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    De l'édition à l'impression - « Certaines semaines, nous produisons une trentaine de titres à 40 exemplaires seulement »

    Nu-book, Interscript et Marquis imprimeur travaillent de concert

    19 mai 2012 |Claude Lafleur | Livres
    Le monde de l’édition est sous le choc. Il voit venir le tsunami du livre électronique, plus spécifiquement la domination des géants américains, sur le monde du livre. En outre, le fait que toute personne peut désormais publier ses propres livres - et les vendre à l’échelle de la planète en en tirant de bien meilleures redevances - menace leur survie. Que doivent donc faire nos éditeurs pour éviter de disparaître d’ici quelques années à peine ?

    «Oui, le livre numérique, c’est très intéressant pour les lecteurs, sauf que, dans le système actuel, les maisons d’édition se posent des tas de questions par rapport à leur survie », confirme Tracey-Lee Batsford, porte-parole de Nu-book, une jeune firme qui se propose d’aider les éditeurs à effectuer la transition vers l’ère numérique. « Apple, Amazon et les géants de ce monde essaient d’accaparer leur business », tranche-t-elle.


    « Bien sûr qu’il y aura un impact ! L’avantage est clair pour certains segments de marché et moins clair pour d’autres », relate Serge Loubier, p.-d.g. de Marquis imprimeur, qui produit des milliers de titres par année. L’imprimeur prévoit d’ailleurs produire 30 % de moins d’imprimés d’ici trois ans seulement.


    « Il y a trois ou quatre ans, en faisant de la veille technologique, on regardait ce qui s’en venait, mais, lorsque j’en parlais aux éditeurs, rien ne bougeait, raconte pour sa part Gontran Lévesque, p.-d.g. d’Interscript, une firme de production graphique et numérique. Maintenant, toutefois, il y a une demande. » Pour les éditeurs, observe-t-il, il s’agit de déterminer si le livre électronique représente un marché rentable. « Et là, je pense que la situation commence à s’éclaircir, dit-il, puisque j’ai des demandes au sujet d’offres que je propose depuis longtemps. »


    Notons que Nu-book, Interscript et Marquis travaillent de concert pour aider les éditeurs à prendre le virage du livre numérique. « Ils comptent sur nous pour les encadrer et les appuyer, et c’est ce que nous nous efforçons de faire », résume Mme Batsford.

     

    Du « livre plus »


    « La première étape que j’ai vue, poursuit Gontran Lévesque, a été la conversion des fonds d’édition, c’est-à-dire qu’on me demandait de convertir des livres existants en format numérique. Maintenant, je commence à voir la deuxième étape : concevoir du livre numérique enrichi qui n’a plus nécessairement les limites de la page. On ajoute ainsi d’autres images, de la vidéo ou du son dans le livre électronique, ainsi que des liens vers d’autres documents, etc. On commence donc vraiment à amener le livre imprimé vers du « livre plus », des livres dans lesquels on ajoute du matériel pertinent qui apporte quelque chose de plus au lecteur. »


    « Souvent, avec les livres numériques, on parle de démocratisation, du fait qu’ils seront accessibles à tout le monde - ce qui est tout à fait vrai, enchaîne Tracey-Lee Batsford. Par contre, nous observons que les maisons d’édition - qui sont les gardiens du contenu de qualité - risquent de se faire éliminer par des géants. Chez Nu-book, ce que nous voulons faire, c’est leur donner l’occasion de demeurer en vie, en faisant la transition vers le numérique de façon rentable, efficace et selon une viabilité à long terme. »


    Elle rappelle qu’Amazon distribue déjà des livres à grande échelle et que cela fait déjà très mal aux libraires. En outre, le géant américain offre à quiconque de distribuer ses ouvrages. « Amazon dit donc aux maisons d’édition qu’on n’a plus besoin d’elles !, lance-t-elle. Les éditeurs en sont donc rendus à se demander quel rôle ils joueront dans tout cela ! »


    Voilà pourquoi Nu-book (« new book » écrit autrement) a été créée, « puisque nous croyons qu’il y a sans aucun doute une place pour les maisons d’édition, insiste Mme Batsford. Bien sûr, elles devront s’adapter à l’ère numérique, mais elles ont encore un rôle à jouer. »

     

    Nouveaux modèles d’affaires


    C’est la même pensée qui anime Serge Loubier, de Marquis imprimeur, l’un des grands groupes de production graphique au Québec. Celui-ci permet notamment à quiconque de produire ses propres livres, imprimés à très bas coût. « Depuis qu’on a pris le tournant numérique avec notre usine de Cap-Saint-Ignace, dit-il, on est passé de l’impression de 60 titres par semaine à environ 150 à 200 titres, dit-il. Il n’est pas rare de voir que, certaines semaines, nous produisons une trentaine de titres à 40 exemplaires seulement. Pour nous, c’est parfois une activité purement altruiste, mais nous considérons qu’un livre sert à favoriser l’épanouissement des gens, à jeter les bases d’un projet, à transmettre de l’information spécialisée, etc. »


    Pour M. Loubier, les nouvelles technologies de l’impression démocratisent l’édition et changent les modèles d’affaires. Ainsi, de plus en plus d’éditeurs lui demandent d’imprimer de petites quantités de livres que Marquis livre, au fur et à mesure des besoins, aux distributeurs. « Certaines firmes ont décidé de ne plus tenir d’inventaire, dit-il. Nous livrons donc aux clients de nos clients », en quelque sorte le principe du flux tendu (just in time) appliqué au monde de l’édition.


    En outre, de plus en plus d’éditeurs demandent à l’imprimeur de leur livrer en même temps un fichier électronique prêt pour être lu sur tablettes. « Sur une base régulière, on nous demande de transformer des livres en HTML pour le Web ou de faire des versions ePub et PDF interactives, dit-il. Nous sommes donc en mesure de décliner le contenu sur toutes les plateformes disponibles. »


    En conséquence, l’entreprise s’attend à diminuer ses impressions de 30 % d’ici deux ou trois ans. « Cela ne signifie pas que 30 % des livres ne seront plus imprimés, nuance Serge Loubier, mais que, au lieu d’imprimer 1000 exemplaires, on en produira 700, puisque 300 lecteurs préféreront la version électronique. Les éditeurs auront donc à gérer davantage de formats et nous à réimprimer plus souvent, de sorte que toute la chaîne ira plus vite. Tout le monde doit donc s’adapter ! »


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