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    Biographies en bédé

    Quand le passé se fait dessiner au présent

    5 mai 2012 |Fabien Deglise | Livres
    Photo: Les derniers jours de Stefan Zweig

    Pierre-Esprit Radisson, Olympe de Gouges, Anna Politkovskaïa, Camille Claudel, Stefan Zweig… Depuis quelques mois, un vent biographique souffle sur l’univers du 9e art, qui a décidé d’exposer en cases les grands, les oubliés, les torturés, les martyrs, leur passé et surtout leur époque. Une série de voyages dans le temps pour se souvenir, oui, mais surtout, dirait-on, pour mieux inspirer un présent qui se cherche.


    Radisson, série imaginée par le bédéiste Jean-François Bérubé, aura son quatrième et dernier chapitre. Une entente a été signée entre l’éditeur, Glénat Québec, et l’auteur, qui il y a quelques semaines s’était plaint, sur son blogue, d’avoir perdu le diffuseur de son incursion dans la vie du célèbre explorateur franco-canadien. La conclusion est attendue dans les prochains mois. Et forcément, elle se prépare à alimenter une rivière de biographies qui depuis plusieurs mois est en formation dans l’univers de la bande dessinée.


    Les héros du passé sont à la mode. Et Olympe de Gouges (Casterman écritures) résume cette popularité avec poids dans une brique de 500 pages scénarisée par José-Louis Bocquet et dessinée par Catel Muller. Le duo qui avait mis en image la biographie d’Alice Prin, figure marquante du monde des arts dans les années sandwich (1921-1939), dans Kiki de Montparnasse, se frotte ici à celle de Marie Gouzes, féministe engagée avant l’heure qui, dans les années qui ont précédé la Révolution française, a répandu ses idées progressistes et son libertinage dans la bonne société.


    Cette balade dans un temps habité par Voltaire, Rousseau, Danton, Condorcet, Lafayette, Guillotin et les autres est rythmée par les adresses que fréquentaient ou habitaient cette femme de lettres et fieffée républicaine. Elle permet aussi, en suivant les traces de celle qui a dénoncé l’esclavage, mais aussi rédigé en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de renouer avec cette époque trouble qui, pour se trouver un nouveau souffle, n’a pas hésité à enlever le leur, par la guillotine, à des milliers de Français, sans même épargner les plus progressistes.


    La mort pour la cause. C’est un peu ce qui pourrait résumer le destin tragique de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée froidement dans l’ascenseur de son appartement moscovite le 7 octobre 2006. Elle bossait à la Novaïa Gazeta, où ses enquêtes sur la guerre en Tchétchénie se sont mises un jour à déranger le pouvoir en place. Elle avait 48 ans.


    Avec une plume remarquable, Igor Tuveri - Igort pour les intimes - part sur les traces de cette combattante pour la vérité dans Les cahiers russes (Futuropolis), journal illustré qui poursuit, par la bédé, la quête de sens dans les pays de l’ex-URSS amorcée par l’auteur il y a quelques années. L’Ukraine avait donné son cadre au premier tome de cette série. Le Caucase, avec sa guerre oubliée, et la journaliste tombée au combat poursuivent cette oeuvre qui dresse le portrait sombre d’une Russie où, d’hier à aujourd’hui, les valeurs démocratiques peinent à trouver un terreau fertile.



    À la vie, à la mort


    À Petrópolis, au Brésil, c’est le terrain propice au bonheur que l’écrivain autrichien Stefan Zweig n’a pas trouvé en s’y exilant avec Lotte, sa jeune compagne. Les derniers jours de cet auteur torturé par l’excès de lucidité sur son présent sont mis en case par Guillaume Sorel et Laurent Seksik dans Les derniers jours de Stefan Zweig (Casterman) avec une poésie dans le trait comme dans le scénario forcément dérangeant étant donné la nature du propos. Nous sommes en 1941. Sur une centaine de pages, il y est question d’Hitler, des juifs, de cette autre terre promise qu’a été le Brésil à une autre époque pour une frange d’intellos germanophones, de dérives populistes, des odieux desseins d’un dictateur et des mots mis dans des livres, par Zweig et par d’autres, comme pour tenter d’enrayer l’inéluctable progression du mal.


    Dans ce décor brésilien, à la verdure et à la paix réconfortantes, Zweig, comme en témoigne encore aujourd’hui son Ivresse de la métamorphose et surtout son Monde d’hier. Souvenir d’un Européen, autobiographie dont il a mis la dernière touche lors de cette dernière année d’exil, n’arrivera pas à se débarrasser de ses idées noires. Le véronal, un barbiturique, absorbé en choeur avec la femme de sa vie, viendra sceller le destin du penseur et construire du coup cette mythologie qui trouve dans cette bande dessinée un espace favorable pour ainsi persister dans notre temps.


    D’un mythe à l’autre. Éric Liberge et Vincent Gravé revisitent, quant à eux, celui de Camille Claudel (Glénat), célèbre sculptrice et maîtresse de Rodin, en passant par les confidences de son frère, Paul, tout comme par un univers graphique à la complexité de circonstance.


    Depuis 1951, où l’homme répond aux questions de journalistes - c’est la trame de fond de cette bédé -, le voyage dans le temps nous ramène dans ce Paris de la fin du XIXe siècle où l’art faisait la vie, mais aussi dans la relation trouble de la jeune Camille à son art et surtout à son maître, que le duo de bédéiste décortique loin des clichés habituels. Sans exagérer le trait de soulignement, la place de la femme dans la société, la création, le génie, les notions de contraintes, d’establishment, de transgression et au final de folie y cohabitent sur 72 pages, comme pour mieux résonner aujourd’hui.


     
     
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