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Un Lorimier du continent perdu

1 septembre 2012 | Michel Lapierre | Livres

Journaux (1777-1795)

Pierre-Louis de Lorimier

Septentrion/Baraka Books

Québec et Montréal, 2012, 208 pages

Dans l’imaginaire nord-américain, Daniel Boone (1734-1820), héros de la conquête anglo-saxonne de l’intérieur du continent, occupe une grande place. Mais on ignore Pierre-Louis de Lorimier qui, avec ses compagnons amérindiens, captura en 1778 cet envahisseur. Fidèle à l’esprit métis de la Nouvelle-France, le grand-oncle du patriote Chevalier de Lorimier n’aurait pu séduire Hollywood. Il avait le défaut d’être né près de Montréal…

La chercheuse américaine Linda Clark Nash vient heureusement de combler une grave lacune en publiant, avec la collaboration du Québécois Fernand Grenier, l’original français et la traduction anglaise des Journaux (1777-1795) de Pierre-Louis de Lorimier (1748-1812). Enrichi d’une chronologie, d’une introduction au contexte historique, de la présentation de chacun des trois textes annotés, son livre bilingue nous brosse le portrait du marchand qui fit la traite des fourrures au coeur du territoire actuel des États-Unis.


Enfant lors de la Conquête anglaise du Canada (1759-1760), Lorimier s’installe, dès 1769, dans la vallée de l’Ohio, ancienne partie de la Nouvelle-France, très peu européanisée, officiellement devenue britannique depuis 1763, pour y commercer avec les Amérindiens non encore tout à fait assujettis aux nouveaux maîtres du territoire. Plus tard, toujours dans cette région, il résiste avec les autochtones aux empiétements commis par les Américains (ces Anglo-Saxons affranchis de la Grande-Bretagne depuis 1776).


Puis il le fait sur la rive du Mississippi, dans la Louisiane d’alors (immensément plus vaste que l’État actuel du même nom), dont la France a cédé en 1762 à l’Espagne, par le Pacte de famille (les rois des deux pays sont des Bourbons), la partie ouest, restée plus amérindienne, que ne réclame pas l’Angleterre et où il vit. Cette partie rétrocédée à la France en 1800, les États-Unis l’achèteront de Bonaparte en 1803.


Depuis sa naissance, Lorimier, qui finira ses jours dans la région, à Cap-Girardeau (Missouri), aura vécu successivement sous quatre drapeaux : le français, le britannique, l’espagnol, de nouveau le français et, enfin, l’américain. Mais, dès son départ de la vallée du Saint-Laurent, il n’aura cessé d’habiter parmi les autochtones. Il s’intégra surtout aux Chaouanons, assimilant leur langue, leurs coutumes, leur vision du monde. Il partagea sa vie avec une Métisse chaouanonne qui lui donna plusieurs enfants.


Dans ses Journaux, Lorimier montre que, malgré les efforts des Américains pour les déposséder et les chasser, les Amérindiens de la vallée du Mississippi tiennent à demeurer fidèles à deux rois, leur « Père le Français » et leur « Père l’Espagnol qui ne font qu’un », et que représentent, le plus souvent, des traitants « ensauvagés » d’origine canadienne. Existe-t-il un témoignage plus naïf et plus beau sur un continent autochtone et métis à jamais perdu ?


 

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