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Dix ans de correspondances à Eastman

Le festival Les Correspondances d’Eastman ouvre ses jardins aux passionnés de lettres

4 août 2012 | François Lévesque | Livres
Pour une dixième année, les amoureux du verbe vont se rendre à Eastman pour écrire des lettres et participer à différentes activités.
Photo : Correspondances D’eastman Pour une dixième année, les amoureux du verbe vont se rendre à Eastman pour écrire des lettres et participer à différentes activités.
Information

Pour son 10e anniversaire, le festival littéraire Les Correspondances d’Eastman élargit ses horizons tout en demeurant fidèle à ses origines, assure la cofondatrice et porte-parole Louise Portal.


C’était à l’été 2003. Amoureux du verbe et chantres de la plume avaient alors investi la magnifique municipalité d’Eastman, dans les Cantons-de-l’Est, pour la première édition des Correspondances d’Eastman, seul festival littéraire estival en Amérique du Nord. Louise Portal, comédienne, écrivaine et cofondatrice de l’événement et porte-parole, y était. Après avoir cédé la place ces dernières années, Louise Portal est de retour à l’occasion de cette édition anniversaire, la dixième. Le Devoir s’est entretenu avec elle.

 

Hasard providentiel


Désireuse d’offrir un rendez-vous culturel estival qui se démarquerait, la Ville d’Eastman était en mode recherche lorsque Louise Portal revint d’un voyage en France avec un volumineux dossier de presse sous le bras. « Jacques Allard, mon directeur littéraire qui habite lui aussi Eastman, m’avait demandé de réfléchir au genre de projet qu’on pourrait développer juste avant que je m’envole pour la Semaine du cinéma du Québec à Paris », relate Louise Portal. Là-bas, Robert Desbiens, directeur du Centre culturel du Québec à Paris et ami de longue date de l’actrice, lui présente Jean-François Michel, le fondateur des Correspondances de Manosque, un village près de Marseille dont s’amouracha Jean Giono. Une fois l’an, on y rédige des lettres que l’on envoie à l’autre bout du monde ou à la porte d’à côté, voire que l’on écrit pour soi.


Dès sa fondation, l’événement Les Correspondances d’Eastman attire quantité d’épistoliers ravis. On vient de partout pour poster gratuitement sa correspondance ou la laisser poste restante, selon le désir de chacun. On assiste aux cafés littéraires, aux lectures publiques et aux spectacles de musique et de poésie. Eastman se meut en une vaste écritoire champêtre.


Il est déjà quelques immortels, dont le spectacle Le bonheur de lire de Dany, que Dany Laferrière offrit l’an dernier depuis une baignoire. « Je me rappelle la performance de Bernard Giraudeau dans l’église d’Eastman. Il était venu avec ses musiciens chiliens », se souvient Louise Portal. On ne s’étonnera pas si cette année le nouveau spectacle de Fred Pellerin, De peigne et de misère, présenté à guichets fermés en grande première, accède d’office au panthéon des grands moments.

 

Et maintenant ?


Justement, qu’en est-il de cette 10e édition ? « Je trouve tellement que le thème a été bien choisi : « Le bal des lettres et des arts ». Ça nous permet d’explorer les différentes correspondances entre l’écriture et les autres formes d’art. » C’est ainsi que, lors de ce dixième bal des mots, l’écriture prendra pour partenaires successifs la scène, le cinéma, la sculpture, et même la danse, comme on pourra le constater lors d’une table ronde animée par la collègue Catherine Lalonde.


On ira entendre l’hommage au poète Alfred DesRochers au théâtre de la Marjolaine en compagnie de sa fille Clémence et de Dany Laferrière. On ira voir cette Lettre d’une inconnue, de Stephan Zweig, interprétée par Alexis Martin et Louise Portal. On ira apprendre à Vérité et fiction au cinéma, en présence de Manon Barbeau, de Philippe Lavalette, de Julie Hivon et de Michel Coulombe. On ira rire (et s’instruire) au karaoké-hommage à Georges Brassens au Piano rouge. On ira, on ira…


Ce n’est jamais qu’un chiffre mais, passé le cap des dix ans d’existence, peut-on souffler en se disant que la pérennité de l’événement est assurée ? « Oh non, s’empresse de répondre Louise Portal. Bon an, mal an, il y a 125 bénévoles qui se mobilisent et qui nous donnent leur temps et leur passion. Et il y a notre conseil d’administration avec des gens comme Jacques Allard et Nicole Fontaine qui sont là depuis le début, et dont la présence est essentielle. En culture, chaque acquis demeure précaire. » La preuve ? Après des années de participation, Postes Canada vient de retirer son soutien aux Correspondances d’Eastman, et ce, en dépit du fait qu’il s’agit d’une rare vitrine permettant à la société fédérale de renouer avec ses lettres de noblesse d’antan.


De fait, l’acte d’écrire à quelqu’un revêt, selon Louise Portal, un caractère unique, irremplaçable. « J’ai entretenu une grosse correspondance amoureuse dans ma vie, confesse-t-elle le sourire dans la voix. J’ai correspondu avec mon père, mais également avec Doris Lussier, avec le père Ambroise… Le lien épistolaire est précieux. La relation épistolaire permet des confidences, un épanchement, qu’on ne peut pas avoir autrement, que ce soit au téléphone ou lors d’une rencontre face à face. Les courriels, c’est bien, mais il n’y a rien comme recevoir une lettre ou une carte postale rédigée à la main. » Qu’on se le tienne pour écrit !

Pour une dixième année, les amoureux du verbe vont se rendre à Eastman pour écrire des lettres et participer à différentes activités. La cofondatrice Louise Portal.
 
 
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