amer

Avec ce premier roman, Judy Quinn remporte le prix Robert-Cliche

1 septembre 2012 | Christian Desmeules | Livres
Judy Quinn trace les contours de la vie d’Hunter, insaisissable.
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir Judy Quinn trace les contours de la vie d’Hunter, insaisissable.

Hunter s’est laissé couler

Judy Quinn

L’Hexagone

Montréal, 2012, 176 pages

Lire le passé dans des restes humains est un exercice périlleux. Même chose lorsqu’il s’agit de faire parler une vie composée surtout d’absences et de longs silences. Hunter s’est laissé couler, premier roman de Judy Quinn, trace le portrait impressionniste et volontairement incomplet d’un homme que personne ne semble connaître.

Orphelin irlandais ayant grandi dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, meurtri par une blessure amoureuse de jeunesse, Hunter « était abonné au malheur ». Il a été mécanicien sur un dragueur de mines au cours de la Seconde Guerre mondiale, marqué par une traversée presque kamikaze de l’Atlantique en 1943 au sein d’un convoi qui était dans la mire des sous-marins allemands.


Les souvenirs désordonnés de son collègue (et ami) de l’époque sont recueillis par la petite-fille de Hunter, la narratrice, qui essaie à son tour d’insuffler la vie à cette silhouette. L’homme exhume pour elle le secret d’un passager clandestin, déserteur de l’armée britannique, caché par eux dans un tuyau devenu une « prison grosse comme une niche ».


Qu’il soit vu d’en haut ou de profil, Hunter demeure insaisissable. Et que ce soit à travers le carnet du déserteur anglais, le monologue et l’autocritique de Victor Souci, octogénaire, c’est une même voix qui résonne et qui parle sans reprendre son souffle, crachant un flot de souvenirs amers. La guerre est une expérience qui, lorsqu’elle ne tue pas, marque la vie au fer rouge.


Ils sont soldats, mitrailleurs, suicidaires ou déserteurs. Mais ils sont aussi fils, frères, pères et amants. Multiples mais ici durablement façonnés par « cette maudite mer sans fin qui nous arrachait la vie par petits morceaux ». La mer et la guerre comme un apprentissage double et accéléré de la mort pour deux gamins de vingt ans. Qui ne sont plus pour l’occasion que des figurants occupés à rejouer « un présent vieux comme le monde qui sentait la pourriture jamais devenue terre ».


Le jury du prix Robert-Cliche (formé cette année de Stéphane Dompierre, de Tristan Malavoy-Racine et de Denise Boucher) a choisi de récompenser une voix littéraire intense et assurée dont la prose penche du côté de la poésie et de la suggestion.


La structure du roman, éclatée, à la géométrie variable, n’est peut-être pas entièrement convaincante et atténue un peu la force potentielle du roman - dont l’impact demeure malgré tout bien réel. Même si, nous prévient la narratrice, « les événements ne s’enchaînent pas, ils sont des points isolés qu’on relie désespérément par des traits pour créer des formes ».


Ni hommage au grand-père ni règlement de comptes, Hunter s’est laissé couler interroge cette immense part d’inconnu qui compose, au fond, les êtres que l’on croit connaître. Avec un grain de pessimisme dans l’oeil. « Tout finit de toute façon par couler. »

Judy Quinn trace les contours de la vie d’Hunter, insaisissable.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel