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    L’effet Payette

    8 août 2012 |Frédérique Doyon | Livres
    Lise Payette photographiée lors du lancement de la série radiophonique Rappelez-moi Lise, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
    Photo: Société Radio-Canada Lise Payette photographiée lors du lancement de la série radiophonique Rappelez-moi Lise, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
    Sa plume est aussi libre que sa parole est franche. Lise Payette voit une soixantaine de ses chroniques parues dans Le Devoir depuis 2007 réunies dans un recueil, par les éditions Lux. Le mal du pays sera sur les rayons des librairies demain.

    Bien sûr, chroniqueuse n’est qu’un des plus récents chapeaux de cette communicatrice avertie. Animatrice admirée, auteure et productrice de séries télé, féministe et souverainiste de la première heure, elle a été ministre sous le beau règne de René Lévesque, de 1976 à 1981. Elle lance d’ailleurs la féminisation des titres politiques, insistant pour se faire appeler « la » et non « le » ministre. On lui doit aussi la réforme de l’assurance automobile.


    Mais son rôle de chroniqueuse lui tient à coeur à ce point-ci de sa vie.


    « Je ne crois pas qu’on puisse faire ça quand on est jeune, explique-t-elle en entrevue au Devoir. Quand on vieillit, on acquiert une sorte de liberté de parole qu’on n’avait pas avant. Je me sens libérée complètement de tout lien, de toute responsabilité, je n’ai à plaire à personne, alors je Me sens très libre de dire ce qui me passe par la tête. »


    À peine sortie de la série radiophonique Rappelez-moi Lise, diffusée sur la Première Chaîne de Radio-Canada cet été, et qui revisitait des entrevues de son mythique talk-show des années 70, voici que Mme Payette revient sous de sobres projecteurs, cette fois éditoriaux, avec la mise en vitrine de ses chroniques. Elle est la première surprise par ce regain de curiosité à son endroit.


    « Je ne m’attendais pas du tout à ce que mes chroniques soient publiées,confie-t-elle en entrevue au Devoir.C’est une initiative de l’éditeur [Mark Fortier] que j’ai laissé entièrement libre du choix des chroniques. »


    Joli dénouement pour celle qui, dès sa première chronique en 2007, faisait le souhait d’être adoptée par les lecteurs du Devoir. Ce même quotidien qui, 30ans plus tôt, sous la plume acérée de l’éditorialiste Lise Bissonnette, ébranlait sa crédibilité de ministre en déclenchant l’« affaire des Yvette ».


    Surprise donc, la dame Payette, et d’autant plus ravie. Non par vanité, mais parce qu’il s’agit pour elle d’un juste retour des choses. « Je n’ai pas fait tout ce travail, je n’ai pas appris tout ce que j’ai appris pour que ça ne me serve à rien, une fois arrivée à la fin de ma vie, dit-elle. En vieillissant, je tiens beaucoup à rester dans la parade », expression qu’elle emprunte à Dominique Michel.


    Ce modeste « effet Payette », elle l’attribue donc à l’âge, à l’expérience, même si elle «essaie de ne pas faire vieille dans [s]es écrits». Une maturité qui sert particulièrement bien le style journalistique de la chronique ici en vedette.


    Condensé de ses réflexions et opinions concernant la marche actuelle (ou plutôt le piétinement ?) du Québec, Le mal du pays - dont la parution a été devancée pour coller à l’actualité politique - pourrait-il jeter un petit pavé dans la mare électorale ? Car Mme Payette n’y est pas tendre envers le premier ministre Charest, qu’il s’agisse du Plan Nord ou du conflit étudiant.


    « Ces chroniques existent, ont déjà été publiées, ce n’est pas du matériel qui fera hautement scandale, croit-elle. Mais ça peut permettre de répandre ce qu’il y a dedans. Et à ce moment-ci, c’est bon la réflexion, parce que les choix sont multiples. Et les problèmes aussi. Alors tout ce qui apporte matière à réflexion est bienvenu. »

     

    Un regard critique éclairant


    Jean Charest n’est de toute manière pas le seul à passer sous sa loupe critique, astiquée par des années d’observation - et d’action - sur la scène politique québécoise.


    Une qualité qu’a flairée le jeune éditeur Mark Fortier, chez Lux.


    « L’idée m’est venue spontanément l’an dernier, à la lecture de deux ou trois chroniques particulièrement fortes, raconte celui-ci. Ce qu’on aimait, c’est son regard critique éclairant sur l’actualité politique, qui s’appuie souvent sur des références à l’histoire du Québec. »


    Le livre, dont la préface bien sentie est signée par notre rédactrice en chef, Josée Boileau, répartit les chroniques selon quatre thèmes toujours chers à l’auteure - l’information, la question nationale, les enjeux socioéconmiques et le féminisme.


    « À l’origine de tous les sujets que j’aborde, il y a la question : qu’est-ce qui m’empêche de dormir ?, dit-elle. Et si ça m’empêche de dormir, ça vaut la peine d’en parler. C’est ma base de réflexion. »


    Et ce n’est pas fini. Une autre porte vient de s’ouvrir pour la dame de coeur, toujours aussi engagée dans sa société : la campagne électorale tout récemment enclenchée, qui lui semble une « bouffée d’air frais » essentielle pour éviter de sombrer dans le cynisme politique. Il s’agit de cueillir l’effervescence semée au printemps…













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