Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Littérature américaine - Nouvelles du vieil âge

21 juillet 2012 | Gilles Archambault | Livres

Emily

Stewart O’Nan

Éditions de l’Olivier

Paris, 2012, 335 pages

Il faut à n’en pas douter beaucoup de talent pour donner vie dans un roman à un personnage octogénaire. Surtout s’il s’agit d’un destin dit ordinaire. Entendre par là un quotidien sans heurts, sans paroxysmes. Cette habileté, Stewart O’Nan l’a.


Né à Pittsburgh en 1967, il ne peut qu’imaginer cette période de la vie que le Général - celui du balcon - identifiait à un naufrage. Il le fait avec une extrême habileté. Ce serait la description d’une vie dans laquelle il ne se passe plus rien que l’événementiel.


Emily Maxwell est veuve. Celle que les lecteurs et lectrices d’O’Nan ont appris à connaître dans Nos plus beaux souvenirs (l’Olivier) s’est fait une raison. Elle tire ce qu’elle peut d’une solitude à tout prendre convenable. Ses loisirs : écouter de la musique classique, suivre un jeu questionnaire à la télévision, lire le journal local sans oublier d’y découper les coupons rabais qui s’y trouvent. Les enfants sont au loin, donnent parfois de leurs nouvelles. Elle leur envoie ponctuellement des cartes de voeux. Quand ils daignent lui rendre visite, elle les reçoit sans déplaisir. Toutefois, elle n’est pas une mère qui, comme on dit, ne vit que pour ses enfants. De même, le souvenir de son mari n’est pas de ceux qui paralysent.

 

Jour à jour


La monotonie des jours ne l’accable pas tellement. Surtout si c’est l’été et qu’elle peut s’occuper de ses plantes. Il y a la présence du chien, Rufus. Pas très jeune, lui non plus. Capricieux, plus tellement vaillant, mais une présence quand même. La belle-soeur, Charlene, l’énerve bien un peu, mais pour le petit-déjeuner buffet du mardi deux pour un - grâce aux coupons rabais du journal -, c’est une comparse acceptable.


Elle se débarrasse de l’auto de son mari qui encombrait le garage, fait l’emplette d’une petite japonaise, se remet à la conduite. Aux dernières pages du roman, elle est au volant, Charlene et Rufus à bord. C’est le début d’une équipée.


Curieusement, c’est bien plutôt le récit de la monotonie des jours qui retient notre attention que la presque résurrection finale. O’Nan parvient à nous retenir par l’accumulation des banalités qui font l’ordinaire de la vie de son personnage. Ainsi, quand Emily décide de larguer l’Oldsmobile si chère à son mari et de la remplacer par une Subaru, on se met à craindre que le romancier ne cède à la tentation de quitter un terrain connu pour nous surprendre. S’est-il ménagé la possibilité d’un troisième roman qui décrirait l’odyssée de deux vieilles dames et d’un chien ? On peut le penser.


En choisissant d’illustrer une fin de vie presque sereine, l’auteur opte pour une vision de l’aventure humaine positive. Les angoisses ne sont pas du ressort d’Emily. Elle les repousserait d’emblée. Elle est de celles qui sont portées à construire l’avenir et pour qui la nostalgie est une perte de temps et une faille.


Moi qui serais enclin par ma nature même à me conduire tout autrement, je ne peux tout simplement pas croire qu’on puisse se diriger vers la mort sans y penser un peu. Emily me paraît donc une énergumène point trop antipathique, curieuse à observer. Je prendrais bien un sandwich - deux pour un - avec elle, mais pas tous les mardis. Les êtres positifs, que ne visitent jamais les petites et grandes peurs métaphysiques, me font peur. Comme personnages de roman, leur tendance à ne pas geindre indûment les rend fort sympathiques.


Mais lisez ce roman. Il n’est vraiment pas mal. Réussir à retenir l’attention du lecteur en accumulant les trivialités de la vie de tous les jours est en soi un exploit.

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel